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Musique de la semaine

Arundo Donax

11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:52






Tu t’étais mise en route
vers le simple appareil de l’aube ou de la mer


         La terre était comme une barque tiède après la pluie
 
Au loin
le jour
ni bien ni mal


       Et toi

       passante que tordait la torche sans répit
         de ces mains qui prétendent
tu hantais chaque puits fendu vers l'infini
      la fleur ou la fêlure
toute chose qui meurt
         de n'être plus nommée ou d'être trop cueillie



Marcher
membrane à rompre

Marcher
la crainte et la confiance à l’autre une serrées

 

          Marcher
parce que personne ne doit infliger à la route

             l'ignorance du pas qui pouvait cheminer



Parfois on croit ouvrir l'espace devant soi

    et c'est le chemin qui vous traverse le ventre



Parfois la hâte à se lever est du pays d'avant




Chaque saison a ses sentiers

j'aime ceux où le pas s'enfonce souplement
dans le sable remué au grand peuple des traces


Mais la terre est devenue rêche
     je n'y sens plus l'espoir des mois passés
 lorsque se préparaient au loin les pluies qui bêchent
          je n'entends plus que la mélodie
  des petites choses blessées.


A-t-on cassé les jarres
des porteurs d’eau d’espoir
?



                         Sous mes doigts
    quelques fruits sans réponse

J'y rêve l'or d'un seuil
        une épaule
            un geste de semeur pour arracher la nuit

Que le ciel ne soit plus labouré d'arbres nus
jusqu'à crever son coeur
tremblant et fauve




La solitude ce n’est pas gris ou noir
la solitude
c’est transparent sur un trottoir


Peut-être attendons-nous qu'on nous rende un guetteur

ignorant à jamais des mannes d'or et d'ambre
la tête en éventail
le cœur offert aux flèches
et puis
dans sa poitrine
un cri plus succulent que l’immonde torpeur
et pour tout vêtement la confiance en sa peur ?


     Là-bas un reflet s'apprête
     à sa rencontre avec une fenêtre
     un regard
      sa mort contre un volet qui ne l'attendait pas




Derrière les portes closes
que le vent du matin caresse de phrases courtes
la nuit d'une maison à l'autre

On a éteint les arbres
le sol est blanc comme un larcin au petit jour

Vite un soir d’oiseau vert
un bec qui me déchire
que ruisselle mon coeur entier vers la lumière !



Pourquoi ce chant d'oiseau
 si bref
     déchirant l'aube
       te laisse t-il au ventre une telle sangle?

Il faisait clair encore
  tout prenait sens
   rien n'avait sens
      que t'importait?

C'est comme si l'envol de quelques notes
avait percé à jour ton enveloppe vide



Et pourtant tu entends
de vert en vert emportant la campagne
            en fleur le temps glisser
sur les tables d’hiver.


Toutes proches résonnent
des voix baignées dans l’eau de tombe
    un dernier geste de la main
l’herbe écrasée du jour qui mord




Est-il un lieu
        où mûrit en silence
            le vert de la lumière ?



J'aimais ce rude hiver si différent des autres

    son ciel pâle acharné
      le froid qui éteignait les plis de mon jardin

Je n'insisterai plus

pour voir plus loin que mon talus
endormi dans ses herbes de grâce

Je n'insisterai pas
pour ranimer d'autres flammes
que celles de ces fleurs dont la fuite est promesse
et si douce l'absence 
autour
comme un manteau


                            


On dirait que la peur s’est abattue sur l’herbe

Elle a vieilli d’un coup
pendant que nous jouions
    dans nos pas de décembre
avec les taches qui penchent.



Là-bas
une flambée de fleurs sauvages

   quelques rondins de bois offerts
           à la paresse du soleil
le tremblement des hautes herbes
   le nid tombé
son oeuf brisé pour embellir


 
Là-bas

    un mot qui me revient souvent
    deux syllabes immobiles pour des chemins qui bougent
des bruits et des couleurs qui ne se verront pas



La vie
comme un serpent
vient éclater les pierres
 

Le Soleil ce matin se prend pour un peut-être.



Dans l'herbe qui se lève

la puanteur d'une ombre
            le juste ça d'une nuque brisée
 


Une rencontre
   est toujours un mystère
un lieu goûté sans preuves
     l'offrande d'un exil


Il fait beau

     les pâquerettes m'ont ouvert la poitrine



L'ombre de quelques arbres
est la dernière fleur de cet été sans eau.

Même l'heure est paillasson.



          De ciel et de labours
            se raconte le paysage
              et la lumière est sa langue


  Le bleu du ciel tout proche

d'une couleur profonde à nous serrer le coeur    
               et nos mains se tenant

  heureuses comme un crime

               au septembre du vent



Je suis si souvent envahie de doutes
que mon jardin peut être noir
d'une seule poignée de terre


Ici, les questions sont des prés
             simples enchevêtrées
     ce serait les trahir

                    que d'y répondre

 

 


               Mon ignorance m'ouvre toujours à la bonne page...






publié par Viviane Lamarlère - dans Fragments
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