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Musique de la semaine

Arundo Donax

30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 15:39

Quand mon grand père est mort, j’avais treize ans.
Nous rentrions d’Afrique, il venait d’être opéré. D’un cancer. Succès de l’intervention. Œdème du poumon.

Je nous revois entrant dans sa chambre d’hôpital, ma grand-mère, ma mère et moi. Il était gris, le nez pincé, les oreilles toutes blanches comme celles des mourants que j’accompagne depuis. Ses deux «  femmes » s’agitaient autour du lit : «  Et tu veux ceci et tu veux cela et ça va aller » . Et mon grand-père de murmurer : «  Je vais mourir. »
«  Mais non tu ne vas pas mourir, qu’est-ce que tu racontes » lui répond sa fille et bla bla bla. Ne nous fais pas peur, Pépé, avec tes histoires de mort qui vont rompre le peu d’équilibre et de fantaisie joyeuse de cette famille. «  Ne parle pas, on va aller te chercher des fraises ».
«  Je vais mourir » répète mon grand-père. Branle-bas de combat chez la gent féminine qui décampe pour aller acheter des fraises et du fromage blanc. Il adore ça le pépé, les fraises et le fromage blanc. Ca va certainement lui rendre des couleurs.

Et me voilà seule aux côtés de mon grand-père. Paralysée par ce grand mystère étalé sur son visage et qui ne va pas tarder à éclater aux yeux de tous. Paralysée mais pas effrayée.
Je n’ose pas le toucher mais nos regards se rencontrent et ne se lâchent plus.
«  Je vais mourir » me redit-il. Et moi, enfant sans détours, de lui répondre, parce qu’ainsi le sent tout mon être, parce que je ne sais pas laisser à l’obscur cette violence qui va nous être offerte, de lui répondre  «  Oui ».

Je revois encore aujourd’hui son visage se défroisser subitement, sa nuque se détendre, sa tête s’enfoncer dans le coussin blanc, comme s’il espérait ce petit mot. Je ne savais pas, alors, que je venais de l’autoriser à nous quitter.
Quand ma grand-mère et sa fille sont remontées de leurs courses, il a prononcé cette phrase une dernière fois et s’est éteint. Comme ça. Simplement. Si simple mourir.

Je croyais avoir, comme on dit, fait le deuil de cet homme plein de charme. Sa silhouette un peu raide et très élégante, ses yeux gris, son nez un peu busqué. Il me disait souvent que j’étais le portrait de sa mère. Mon arrière grand-mère était une Algonquine, une «  Native «  du Nord canadien. Elle rencontra sans doute par hasard son futur mari venu faire fortune comme tant d’autres aux Amériques. Il ne me reste d’eux qu’un vieux cliché, ils y semblent très sages et elle très mal à l’aise dans les robes de l’époque. Mon aïeul revint du Canada sans un rond mais riche de son indienne qu’il installa dans une ferme de son Poitou natal où, à ce qu’il paraît, elle donna toute la mesure de son caractère bien trempé.

Et si je vous disais que perdant mon grand-père, j’ai perdu le premier homme de ma vie qui ait su m’aimer telle que j’étais et me faire comprendre qu’il me trouvait belle ?

Pendant ce temps, ma mère s’obstinait à me faire porter d’affreuses lunettes à monture noire pour que je ressemble à son idole, Nana Mouskouri. Et me répétait avec une jubilation dont je ne comprenais pas les sources que je n’étais pas la plus belle de ses filles, peut-être même étais -je la plus laide,  et qu’il me serait très difficile de séduire qui que ce soit,  mais que j’avais «  un genre ».


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publié par Viviane Lamarlère - dans voyages de l'âme
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