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Musique de la semaine

Arundo Donax

16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 02:09



fritillaire.jpg


Dammad s’était couché entre deux collines,
la tête sur l’une ,
les pieds sur l’autre,
le dos calé au  fond d’une vallée...
Dammad pensait,
et pendant qu’il pensait le soleil s’épuisait à sauter par dessus son ventre pour vite vite tendre ses rayons entre les murs des maisons,
des étables, des ronces.


Dammad se moquait de la fraîcheur matinale,
des enfants qui seraient en retard à l’école,
des troupeaux endormis à l’heure où ils devraient monter aux pâturages.
Dammad pensait en mâchonnant un tronc d’arbre que seules les fleurs et les oiseaux pourraient le sauver.

Qu’ils étaient loin les jours du petit garçon qui voyait loin,
si loin que lorsqu’il jouait aux dames son regard tranchait le temps et courait vers l’issue des combats entre pions noirs et blancs.

Qu’elle était loin l’enfance et ses jeux pour savoir.

Comment lui vint un soir

l’envie d’échanger son génie contre monnaie sonnante et trébuchante, nul ne l’a dit,
en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf !
il détroussa tout le pays.

Mais sorciers, druides, maléficiens et jeteurs de sorts aimaient Dammad
aussi pour sa faiblesse qui ne pouvait durer.

Aussi se réunirent-ils dans le plus grand secret.
Et  bientôt
à chaque joute remportée
Dammad grossit comme un ballon.

Les premiers temps, cela l’amusa car il voyait encore plus loin et dans le temps et dans l’espace…
Mais très vite

se penchant sur cette ombre gigantesque attachée à ses pas qui écrasait les champs,
enjambait les collines et glaçait les ruisseaux,
accumulait les nuages dans le plus bleu du ciel

très vite il renifla le parfum de la haine
très vite il se sentit très lourd de sa légèreté


Oh, se disait Dammad, retrouver ma chambre coquette et ma jolie maison!
Ne plus dormir à la belle étoile
ne plus sentir le coffre de la nuit se refermer sur moi avec son bruit de voleur d’âmes…

Dammad se fabriqua une immense pancarte.
On y lisait de loin :

" Echange toute ma fortune contre le retour à ma taille réelle à qui me fera perdre une partie de dame."
Et bien sûr les candidats furent nombreux, que l'idée d'être à leur tour un géant ne rebutait pas…
Hélas, Dammad avait beau se forcer, éteindre son regard ou ses pensées, toujours sa main trouvait la position gagnante.
Alors il s’en fut le cœur gros de peine vers les collines les plus lointaines.

C’est là que nous l’avons trouvé mâchonnant un tronc d’arbre et pensant que seules les fleurs et les oiseaux pourraient le sauver.


Mais les sorciers, jeteurs de sort, druides et maléficiens avaient bien travaillé.
Dans leurs immenses marmites étaient nés deux oiseaux comme on n’en vit jamais, 
plumage d’or 
regard d’épine.

Ils les lâchèrent dans cette fin de jour où leurs ailes se confondaient aux rayons du soleil.
Ils les lâchèrent et les oiseaux ne virent dans tout le paysage que ce corps gigantesque offert à leur faim.

Dammad les entendit venir et leur offrit ses mains gonflées comme des outres.
Qui dira la douleur de mains sur lequelles s’acharnent les oiseaux ?
C'était le prix à payer...

Dammad s’enfuit avec sa petite taille revenue car il sentait bien que les monstres en voulaient à ses yeux.

Mais chemin courant

il sema derrière lui quelques gouttes de sang.

Elles plongèrent dans la terre pour échapper au dessein menaçant des grandes ailes d’or…
Au printemps suivant il en sortit des fleurs étranges, dont les pétales dirent  à chacun que l’on doit jouer pour jouer et non pour appauvrir celui avec lequel on joue.

On les nomma fritillaires.
La vraie  richesse n’est-elle pas dans la beauté surprenante des choses de ce monde
et dans le rire qui est offert
lorsque l’on gagne

ou  perd ?




 
 

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commentaires

une plume qui ecrit 14/01/2008 01:27

Concours d'écriture Aujourd'hui, Dimanche 13 janvier 2008, une plume qui écrit déclare ouvert ce tout nouveau concours, qui s'effectuera jusqu'au 31 Janvier 2008. Consignes: Il s'agit d'écrire un récit, un poême, une nouvelle, un article de journal ou toute création que vous souhaitez (demandez moi avant par mail) sur ce que signifie pour vous "l'amour". Vous êtes libre pour la direction de votre écriture. Au final, qu'est ce qu'il y a : Les trois meilleurs d'entres vous seront choisit, et publié sur ce site, et auront 20 commentaires chacun sur votre site personnel ainsi qu'une communication envers les autres bloggeurs. Ce concours n'a pas de but lucratif, il s'agît simplement de faire partager la passion d'écrire sur certains sujets.

Russalka 14/01/2008 10:31

Merci, PLume, mais je dispose déjà de si peu de temps... bon succès à votre concours...

Marianne 13/01/2008 22:18

Très joli conte dont la morale emporte mon adhésion.Quel doux mots "fritillaires" ! On penserait davantage à un oiseau qu'à une fleur tant sa consonance ressemble à un froissement d'ailes.

Russalka 14/01/2008 10:30

Oh comme tu éprouves ce que j'éprouve en prononçant leur nom, oui, un froissement d'ailes de colibrisles fleurs sont superbes, je n'en ai vu qu'une fois dans un lieu assez marécageux , il y en avait des brassées, et maintenant que ej sais qu'elles sont protégées, suis pleine de remords d'en avoir cueilli..

Valentine :0056: 13/01/2008 17:11

Que c'est beau ! Ce coffre de la nuit qui se ferme avec son bruit de "voleur d'âmes"... Et tout le reste ! Les fritillaires, magnifique nom pour des fleurs étranges : je me demande si Milhaud ne les cite pas dans son "catalogue de fleurs"...

Russalka 14/01/2008 10:28

les fritillaires sont des fleurs fascinantes, et toi tu as une mémoire exceptionnelle, effectivement avec le pétunia et les crocus, Milhaud en avait fait de jolies mélodies ( sur des textes de Daudet si mes souvenirs sont bons...) mille bravo à toi, Musicienne!

mireille 13/01/2008 16:12

oui c'est comme ça tout est délicieux; j'aime particulièrement la fin , quelle sagesse!

Russalka 14/01/2008 10:16

(sourire) tu es trop mignonne,  c'est juste un prétexte pour illustrer ce beau dessin, merci à toi, Conteuse et bisous.

Serge 13/01/2008 13:05

Superbe dessin , superbe photo et conte délicieux. Savez vous qu'en Dordogne il en pousse des champs entiers? C'est une fleur très amusante mais d'une fragilité telle qu'elle est désormais chez nous qualifiée espèce protégée.

Russalka 14/01/2008 10:14

Ah... je ne savais pas que c'était une espèce protégée, on en voit parfois chez les fleuristes en pots!!merci du partage de l'info.

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