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Musique de la semaine

Arundo Donax

1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 10:29

Hiver, vous êtes un vilain.
Fuyez, fuyez, froidure grise,
Emportez vos penailles
Prises
Aux lendemains
Tenailles
Brises.. brises..
Assise dans un coin de son magasin, Maria rêvait de poésie.Sur des feuilles volantes qu’elle rangeait méticuleusement chaque soir dans un vieux classeur, elle s’essayait à rimer, d’un trait de porte- mine aussi léger à effacer que le serait sa vie.
Tout sur la peau de son visage disait l’amertume . Les plissés soleil en éventail autour de la bouche et des yeux ne devaient rien au rire mais à la recherche d’un " au- delà" de l’improbable horizon et à la contraction inconsciente et rythmée de ses mâchoires autour de ressassements qui luibouffaient autant l’estomac que l’existence .

Elle avait raté tous les trains .

Enfance tiédasse dans une famille incolore dont la seule bonne idée avait été de la mettre au monde au coeur de ce quartier jouxtant la gare où elle s’était posée pour toujours.

On n’échappe pas à son histoire.
Elle aimait les relents de frites et kebabs refroidis par la nuit, cette faune qui surgissait des pavés et le regard doux de certaines prostituées poussant comme des fleurs sur les trottoirs en cloque.

Au loin, le bruit des trains partant vers des ailleurs.

On n’échappe pas à son histoire.
Elle avait été incapable de s’arracher à la lancinante mélodie du rail.

Le printemps était là, tout entier dans ce bleu nu si particulier qui semble toujours hésiter entre rire et larmes.
Par la porte entr’ouverte, la brise lui ramenait les murmures de ruelles, une idée de la blondeur des mascarons qu’on lavait de leur crasse et surtout, s’enroulant autour des passants, la chair rugueuse du café fraîchement torréfié au bistrot du coin.
Elle ne vivait presque que pour ce déluge de sensations que lui procuraient les plus infimes modifications de la lumière ou du vent coulant le long des murs et des toits.

Un client badait sa devanture.
Son regard écarquillé, les joues encore pleines parlaient l’enfance à fleur de l’âme. Elle ne comprenait que trop bien chez ces hommes de tous âges le plaisir et le rêve qu’ils venaient chercher dans sa boutique.

Avec un souci du détail qui confinait à la pathologie, elle avait mis des années à réaliser tout un monde de villages stupéfiés, maisons posées sur des jardins miniatures près de laisser s’échapper un cri de vie, collines de feutrine aérées de tunnels, gares à l’ancienne en briquettes roses et blanches, points de conjugaison de tout un réseau de voies s’entrecroisant pour mieux se fuir.

Se saisissant de la télécommande, elle mit en route la plateforme. La locomotive à vapeur Marklin T 330 s’ébranla avec son long convoi de wagons aux passagers figés dans une éternité de plastique.
Derrière la vitre s’incendia un regard.
Quand le train rentra dans le tunnel, elle ferma les yeux, savourant seconde par seconde les battements de ce plaisir par procuration.





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