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Lundi 14 mai 2007




Au moment de faire les valises un grand creux se dessine qui me mord le ventre. Sommes nous libres de partir?
Cette nostalgie qui m'a portée jusque dans ces montagnes, elle est là, et plus vive, aussi aigue qu'une épine.
Nous partons tôt car nous voulons nous nourrir le plus possible de paysages dont nous ne savons trop quand nous les reverrons...

Un dernier regard vers ces pierres séculaires dont la rencontre fut un enchantement, d'abord la petite église de Roffiac, dont on peut admirer le clocher à peigne et la tour , vestige de la citadelle à laquelle elle appartenait:






Nous parlerons peu sur cette partie du trajet de retour. Juste des yeux... Il y a comme ça des moments où on voudrait être ailleurs pour ne pas voir sa peine.  Les vieilles pierres nous ont toujours parlé et celles d'Auvergne avec une intensité inégalée en d'autres lieux.
Ici nous attendait une commanderie de Templiers, nichée entre les arbres:


Mais très vite nous quittons la belle vallée de l'Allagnon pour entamer notre ascension des monts du Cantal et ce renouement avec la nature va déverrouiller la parole:


Le temps est empli de brume, d'où l'éclairage très particulier de ces montagnes que je n'ai pas chercher à retoucher, il est tel que nos yeux l'ont vu, frileusement voluptueux, s'enroulant autour des reliefs et des arbres.
Comme toujours nous ne regardons pas la route mais ses bas-côtés
et Michel vous offre ici une merveilleuse euphorbe aux couleurs pétillantes:


Plus nous montons, plus la flore est jubilante. Les touffes inventives qui explosent le macadam par endroits nous apportent une lumière qui pour le moment semble enfermée dans la cage verte des montagnes.



Il se fait faim et nous avons oublié de préparer de quoi manger avant de nous attaquer à cette merveilleuse route des crêtes qui nous mène au Puy Mary.
Heureusement, nous rencontrerons en chemin une fort jolie cascade



Notre instinct nous dit que là où coule de l'eau vive poussent nécessairement les fruits de la terre. Une occasion supplémentaire de vaguer dans ces sous- bois contrastés et changeants qui nous volent nos mots.
Et nous ferons un délicieux repas, tout de baies et d'eau emportée pour la route dans une atmosphère qui se rafraichit. Nous sommes le 19 aout et  il fait à peine 10°...

La montagne grande ouverte nous offre ses beautés parsemées de fleurs. Pas une voiture sur cette route. Jamais nous n'avons traversé un lieu aussi désert.
De vieilles maisons en contrebas disent que l'on peut vivre ici:


Un panneau nous indique "Route des crètes". Nous y sommes. Avec le sentiment que nous allons échapper aux lois qui gouvernent ce monde tant le ciel semble accroché aux montagnes....





 
par Viviane Lamarlère publié dans : Voyage en Auvergne
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Dimanche 13 mai 2007
Pour commencer depuis le premier bouquet



 Merci à Michel pour ces si belles photos et cette semaine merveilleuse
Merci à Marie-Dominique et François Donnadieu de leur accueil si chaleureux
Merci à tous ceux qui ont lu et apprécié ces voyages.

En remontant tout lentement, le plus lentement possible pour ne pas épuiser ces dernières gouttes de couleurs qui sont offertes à nos yeux, nous ne saurons où nous poser tant la montagne est à elle seule fleurs et fruits...



Comme je voudrais que ma main soit aussi grande
et puis serrer le poing autour de l'écriture
en pétales en parfums
que m'offre le relief

Des myrtilles en recouvrent les flancs.


 Mon  grand-père me racontait qu'à la belle saison, les cueilleurs venaient, munis de rateaux pour écumer ces champs obliques. Personne ici, et c'est munis d'un sac et de nos seuls doigts que nous allons en cueillir ainsi que des framboises pour nos enfants le soir et ils apprécieront...



Il est un peu plus de midi et nous avons sauté je ne sais combien de clôtures pour compléter notre repas, glissant sur les pentes, enfonçant les chaussures dans de la bouse de vache, ces belles Salers à la robe acajou qui nous regardent sans manifester d'inquiétude. Avec parfois un peu de vertige, nous iront chercher au dessus du vide les fruits convoités... Il y a des petites cascades partout, tous les dix mètres, c'est un enchantement.

La route tourne sans fin dans les passes du vent quand nous apparait la brèche de Rolland à la faveur d'une rapide éclaicie. J'y lis comme la mandibule d'un crâne ancien et laissé là, la trace des dents qui mordent l'ombre et la lumière, la route comme un ruisseau qui cherche ses racines au milieu de ce vert:



Nous sommes dans un autre monde, une source de mémoire et de rêve...
Le Puy Mary au loin


Nous avons bien l'intention de nous poser un peu au bord de cette bouche inoffensive


Voilà. Nous sommes sur ses lèvres, un quignon de pain et une bouteille d'eau pour tout goûter, et cette musique de verts et de volumes qui nous apaise.
Les nuages se forment sous nos yeux, comme si le volcan était une immense marmite bouillonnante. Cette ombre qui se pose, elle connait l'homme, elle l'observe et puis s'en va...

Départ. Le coeur serré. Malgré le soleil qui fait son apparition. Il fait 5° et un vent violent.


 En silence vers Salers





par Viviane Lamarlère publié dans : Voyage en Auvergne
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