Escales amicales

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Vendredi 13 juillet 2007


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Marche droit, ne sors pas du Droit chemin !

Sur les contours des pommes, dans les champs labourés et la tête des enfants depuis la nuit des temps ce refrain résonnait ses coups de fouets nerveux.
Marche droit !

Si la pomme avait pu siffler ou mettre ses mains dans ses poches elle l’aurait fait mais la pomme ne siffle pas et n’a pas de poches
la pomme se moque
des injonctions
car ce qu’elle aime c’est qu’on la croque
sans façons !

Si les champs avaient pu secouer leurs plantureuse échine et envoyer au loin les roues et les aiguilles et aussi les sabots, peut-être l’auraient-ils fait ?
Rien n’est moins sûr,
les champs adorent les chatouilles
les grands oiseaux qui les épouillent
les mains magouilles
qui trifouillent
leurs trésors noirs quand tombe mouille

Mais les enfants… les enfants…
Les enfants étaient très malheureux.
Si encore quelqu’un leur avait indiqué où se trouvait ce chemin Droit!

Quand je dis indiqué, c’est «  Indiqué-avec-un-regard-complice–et-un–peu-bandit » indiqué comme qui a beaucoup emprunté
( et pas seulement en regrets )
ce chemin qui s’éteint tout d’un coup lorsque le soir descend
tombe de l’autre côté du noir et
pour peu que le cœur sache percer la nuit
vous emporte au pays des indices minuscules.

Voilà le chemin droit
Enfin… je crois ?

Mais non, toujours cet ordre courait
et de génération en génération
la nuque des humains et de leurs petits souffrait à chaque fois davantage
enraidie qu’elle était devenue à conserver le regard orienté froid devant
sans échappée possible dans les côtés de mauvais aloi.

Dans les temps dont je vous parle, les dégâts étaient déjà bien avancés. Le monde était
triste.

Pourtant il y avait dans ce pays une Source.

Elle écoutait tout ce boucan et comprenait à demi-mot que c’est en forçant sa nature et peut-être même celle des autres qu’on se fraie un chemin dans l’existence.
Et vrai de vrai, un jour,
elle réussit à percer le flanc de la montagne
qui la gardait en prison née
puis à montrer le bout d’son nez.

Amis, quelle dégringolade quel culbutis quelles cabrioles ! Sentir courir sur sa jeune peau les rayons du soleil, entendre les voix des enfants plongeant dans sa fraîcheur… Elle fut heureuse longtemps. La langue des vaches sur ses gouttes, les poissons tombés d’on ne sait où qui se glissaient entre ses bras, tout cela lui était émerveillement.
Mais tout bonheur connaît des obstacles et celui-ci se présenta un jour sous la forme d’un énorme caillou.

Le nez de la source devenue rivière en resta quelque temps tout épaté.
C’était pas tant l’admiration
que le choc !

- Pierre, ôte-toi de ma route !

- Pardon ? Que pierré-je ? Que granitté-je ? Que feldspathé-je ?

- Cesse de te moquer, Pierre, je dois continuer ma route de fraîcheur vers d’autres mollets que les tiens.

- Mais va, chère, va, peu me chaut.

Et Pierre resta ainsi posé sur son Quantasoi autour duquel rien ne poussait.


Source devenue rivière, qui avait bien retenu les leçons des hommes et la notion de Droit chemin gonfla sa colère et ses muscles comme des voiles et se jeta de toutes ses forces sur le caillou.

Elle s’acharna ainsi des jours et des jours, cinglant la pierre de ses coups de fouets vigoureux jusqu’à ce qu’il ne restât d’elle qu’un tout petit ruisseau épuisé, à bout d’eau. Elle aussi souffrait de ses Tèbres, comme les enfants.

C’est alors que le vent lui souffla
«  Cingle Cingle ma belle
Cingle la pierre et vis rondels
cingle la pierre et virons d'elle »

Cela était langue étonnante, surtout ce mot, Cingler.

- Mais je n'ai fait que cela se murmura-t-elle, cingler, je n'ai fait que cela... Quel fou ce vent!

C’est parfois quand on est le plus fatigué que l’on comprend le mieux les choses.
Ce qui restait de la source donna leçon aux enfants des hommes
qui avec chagrin la regardaient depuis plusieurs jours se raidir en vain
pour trouver elle aussi son Droit chemin.

Elle força sa nature qui était de percer la nature des autres
contourna la pierre
comme l'aurait fait un serpent
non sans l’éclabousser un peu au passage pour marquer son territoire

Depuis il se raconte dans ce pays que le fleuve fait des détours parce que personne ne lui montre le droit chemin.

Je crois, mais ce n’est qu’une hypothèse
je crois que le fleuve fait des détours
parce qu’il a peur pour ses verts Tèbres


par Viviane Lamarlère publié dans : Les naissances du Monde
commentaires (8)    ajouter un commentaire
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Commentaires

Tu te doutes que je partage le fond de tout coeur
quand à la forme
elle est délicieuse
et coule
elle aussi
comme l'eau vive
Commentaire n° 1 posté par Le bateleur le 13/07/2007 à 23h07
merci Luc
contente que le petit conte t'ait touché (sourire)
Réponse de Russalka le 14/07/2007 à 11h57
Délicieux conte et superbe photo. C'est l'Amazone?
je suis persuadé que dans votre rubrique Nouvelle botanique de l'étymologie vous pourriez nous cuisiner une jolie fable autour des mots cingler et Singler.Allez, M'dame, pour vos lecteurs, un p'tit effort :)
Commentaire n° 2 posté par Bernard le 14/07/2007 à 10h29
ca c'est une suggestion sympa, je vas-z-y réfléchir (sourire)
il est vrai que les mots singler et cingler sont tentants
quans on aime le vent qui fouette
et les voiles qui appareillent
merci Bernard
(la photo est celle d'un affluent de l'amazone)
Réponse de Russalka le 14/07/2007 à 11h59
on dirait une oeuvre d'andy Goldsworthy
;-)
Commentaire n° 3 posté par frenchpeterpan le 14/07/2007 à 21h50
Et pourtant c'est du land Art tout ce qu'il y a de plus ... naturel :o))
Réponse de Russalka le 15/07/2007 à 07h54
Quelle jubilation, ce texte! Tu vois Viviane, il t'est sans doute arrivé de "pêcher" comme tout être humain, mais si j'étais le bon dieu, je tepardonnerais tout mais tout tout tout après avoir lu ça:
" Sentir courir sur sa jeune peau les rayons du soleil, entendre les voix des enfants plongeant dans sa fraîcheur...Elle fut heureuse longtemps. La langue des vaches sur ses gouttes, les poissons tombés d'on ne sait où qui se glissaient entre ses bras, tout cela lui était émerveillement."
Commentaire n° 4 posté par mireille le 14/07/2007 à 22h51
Tu es adorable, Mimi, comme tout le monde j'ai pêché et pas simplement des fruits ou des poissons, mais si tu crois que le Dieu auquel chacun croit pourra me le pardonner grâce à mes petites histoires, alors, je vais en écrire plein, pour l'éternité (sourire)
Réponse de Russalka le 15/07/2007 à 07h56
Quelle splendeur! t c'est une superbe suite au "Chemin de lumière". mais ça me laisse sans voix!
J'aime beaucoup l'idée du début: descendre profond, "vers son chant", c'est magnifique et plein de force vive qui se transmet, rassurante.
Commentaire n° 5 posté par mireille le 14/07/2007 à 22h58
C'est effectivement un peu une suite au chemin de lumière, chacun de nous essaie d'emprunter ce chemin, il nous faudra un jour l'emprunter par la force des choses, pour nous fondre au grand Tout... Contente que cela t'ait plu Mimi.
Réponse de Russalka le 15/07/2007 à 07h58
bien sur que les méandres valent mieux que les droites - tes mots sont envoutements...
merci viviane
Commentaire n° 6 posté par daniel le 14/07/2007 à 23h27
Outre le fait que le paysage est bien plus agréable à promener quand des virages se laissent deviner
entrouvrent leurs secrets, se referment sur nous... Mille merci Daniel!
Réponse de Russalka le 15/07/2007 à 08h01
Très joli Viviane, j'aime beaucoup la pomme qui veut se faire croquer. Je n'aime pas les chemins qui sont droits, j'aime déambuler dans les courbes et connaître ce qu'il s'y passe, les chemins droits sont stériles de toute vie
Commentaire n° 7 posté par aimelasorc le 16/07/2007 à 11h59
Merci Aimela, que tu aimes la pomme ne m'étonne pas de la part d'une Normande (sourire)
contente que tu aies partagé ce cheminement...
Réponse de Russalka le 16/07/2007 à 14h31
Charmant, tordant, délicieux...
Commentaire n° 8 posté par Valentine le 17/07/2007 à 15h55
( sourire) merci ...
Réponse de Russalka le 17/07/2007 à 21h36

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