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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
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Musique de la semaine

Arundo Donax

23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 08:49

 

arbre-du-voyageur.jpg

«  Venez tous sous l’arbre voyageur !!Il fait chaud aujourd’hui et j’ai à vous parler ».

Dans le village de Kek-Par, le chef Wolof semblait empli de pensées pas amicales du tout envers l’un des habitants de la savane.
Même le ciel bleu l’avait senti qui s’était prudemment retiré  derrière quelques nuages. C’est qu’il avait une grosse voix, Wolof, quand quelque chose d’important chagrinait son front habituellement placide .
Les femmes sortirent de leurs cases, rajustant le pagne bigarré qui dansait autour de leurs reins, les hommes sortirent l’ombre des palmiers dattiers, rajustant leur chapeau de paille et les enfants sortirent leurs jeux en rajustant rien du tout car là-bas les enfants vont nus.

Il tombait du ciel un soleil tout émerveillé  de sa puissance d’abêtissement de la Création.

Poussière rouge cachée-coquine entre  les petites entailles des talons, tous s’installèrent autour de Wolof et l’écoutèrent.
Même l’arbre des voyageurs ouvrit ses feuilles pour mieux recevoir la parole qui irriguerait ses racines aux souvenirs.

«  Il y a eu ce matin une sorte de grand malheur : l’un  de vous  a essayé de voler la harpe de son meilleur ami. L’un de vous n’était pas satisfait de son sort de chasseur… »
«  On ne va pas battre tam-tam pour une harpe qui a été rendue » dit celui qui était incriminé.
« On battra tam-tam toute la nuit s’il le faut, car il vous faudra comprendre. Ecoutez donc ! »

Pendant que le chef parlait, le Griot s’installait en silence à quelques pas derrière lui, et, regard déjà enfui au loin, là où prennent leur sources les rythmes et les sons qui coulent dans les doigts,  il effleurait lentement la peau tendue sur l’instrument fermement calé entre ses cuisses.

«  Il était une fois un homme très habile, très doué, surtout de ses mains. Tout ce qui passait entre ses doigts lui réussissait.
Il avait pour le reste du village construit de belles pirogues qui défiaient le courant du fleuve, il avait conquis plusieurs épouses et les rendait heureuses, ce qui était son devoir, mais tout le monde ne  sait pas toujours s’acquitter de ses devoirs..
Ce jour-là, il s’acharnait à rafraîchir le toit de sa case  d’herbes encore jeunes. Nouant les  fétus, il les assemblait sur l’enduit humide de pisé qui les épouserait pour un temps.

Quand un grand coup de vent arracha les quelques fagots déjà posés.

« Par le grand Baobab, dit cet homme, Vent rend moi les herbes !! »
Mais le vent était déjà parti ailleurs ennuyer quelqu’un d’autre. Alors, dépité comme la hyène qui voit la charogne se relever, il se mit à crier :
«  Samballah Weddo ! Je suis las d’être un homme attaché à sa condition d’homme, et de travailler autant pour rien, transforme moi en Vent »

Sitôt dit sitôt accompli.
Et voici le vent nouveau
Qui s’en va caresser l’eau
Coucher l’herbe avec violence
S’enrouler comme une danse
Autour des arbres surpris.
Patatras !
Un nuage passait par là…

« De quoi, on déssèche mon travail ?
 On s’en vient rider mes fleuves
et abîmer les écailles
de mes amis les palmiers ? »

Et le nuage de se répandre en larmes sur le vent qui en est presque tout noyé.
De la petite voix qui lui reste, Vent crie :

« La condition de vent est trop misérable ! Le nuage a davantage de pouvoir ! Samballah Weddo, transforme moi en nuage »
Sitôt dit, sitôt accompli…
Et voici le beau mouton
Blanc aux pattes de rosée
Qui joue à saute-montagne
Fait de l’ombre sur le sable
Et les oiseaux prisonniers.

Mais cela fait beaucoup beaucoup d’accidents. Les becs des oiseaux s’emmêlent, leurs serres se griffent et le nuage éclate en plus de mille morceaux.

Chaque morceau a très mal en arrivant sur les cailloux, et essaie en vain de se réunir aux autres mais c’est comme si leur voix leur faisait peur, ils se sauvent en suivant la direction de la pente la plus proche et le peu qui reste dans une flaque réussit à crier d’une petite voix…A ce stade là je vais demander au Griot d’accélérer la cadence car mon front s’échauffe.

Donc d’une petite voix, une flaque toute effarouchée crie :
« Samballah Weddo, je vois bien que le sort de nuage n’est pas très enviable, transforme moi en ces folles herbes de la savane qui m’ont donné tant de courroux.. »
Et sitôt dit sitôt…. ?
-ACCOMPLI crie l’assistance.

« -Bien bien, vous avez compris une partie de l’histoire. »

Le voilà donc herbe posée . Pour la première fois de sa vie , il peut regarder de près sans crainte d’être mangé les magnifiques yeux des fauves guettant leur déjeuner de la journée. Pour la première fois de sa vie il comprend ce que cela signifie être caressé par une brise douce ou par les  rayons du soleil au lever du jour. Il est très content de son sort quand un homme arrive qui lui arrache les cheveux par poignées et met le feu à ses racines ;

« Samballah Weddo, transforme moi en homme, la condition d’herbe est trop chaude pour moi »
Sit…
-…Ôt dit sitôt accompli !!

Et le tam-tam danse et le tam-tam bat et déjà des enfants sont en train de tourner sur le sol,  des adolescents de faire la roue et les femmes se tenant par les épaules de faire la danse du serpent autour de l’arbre.

Arrivé à sa maison, que voit notre homme ? Qu’il a perdu beaucoup de sa substance à vouloir en goûter d’autres…

« Samballah Weddo ! rends moi ma taille s’il te plait »
Et alors, de sa voix sombre comme la nuit, le Dieu serpent lui dit :

« Accepte ta condition d’homme et n’envie pas celle des autres créatures ! »

« D’accord, j’accepte tout ! »

Mais dans ses métamorphoses, il avait perdu un peu de lui. Le vent noyé lui avait fait perdre du souffle, le nuage éclaté de la chair et les herbes brûlées ses os et ses cheveux. Il était comme un Zombie.

« Samballah Weddo, rends moi ma forme d’origine sinon je vais me plaindre.. »

« Et à qui te plaindras tu, pauvre niais ? je veux bien te rendre ta taille et ta substance mais à une condition… Que tu demandes pardon à la nature de l’avoir offensée en voulant lui dérober la sienne. Il faut que tu saches pour toujours que parfois , les choses sont de conséquences irréversibles. Tu dois apprendre à t'aimer. »

Sitôt  dit sitôt… fait.

Et le revoici sur son toit en train de batailler en silence avec le Vent, les nuages, les herbes et tout le reste. Et depuis, tout va bien.
Vous voyez, vous tous, et toi, surtout, toi, c’est vrai que tu as rendu la harpe.
Maintenant , demande à ton ami de te rendre ta condition d’ami,  car cela dépasse mon pouvoir

L’Arbre du voyageur referma ses feuilles. Il en avait entendu assez pour au moins une semaine.
Et vous ?
 

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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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commentaires

Miche 24/05/2012 10:00


Lolll, sous l'arbre du voyageur, oui, il y en a qui sont morts de soif...


Comme d'hab, j'aime.

Russalka 25/05/2012 09:01



 


Merci Miche, c'est sympa, je viendrai te lire ce soir ou demain, ma famille arrive en groupe serré ;o))pour ce long WE
et du travail m'attend dont sera exclue la toile...



aimela 24/05/2012 09:55


contente que tu ais remis ce joli conte, je l' avais raté à l'époque , les journées passent , bien chargées et on  oublie... C'est un plaisir  de  te lire

Russalka 25/05/2012 09:00



 


Merci Aimela, c'est gentil... Plus trop envie d'écrire...



Valentine :0056: 23/05/2012 22:58


:0070: Bravo ! C'est un conte vraiment magnifique et si bien enlevé... Il rappelle les "Petits contes nègres pour les enfants des blancs" de Blaise Cendrars,
mais c'est peut-être parce que comme lui il est tout imprégné d'oralité et du style spécifique qu'adoptent les noirs pour raconter des histoires ; et aussi, de leur mentalité, de leurs
coutumes... On voit que tu les connais, mais aussi que tu possèdes à fond l'art du conteur (faire participer l'assistance !), sans oublier le sens à apporter au conte, la profondeur et la sagesse
- et de plus c'est bien écrit, c'est pétillant de vie ! Voilà ce qu'il faudrait absolument publier.

Russalka 24/05/2012 09:29



 


Tu es adorable ;o)) je 'nai pas trop l'énergie d'écrire des contes en ce moment, tout est siphoné d'une part par
l'écoute et l'accompagnement de ma vieille maman, d'aurte part le jardin qui embellit mais a besoin encore de tant de soins... J'ai d'ores et déjà réuni des cycles et des cycles cohérents de
poèmes ou de contes, mais la flemme en vérité de me rendre à la poste...Il me faudrait un manager ;o))  Bisous!!



le bateleur 23/07/2007 11:52

J'ai oubliè de répondre à la question posée
...
non pas moi ! tout au contraire ...

Russalka 23/07/2007 20:47

Alors on va continuer ( sourire ) pour le plaisir des voyageursà tisser des histoires...

Le bateleur 20/07/2007 11:52

(J'aime tes contes
et celui ci tout particulièrement)
l'envie
ce qui permet de se dépasser
à condition
de se revenir

la morale n'en est pas une
tant tu nous aides à la faire germer au fil de l'histoire

la dernière phrase est la touche qui fait de cette page bien autre chose qu'un bout à lire pour soit
mais une veille autant qu'une veillée

Russalka 20/07/2007 20:13


( heureuse et rassurée de te savoir rendu à bon port (sourire)
je n'aime pas savoir les amis sur les routes


oui, se revenir
et se trouver surtout
s'aimer
cela me fait plaisir que tu aies lu ce petit conte avec ce que j'avais aimé y mettre, un peu de flou  comme dans ces oeuvres de Rachmaninov dont on ne définit pas la mélodie et pourtant elle
s'y trouve, 
bien cachée

Merci Luc, reposez vous bien tous deux !


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