Mains
je vous aime.
Vos silencieux ballets
bibliothèques mouvantes
paysages de chair carrefours
étoilés
géographie écrite en alphabet d’histoires
Sur les paumes rugueuses
j’entends les bouts d’écorce
enfouis dans le terreau
les outils du jardin
les peines minuscules rouillées sous l’établi
les herbes arrachées
quand le sol
est trop sec à s'écorcher la peau
Je ne saurai jamais pourquoi les mains fines et longues m’invitent au
voyage
on
devine autour d’elles d’invisibles présences
silence de l’étude vieux livres parfumés aux pages écornées
ou jamais déflorées
l’exercice du
rêve
léger
dans la
pénombre.
Celles toutes tachées de soleil des très vieilles personnes
assises sur un banc
dehors
à voir passer le temps
posées à plat elles lissent le tablier de mouvements
sages
réguliers
imperceptibles
elles sont comme des racines à l'embouchure des fleuves
elles ont la douceur des caresses anciennes et cette précaution surgie de la blessure
la lenteur qui désigne sans montrer du doigt
Même la moiteur de mains qui refusent l'étreinte
le geste déplié sans élan
sans ferveur cette sueur malgré elle
jamais je ne la fuis tant elle me suggère
ce qui n’ose
autrement
Dis…
Que ressentaient-ils touchant du
bout des doigts
l’énigme de la pierre plus rouge après l’ondée
les lieux modestes et gris où la mousse se prend pour un immense pré
et ses troupeaux d'insectes
affolés
besogneux
qui courent vers plus tard ?
Connaissaient-ils la bouche sèche des commencements
le ventre qui pressent les
puissances obscures ?
et les mains
et les mains
et leurs mains disaient-elles
avec leurs mots à elles
la volupté du corps à corps découverte infinie de la courbe
des hanches
et du dessin des lèvres
la douceur de l’argile qui portera les eaux et les grains et les
signes ?
par Viviane Lamarlère
publié dans :
Botanique de l'étymologie
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Vos mots à vous