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Dimanche 10 juin 2007

D'après un conte et une idée originale de 
Charles Brulhart



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Au pays de Kek Par, il y a fort longtemps de cela,  le Roi
Tressage se lamentait de voir son fils le Prince Tissage promener son ennui dans la cour du palais.

Jour après jour, Tressage interrogeait son fils mais se heurtait à chaque fois au silence.
Un matin où il le vit plus affligé que d’ordinaire il réussit à lui extirper un mélancolique «  J’essaie d’immobiliser l’éphémère ».
- Ce n’est pas ainsi que tu prendras ma succession! lui dit le roi, tu dois maintenant t’engager sur le chemin de la vie, prends ton meilleur cheval et rends toi chez Vieussage, il saura te guider.

- Soit ! répondit Tissage.
Sitôt dit sitôt fait.  Son père eut à peine le temps de hurler  «  Et où  et comment te joindrai-je ? Fais moi parvenir de tes nouvelles...  Eh ! Tu oublies la c… » que dans un nuage de poussière Tissage était parti au galop et déjà bien loin.

Il fut très vite obligé de rebrousser chemin pour attraper au vol la vieille carte que son père lui tendait encore et s’en fut dans la direction opposée.

Il parvint en moins de temps qu'il le faut pour le dire en une contrée étrange dont il n’aurait jamais imaginé qu’elle pût exister, une terre désertique et rouge parsemée de cailloux transparents et irisés.
Dans l’un d’eux, plus sombre que les autres, semblait respirer une forme .

- Vieussage es-tu là ?
Le caillou s’ouvrit et déroula un escalier sous les pas de Tissage.
- Mon père m’a juré promis que tu m’apprendrais la Vie. Tu dois honorer cette promesse !
- Jeune homme je n’aime pas qu’on me réveille et qu’on rentre à cheval dans ma chambre. Sors, découvre ton chef et accroche ton cheval au vent.
- Accrocher mon cheval au vent ? Mais il va se sauver !
- Accroche ton cheval au vent. Si tu veux que je te guide tu dois m’obéir.

Tant bien que mal Tissage attacha les rênes de la bête à un courant d’air qui passait par là puis s’agenouilla devant le vieillard dont il n'aurait su dire s'il était de chair ou de caillou tant il était gris et sans formes précises.

- Eclaire-moi sur le Chemin de la Vie. demanda le Prince.

- Je ne sais pas grand chose de la vie et que pèsent mes paroles ? Que pèseront-elles surtout lorsque la pluie qui traverse les cèdres au loin aura lavé ton visage et emporté avec elles tes pensées ou tes désirs ? Je ne peux que te dire une chose : continue cette route ..
- Quelle route, il n’y a pas de route !
- Mais si regarde bien… elle est même balisée par des pierres.
- Elles bougent en permanence et sont transparentes !
- Crois en ce que tu fais, cela changera sans doute ta manière de les voir. Vois-tu au loin une porte ?

Tisage plissa les yeux, posa sa main au-dessus d'eux pour leur épargner la chaleur et surtout la lumière encore puissante du soleil couchant puis, heureux :
- Oui, je vois une immense porte !

- Elle porte une inscription, lis la atentivement et surtout fais bien ce qu’elle te dit. Fais le sans te poser trop de questions et même sans te poser de questions du tout, écoute ton cœur et ton corps et peut-être ainsi trouveras-tu le chemin de la deuxième puis la troisième porte?
- Ah parce qu'il y a trois portes à trouver? C'est cela ton enseignement ? J'ai manqué cent fois briser les jarrets de mon cheval pour m'entendre dire que je dois trouver trois portes et faire ce qu'elles me disent?
- Garde des réserves d'indignation pour ce qui se trouvera au-delà de la Première porte, Fils...
Là dessus Vieussage bailla et retourna se coucher.
- Hé , le vieux ! c’est tout ce que tu as à m’apprendre ?
- Oui, c’est tout ce que j’ai à t’apprendre fils, va.

Tissage détacha son cheval du courant d’air dont il sentait maintenant le grain froid et lisse sous les doigts, puis s’en fut au quadruple galop en direction de cette porte.
- Je dois y parvenir avant que le soleil ne se couche !

A l’heure à laquelle il l’atteignit, le soleil qui avait compris l’urgence de l’affaire suspendait sa plongée derrière l’horizon en tremblant de fatigue.

Sur la porte, qui était de marbre blanc incrustée de turquoise on pouvait lire l’inscription
"CHANGER LE MONDE".

- Alors là ! voilà une porte qui me plait, ce monde ne me convient pas du tout, cela fait longtemps que je médite d’y changer quelque chose, voilà une injonction tout à fait confortable. Tu peux te coucher Soleil… je vais en faire autant.  Le monde, je le changerai demain.

Soleil haussa les épaules mais cela se vit à peine, qui fait attention aux épaules du soleil ?

Tissage attacha son cheval à un anneau de la grande porte, se pelotonna et chacun s’endormit, même les pierres.







Par Viviane Lamarlère - Publié dans : Tissage, vers la Sagesse
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