Escales amicales

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Jeudi 21 juin 2007

Clair le timbre de l’eau

claire la bouche scellée
sur les rires naissants
et sombre était le vent...

En ces temps là le vent pleurait
la nuit remarquait bien ses yeux tout gonflés de chagrin
et le pavé battait aux pieds des gens,
pressé de rester seul avec le vent.

- Quel est ton chagrin, Taquilon ? ( c’était son petit nom ) lui demanda la nuit.

Mais le vent refusait de conter son malheur.

A force d’insister
et aussi avec l’aide des fleurs blanches que font les flaques sous la Lune
Taquilon
leur confia ce qui tapait sa tête.

- Chaque matin
je vais nu sur les fleuves
je vais nu aux buissons
et personne ne m’entend et personne ne me voit
pourtant loin des saisons qui me sont familières
il y a d’autres vents qui chantent et qui font peur
surtout la nuit.

- Il faut de tout pour faire un monde! dit la nuit.

Mais les flaques accroupies dans le nid des pavés se dressèrent de toute leur platitude:
- Nous aussi nous aussi on ne nous voit jamais, nous sommes obligées d’éclabousser partout pour être remarquées.

- Aussi aussi.. voilà le mot que je cherchais, Si... ils font un bruit de Si
quand ils chantent la nuit.

- Tu veux dire de Scie... lui répondit la nuit
tu veux dire cet outil qui trace de grand cercles là où montaient les arbres ?

- Je ne connais pas les lettres
dit le vent
je ne connais que les semences
l’origine des creux où la beauté du monde vient s’enfouir tendre et tiède.

- Va et souffle de toutes tes forces dès l’aurore! dit la nuit,
même l’herbe aura peur
même l’eau des poissons


Ainsi fit Taquilon
hélas
en vain
car Nul ne remarquait l’ébène de sa voix...

Alors quand vint la nuit
le pavé qui battait sous les pieds des goulus
le pavé le pavé le pavé
qui pleurait pour son ami le vent lui dit:

- C’est la nuit, pas le jour, que tu dois grosse voix
que tu dois admirer de très près les fenêtres
et glisser tourbillon dans les barbes des gens
le jour il fait trop clair il fait trop blanc
les gens n’ont peur de rien car ils remarquent tout
et tout s'explique à eux
la nuit
les chats sont cris
Va !

Et petit Taquilon siffla toute la nuit
fit chanter voix d’ébène et de buis
et les gens eurent des peurs avec complications
les mots se déchaînèrent et les volets claquants

Moralité:

Pour faire comme scie
Faut faire sans blanc



Un site sur les instruments traditionnels ou oubliés
tout en bas un petit extrait à écouter

par Viviane Lamarlère publié dans : Contes et légendes
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