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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


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Musique de la semaine

Arundo Donax

16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 13:07



On était bien on avait peur

        les nuits de cloisons mûres
  quand l'effroi silencieux
rampait vers ce qui manque
  



Au loin
le jour
ni bien ni mal

Et toi

passante que tordait la torche sans répit
de ces mains qui prétendent
tu hantais chaque puits fendu vers l'infini
la fleur ou la fêlure
toute chose qui meurt
de n'être plus nommée ou d'être trop cueillie


Marcher
membrane à rompre


Parfois on croit ouvrir l'espace devant soi
    et c'est le chemin qui vous traverse le ventre

Marcher
la crainte et la confiance à l’autre une serrées



Tu t’étais mise en route                

vers le simple appareil de l’aube et de la mer
dans le miroitement
un chant d'effort sans muscle
le pas d'autres déserts

A l'entendre
la peur couvait le froid dans la dune

En allongeant mon rêve j'aurais pu toucher
l' écaille primitive
écarter la membrane

L'ombre et l'envers de l'ombre
le monde et son buvard

Le profond la surface
lieux épuisés

En vrai il fut trop tard



        Il y eut une autre fois
    
        Lumière de septembre
        aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède
      
        Ai-je entendu de peau
        l'imprécise douleur
        d’une plante en bord de mer
        quand l’épine qui la tire au jour
        s’évase sous le pas
        et lui offre la fleur des brûlis souterrains ?
    
        Et comment suivre un rêve sans distraire ses images ?
        Glisser dans ses sursauts
        les garder indulgents?
       
        Visage épine solaire
        reins bourdonnant du sable aux hiers bleus de l'ombre
        jamais je n’oublierai le froid contre mon dos.


Eclaircie preuve d'ombre
mais toujours ces membranes.
Le doute. Bien engagé.
Silence de lame.
Naissance à l'étouffée.
 



Tu ne sais plus pleurer
    ces chagrins de paille où l’enfant se berce
        étonné de ses larmes et presque joyeux
    du pauvre caillou qui a défait le cercle
       
Tu ne sais plus pleurer
        en aimant la beauté de tes gouttes
tandis que le vent couche
            sur tes joues qu’un rien tremble
    un au-delà du sel

Tu ne sais plus pleurer
tes pas ne sont plus libres
de leur pauvreté




                Nul doute que
                      mon jardin peut être noir
                      d'une seule poignée de terre




Marcher
car personne ne doit infliger à la route
l’ignorance du pas qui pouvait cheminer




Hier la nuit a poussé un cri!
Peut-être un nœud qui s’est défait?

Pourquoi avoir dénoué la faim dans nos sommeils
d’un vent très simple
enrubanné aux arbres ?

Je crois que ce sont eux qui ont crevé le ciel
de leurs aubiers en flammes
et nous
bouche incendiée

Demain nous mangerons une lumière neuve
sans savoir ce qui s’est vraiment passé




Par le sang des saisons qui roulent sous la peau
par la douceur de l’eau plus douce que la rivière ancestrale
par les gorges venteuses et la douleur du ventre

je  cherche de toute aube
   l'oiseau du cri poussé

Mon bateau désossé mon bateau bois de danse
        combien de fois combien la pluie interrogée ?

Mon bateau désossé mon bateau bois carbet
    combien de fois combien
avons-nous traversé la forêt de nos peurs
        aux arbres contractés sur les plaies jetées là ?


Petit battement des tempes serrées entre mes paumes
soie des plumes tendues sur la perte à venir
il a ouvert ses ailes en déchirant mes muscles
et ma gorge et ma voix



Petit battement du temps
une mésange bleue s’est posé ce matin au bord de ma fenêtre
    restée longtemps
        longtemps
    on dirait qu’elle dort dans tous ses mouvements

Ailes froissées
le cœur si vif sous le plumage
           les yeux
étranges et importants



Mais derrière la mésange
le ciel vitre brisée
sur des soleils étranges
me tend les fruits carrés
de l’hypothénue frange

Est-ce ainsi que naissent les étoiles?
Il suffit de trancher la glace devant soi
et planter un éclat dans le coeur
pour jaillir l'impossible lumière !

Est-ce la fin d'un monde ou son commencement
ces arbres sont ils morts
est-ce le ciel qui ment?





    Quelques villages séchant entre deux lampes
    et les étoiles vertes
    qui fleurissent en cette saison
    puis la nuit de la pleine Lande
    tellement gelée la terre en ce pays
    tellement durcie la terre sous les couloirs du vent
    que le bas côté se tasse comme un chien battu.
.

    Nous roulons loin des heures de fermeture
    greffés à notre solitude
    au bruit léger du vent glacé contre les vitres.

    Et me voici dans ma cuisine
    sous la lumière des paumes
    l’eau des moments très simples
    l’autre pan de ce soir qui presque ne bouge plus.

    Peut-être sacrilège de rassembler ce qui n'était
    que pour toucher et s’en fuir ?

 
    Etre le seuil
    la pente douce
    où le pas du temps se pose.



Glisser
plus bas que la fin de la chute
                franchir l’écorce
 
            Emportant en mon âme
                une idée de la blancheur future
                   glisser à l’ultime fontaine
                               près des corbeaux de feu
Glisser


 

Quand le soir vient mendier la lumière
            les villages renversent
un feu sous les maisons

Dans le silence sur le côté des routes
                                ne reste alors que de l'étrange à raconter

  La pente raide après un virage en angle aigu
        des vignes au-dessus desquelles vole un couple de buses
    posant au même endroit
            midi
              un carrefour en forme d'étoile très vieille
  la côte qui monte douce entre les chais
      puis la glisse
    brutale

    Sur la bute
            un  fléau où je laisse toujours
        avec la pointe au ventre
                            quelques instants balancer ma voiture

    Le temps d’imaginer que je vais tomber droit
       et déchirer le vent qui souffle là        
        mais ce soir
    un chevreuil.

    Il allait lentement
    traversant la chaussée comme un roi qui ne craint ni le noir ni la route

    Il faisait une nuit
 
         comme la nuit peut éclairer la nuit


    Il faisait nuit sans lune et pourtant
            je l’ai vu
                entrer avec lenteur dans les longs rangs de vignes
    le poitrail en avant
    bombé
    éblouissant
    une fête blanche sous sa robe dorée
    je rêvais de vendanges et de ce sucre en feu qui fait un creux
    l'automne
    après le grain mordu


    J'ai quitté la rencontre avec le sentiment d’être devenue pauvre
    d’être restée au bord
où je n’étais conviée


M’avait-elle invitée ?

Elle me tournait le dos
     cela me ferait froid de ne jamais savoir
        la blancheur de son ventre
  ses yeux au coeur du coeur
   la nuit qu'elle étirait
        l'immense nuit
               son ombre
   au plumage nouée grande voile où le sombre
        éblouissant
                        naîtrait

 Elle marchait souvent au-dessus de ma tête
     d'un pas simple glissant sur le bois des greniers
 avant l'envol muet dans les grands ifs bleutés
qui ceinturaient le parc

Et je rêvais alors que nos rêves étaient comme des dames blanches
   attendant que le soir dans une pièce enclose
        leur ouvre les croix et
            les emporte creusant des vents jamais osés

 J'aimais ses battements
      sans bruit d'elle mais lourds
     sans regret des regards trop brillants dans la chambre
        sans espoir de butin plus grand que cet instant


        La suivre enfin
        pour que mon coeur cogne plus fort dans mes poignets

        Mais il y avait des murs
        partout des murs
        et partout des fenêtres
        et partout des oiseaux à leurs proies embrassés
        et des cadrans partout qui réclamaient leur dû
        et là
        sous mes cheveux
        une issue refermée par les serres du jour

                                J’étais bien. J’avais peur.


 Ai-je jamais eu peur ?

     J’ai bu la vie
                elle m’a bue
                    d’une gorgée à l’autre
            sa blancheur m’œuvre encore
                d’un souvenir de lait

           Mais où dorment les mots
                de l’intervalle obscur
            sais-tu ?
                qui noue
            une gorgée à l’autre ?



Sombre déjà
et nos gorges muettes

Le ciel s'ouvrit
pendant la fleur

Du loin où nous étions
nous entendions des cris s'effondrant sur la mer

Au faîte du plus vieil eucalyptus
une chouette saluait
clandestine

l'herbe fraîche mouillée
un supplice



                J’aime les campagnes simples
                                ces chemins qui trébuchent
                hésitent puis se perdent avec modestie
            les coques défendues des châtaigners l’automne
                                le parfum émouvant de la terre remuée

                            Arbres  bras
                         repliés
                            comblés
        sur une issue bleutée aussi floue que l’oiseau   
                        qui déroule en son vol
                                   la chaleur du mystère offerte à nos regards
                                  

            Ce soir la campagne est triste
            pleine de lâchetés
                comme si elle s’était trompée de lumière
            comme si elle ne voulait pas savoir
                                le nom des amours brûlées
                          à l'ombre des grands chênes l'été.


Parfois j’ai un automne au fond de mes pensées
le regard allongé du côté de l’été
je mâchonne le temps...




                                                                                             Suite





publié par Viviane Lamarlère - dans voyages de l'âme
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