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contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


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Musique de la semaine

Arundo Donax

11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:47



Je l’avais toujours su. Mon destin s’inscrirait de l’autre côté de l’eau, loin des géminations de la crasse et du vent.
Le temps des liqueurs pourpres avait brodé mon ventre
aiguillées sans plaisir
sans dessein ni repos
je devinais ses lèvres qui ne savaient que prendre
écarteler
brûler

J’étais imperturbable au-dessus des volcans.

Vint l’ heure des forêts
que j'ai aimé cette heure aux collisions de miel
déclinaison de verts
de hurlements
de larmes
l’ombre des breuils dansants sur le couchis de terre
les feulements d’Eros dans la houle colline montant jusque ma peau...

Je buvais
dévorais tout cet incomestible qu’on nomme sensations.
J’aimais même la mort glissée dans les recoins de la vie capturée
goutte à goutte
précieuse
à la bouche des choses.

Toujours la résistance à imiter les autres. Une eau en moi disait, cotonneuse et confuse, qu’un jour viendrait où…
Ne rien perdre des trésors amassés
même si chaque seconde me rendait plus pesant
moins habile
moins prompt à me mouvoir
plus proche de mes colères.

J'ai laissé grandir paresse...

Quand naquirent les brasiers minuscules au cœur de chaque village, vifs et aventureux comme autant de regards dardés vers l'infini, quand le mince reflet de leurs étincelles a entamé ma chair, le mauvais m’a saisi. Et j'ai dû m'éloigner.
Mes frères s’amusaient à éteindre chaque petit foyer, sans doute aurais-je dû les imiter, me jeter sur le feu jusqu’au dernier charbon transformé en poussière ?

Un triste pressentiment me disait de rester à l’écart de ces jeux
 
Puis la pierre s’est offerte au ciseau, à la gouge
aux tourments du sculpteur ou bien de l'urbaniste. La misère grouillait
à chaque fois plus haut
sortait en flux des portes
sautait par les fenêtres.

De ce qui s’écroulait ils construisaient encore
insouciantes charognes.

Et mes frères et mes sœurs tombaient comme des soldats
avalés par la suie
rampant dans les égouts
chiffonnant les frimousses
grossissant les remugles aux abords de leurs villes
arrachant les dernières racines.

Mon ombre au-dessus d’eux flottait comme un drapeau
il ne restait plus d’arbres
il ne restait plus d’eau
il n’y avait que des bancs  et des rues de bois mort.

J’étais encore là
posé sur des colonnes d'air étouffant et vicié de tant de souvenirs qu'on pouvait les toucher

Mon heure enfin venue
aux quelques survivants à la peau assoiffée
je ne pourrais offrir qu’un écran passager
entre l’étoile mère
et le sol craquelé

J’ai tenu tout ce temps pour accomplir ma tâche
et maintenir de l’ombre
une parcelle d’ombre et de fraîcheur secrète
et peut-être un espoir

Je suis le nuage qui…

© RSSLK




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publié par Viviane Lamarlère - dans Pensées nuages de la pluie
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commentaires

Miche 10/09/2010 07:44



Il existe une" juste" distance entre ici et là-bas


Arc en ciel d’un nuage à l’autre


Onde de ce qui est et qui sait l’illusion


Qui pleure sans que cela ne rejoigne la plainte


J’entends cela en la musique de vos mots



Russalka 10/09/2010 10:47



Et j'aime la manière dont vous entendez, Miche
car cela donne une dimension à chaque fois neuve à de smots déjà anciens
merci à vous de cette écoute




Ut 28/07/2009 10:42

De la naissance à l'au-delà; de l'espoir à la survie; du rire au rictus... de l'infini bonheur à l'ombre des oubli.Il faudrait se savonner le paiais de chaque parcelle de ces mots ici. Longtemps; pour goûter enfin la vérité.

Russalka 31/07/2009 09:41


C'est beau ce que tu dis, Ut, pardonne moi d en'avoir aps répondu immédiatement, je suis très prise en ce moment et très ralentie par
mes soucis de sclérose en plaques
les fortes chaleurs ne me valent rien (sourire)
vivement l'hiver
ou un nuage qui aimera la pluie...
Merci d'voir aimé et offert en retour un si beau commentaire poème


O. 28/03/2009 18:16

bienheureux nuage sur la misère de notre vieJe t'embrasse

Russalka 29/03/2009 16:02


oui, parfois les nuages l'emportent...
Que le soleil revienne et s'installe et tout irza mieux sans doute
Bisous à toi O.


Marie Gabrielle 05/07/2007 07:33

C'est simplement magnifique. Le temps qu'il faut au nuage pour se faire et se défaire et nous laisser tenter (l'autre jour, j'ai vu une tête de bouc, et puis encore - j'ai oublié, mais pas ce temps-là, justement...). Et puis on se laisse porter de la même manière, puis vient la fin... c'est quand même toi qui es demeuré là, et... je préfère comme ça.

Merci, Russalka.

Russalka 06/07/2007 07:12

Nous partageons alors le même goût pour cette vie intime des nuagesles dessins que le ciel nous offretoute cette vie cachée qui crève parfois le molletonmerci Marie Gabrielle

le bateleur 04/07/2007 07:41

Quelle ode
Il y a un peu de celle d'Homère
un souffle qui traverse le poème
et guide ... le nuage à bon port

Et puis
cet espoir que tu donnes alors même que ce qui est évoqué ici est décadence et chute
...
l'averse sera chaude et vivifiante (?)

Russalka 04/07/2007 19:47

J'espère que l'averseratièdeouvrageusesemeusemerci Luc de cette lecture qui réconforte

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