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Musique de la semaine

Arundo Donax

15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 20:15





Le regard est clair, la droiture se lit à visage ouvert, un sourire esquissé dit l'homme affable et soucieux de l'autre,  qui sait se tenir et saura obéir sans jamais s'abaisser.
Telles sont les réflexions que m'inspirent d'emblée cette gravure et ces traits aigus d'intelligence mais sans sévérité.

L'homme ne s'aimait pas. Petit du fait d'une malnutrition infantile, criblé des trous de la variole à laquelle il avait cependant réchappé, Haydn se trouvait laid. Cela ne l'empêchait pas d'être d'une constante bonne humeur et d'aimer à régler les différends qui agitaient ses contemporains avec une infinie patience.
Il est un de ces monuments que l'on ne voit plus dans le paysage tant ils savent en protéger les contours et les nuances. Et pourtant...

Joseph Haydn, immense compositeur dont on parle si peu tant son génie fut occulté par celui de Mozart, de mon humble avis bien moindre et tant pis si l'on me traite d'iconoclaste. Il faut oser le dire: sans Haydn, point de Beethoven, point de musique pré-romantique, point de Mozart sans doute.


Comment dépeindre une existence si longue, si vaste, d'une incroyable richesse créative, toute en nuances et modestie? Il m'y faudra consacrer plusieurs pages, comme pour Bach ou Vivaldi.  Considérons donc celle-ci comme un préambule.

Joseph nait en 1732 ou 1733 dans une famille autrichienne très modeste, installée tout près de la frontière Hongroise, d'un père artisan charron et harpiste à ses heures et
d'une mère cuisinière dans une famille noble




Toile de Jean Siméon Chardin

Ils veilleront avec soin à l'éducation musicale de leurs six enfants.
Cependant, bien peu de différence alors entre la condition de sa famille et celle de musicien. A l'époque l'artiste, qu'il soit compositeur ou simple exécutant, est considéré à l'égal des autres : un valet. Un Mozart, un Beethoven subventionnés par les princes feront figures d'exception et même de précurseurs en un siècle où tout bouge et en tout premier lieu la puissance des grands remise en cause avec force par l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie et surtout par les Philosophes.






L'Autriche du XVIII eme siècle a tout engrangé des guerres de succession espagnoles. Cela ne lui attire pas que des amitiés dans le reste de l'Europe et pendant plus de soixante dix années ces histoires de familles pèseront sur l'esprit des despotes - fussent-ils éclairés - qui gouvernaient les nations.

L'art Roccoco et la peinture de genre battent leur plein en France avec Chardin, encore lui, sublime dans la nature morte:





Avec Fragonard, le peintre qui aimait les femmes:





Avec Canaletto à Venise:


  
  

Ces pays, auxquels il convient d'ajouter l'Allemagne et l'Angleterre sont déjà tous entiers à l'écoute de leurs Philosophes.
Il se crée à l'intérieur de leurs frontières des lieux indépendants des princes où un public payant vient écouter de la musique donnée par des artistes devenus indépendants. 

Vienne de son côté reste isolée en Europe: elle cultive la notion de Maître et serviteurs.

C'est dans les alentours de cette capitale dominée par la famille des Habsbourg-Lorraine que Haydn trouvera sa place de compositeur enchaîné à un Prince.

  
Soixante-dix-sept ans, la durée des batailles de succession entre l'Autriche et l'Espagne, soixante-dix-sept ans de l'existence d'un homme  debout à la charnière entre l'époque Baroque et les débuts du romantisme.



Toile de F. Schinkel

 



Haydn ne pensait qu'à composer et était fort négligent avec ses affaires personnelles. Il fut donc difficile à ses biographes de classer ses opus et s'y retrouver dans une vie si confusément bien remplie!

Son oeuvre - qui comporte pas moins de 822 opus d'envergure sans compter ce que l'on nomme miscellanées et en oubliant bien des oeuvres encore non attribuées et en cours d'étude - évolue, se recoupe, revient sur ses pas pour bondir encore plus loin dans ses insatiables recherches. Oeuvres fournies aussi bien dans le genre de l'instrument soliste avec ses sonates pour piano, la musique de chambre, les symphonies, les mélodies et opéras, la musique sacrée, les danses, concertis pour instruments divers et même musique de scène pour spectacles de marionnettes!

Je diviserai cette si riche histoire en tentant de faire coïncider les styles musicaux abordés et la chronologie de la biographie. Et pour cette première page vous offre une oeuvre caractéristique de chaque période donnée. Le détail viendra par suite. Mais vous pourrez ainsi avoir un aperçu de son immense talent de mélodiste, d'orchestrateur, son sens de l'équilibre des formes, la nature parfois inquiète de sa musique, sombre même à l'occasion... Le romantisme et ses éclats ne sont plus très loin...

De 1732 à 1760, la jeunesse et les débuts.

L'art du Haydn symphoniste y obéit encore à la règle des trois mouvements hérités du Baroque. Mais déjà son sens de la mélodie y est très affirmé ainsi que son goût pour la musique de chambre ou religieuse qui ont tant marqué ses débuts d'apprentissage.

Je vous propose en apéritif ce Kyrie de la Messe brève Hoboken XXII: dans la belle version  du Collegium Musicum dirigé par Richard Hickox








De 1761 à 1790, chez le Prince Eshterhazy
Haydn pose tranquillement les fondements définitifs de ce que sera la symphonie classique en quatre mouvements. Il reste très attaché au violoncelle dont il avait goûté enfant la voix chantante. Je vous propose donc l'
Adagio de la symphonie n° 13, avec violoncelle obligé comme aux temps baroques, mais ici instrument concertant accompagné de simples accords de l'orchestre,





puis le premier mouvement de la
Symphonie  n° 44 dite funèbre, dans l'interprétation du Sinfonia chamber Orchestra



De 1791 à 1795 la période londonienne avec deux extraits d'opéra, l'ouverture de l'Âme du Philosophe ou Orphée et Eurydice




Puis l'
air Philomène abandonnée extraite de ce même ouvrage dans l'interprétation  de Cécilia Bartoli






De 1795 à sa mort en 1809 dominent la rencontre avec Beethoven et celle de sa liberté enfin conquise de n'obéir qu'à lui-même. Pour illustrer cette dernière période le triomphant Troisième mouvement du
concerto pour trompette en Mi bémol majeur Hob. VII composé pour un de ses amis trompettiste et facteur de cet instrument, ici dans l'interprétation si aisée de Maurice André:




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commentaires

emma 11/09/2015 11:37

mal aimé, dis tu ? je n'ai pas cette impression, aimé de peu de gens, mais aimé beaucoup je crois - je suis contente d'avoir retrouvé le chemin de ta merveilleuse boite à musique si vivante et remarquablement mise en perspective

Bechir 18/05/2014 12:34

Magnifique texte, toiles et musique au sujet sur le compositeur Joseph Haydn, merci beaucoup pour ce présent partage

Viviane 19/05/2014 19:35

Merci Bechir, j'adore ce compositeur, et son histoire est si longue, enchevêtrée à son époque, tellement celle d'un homme qui se libère!

aimela 16/05/2014 12:28

Je venue lire ton article très instructif et admirer les peintures. désolée pour la musique elle ne passe pas :(

Viviane 19/05/2014 19:34

Il n'y a pas de soucis Aimela, le temps est notre allié dans toute découverte et si au moins les peintures t'ont parlé, c'est formidable!

Valentine 15/05/2014 21:44

Tout d'abord, bravo et merci de nous offrir à nouveau tes articles de culture artistique et musicale si riches et instructifs ! En effet, Haydn est pour moi un grand inconnu : mes goûts n'allant guère vers le classicisme je me suis cantonnée aux personnalités les plus connues et n'ai jamais vu en Haydn qu'un ennuyeux compositeur de musique de chambre et de symphonies plus intellectuelles que sensibles. Il faudra que j'y revienne ! Or je m'absente ce week-end pour un congrès et n'aurai pas accès à internet (n'étant pas fan des tél. portables ni des tablettes numériques).
Pour la nouvelle formule d'OB, en effet ton blog reste le même mis à part cette bande bleue en bas : est-ce toi qui l'y as placée, où s'y trouve-t-elle d'office ? Par ailleurs, on nous propose de commenter, soit en anonyme, soit en tant qu'over-blogeur ; mais quand je clique sur la touche correspondante, on me donne la connection à mon propre blog et c'est tout ! Aucun effet sur l'identification. Peut-être est-ce parce que je n'ai pas adopté la nouvelle version ? Bises et à bientôt !

Viviane 19/05/2014 19:33

Oh non , pas ennuyeux du tout, au contraire, il suffit pour cela de dérouler ses sonates pour piano qui ne sont qu'inventivité à tous les étages! Pour ce qui est de la bande bleue en bas tu peux dans l'administration demander sa suppression, je te dirai où mais cela prend deux jours environ pour que la manip soit effective... Bisous!

Jipé 15/05/2014 21:30

Magnifique ! Je vais copier tout ça cet hiver, avec application.

Viviane 19/05/2014 19:31

Merci Jean-Pierre, je suis vraiment contente du temps que tu as passé à écouter ces oeuvres magnifiques et lire l'article, Haydn est un compositeur trop mal aimé et il mérite vraiment qu'on lui consacre quelques pages.

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