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Musique de la semaine

Arundo Donax

14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 08:05

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- Fille de Chicoutimi, quand arrive la saison où les feuilles de l’érable tombent au sol, je les entends pleurer leur existence enfuie, comme l’oiseau chutant du nid.
- Enfant, tu touches là un des mystères de la nature. Je vais te raconter la naissance des oiseaux.

Il y a bien longtemps, avant que les Dieux ne modèlent Premier et sa compagne, la Terre était habitée par les hommes.
Le monde était la proie de tant de guerres et de souffrances que même les arbres en avaient honte.
-Même les arbres?
-Oui, enfant, les arbres ont une grande mémoire de ces temps paisibles où la vie et la mort ne dépendaient pas encore de la colère…
Ils s’acharnaient pendant six lunaisons à faire croître les feuilles pour recouvrir leur honte. Le chant de la brise dans leur robe donnait un semblant de joie à ce monde.

Mais très vite,
à la saison où se récolte le maïs ou bien se chasse le lapin,
très vite pour un lopin
de terre les hommes entraient en disputaisons.

Et les arbres en avaient honte, honte à en perdre leurs feuilles si lentement poussées..

Chaque feuille pleurait
«Je tombe seuliterre
je tombe suis sans graine
je tombe solenterre
Que Grand-Blanc me prenne»

- Et ?

- Et Grand-Blanc la prenait, bien sûr, Grand-blanc n’a pas de ces états d’âme devant une petite feuille.
Grand-Blanc est gourmand !
 

Une petite fille, Chana, pleurait en même temps que les feuilles dont elle était la seule à percevoir les minces chagrins roux.

Parfois, avant que le froid ne les réduise en poudre, elle tentait de les faire s’envoler et rejoindre leur branche.

Mais les feuilles retombaient,
Et leur cri se transformait en murmure avant de s’éteindre pour toujours…
Chana était habitée d’intuitions un peu vagabondes, tout le monde la trouvait étrange, tout à la fois enfant médecine, enfant musique, enfant... différente.
Dans le silence, elle parlait aux esprits de la Terre, du Vent, du feu et de l’eau. Ses mains ouvertes accueillaient leurs réponses à toutes les questions, même les plus insensées.

Les questions ont parfois peur du vide qui les attend, mais Chana ne craignait pas le vide.

Les Esprits la rejoignaient furtivement au bord de la rivière et lui expliquaient le monde. Elle s’en était fait des amis et c’est ainsi qu’elle plaida la cause des feuilles d’érable .

Les Dieux se réunirent en Conseil.

Ils ramassèrent toutes les feuilles colorées qui n’avaient pas encore été mordues par les dents de Grand-Blanc. Puis s’en retournèrent dans leur maison réfléchissant à une nouvelle création
qui contenterait le coeur de cette petite fille.

Au printemps suivant,
alors que les hommes étaient encore tout occupés d’amour,
les arbres se couvrirent
de plumes et de chants.
Les branches étonnées
écartèrent leurs doigts
firent vite pousser
de jolis bourgeons tendres

Depuis, les oiseaux et les arbres sont complices.
Mais si la feuille se souvient de l’arbre, elle ne sait pas encore qu’elle deviendra plume.

- Il faudrait le leur dire..


- Non, enfant, laisse le monde aller. Laisse les chagrins couler, les peurs être mangées par Grand-Blanc ou la nuit. On ne peut prendre sur soi tous les chagrins du monde. Chaque feuille doit expérimenter, se souvenir, crier de joie ou de crainte et puis… mourir. Ton tour viendra!

  Suite


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publié par Viviane Lamarlère - dans Contes de la rivière aux Loups
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