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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
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Musique de la semaine

Arundo Donax

20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 09:43
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A Jean-Pierre
avec toute ma tendresse et amitié pour nos bons moments partagés
et à partager encore
à vous tous qui avez aimé ce conte .


.... Est-il le plus sage des animaux ?

Parce que sa tête est plus grosse que celle des autres ? Non !
Parce qu’il parle mieux que les autres ?
Non  plus.
Parce qu’il a lu davantage que les autres ?
Oh non ! vous êtes loin du conte
et vous pourriez m’énumérer cent raisons que ce ne serait pas la bonne…

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Il était une fois dans ma savane aux herbes folles
des animaux sauvages et très orgueilleux de ce qui les rendait uniques.

Je suis le plus fort rugissait le Lion

Je suis le plus beau braillait le Paon 
Je suis le plus original hennissait le Zèbre
Je suis le plus adorable des parents huait le Héron
Je suis le plus intelligent piaillait le Singe
Je suis .. le… plus … petit osait la Souris

Et le Crapaud et le Crapaud ne disait mot.

Hé toi qui la nuit croasse
Atcha makélélé
Yaka awaa
toi qui la nuit croasse
à nous faire souhaiter
la colère sur toi de Grande Calebasse
Kang monoko na yoo - o
Toi, en quoi es - tu fort ?


Crapaud ouvrait un œil, puis l’autre, attrapait une mouche, rentrait son cou dans son cou et se taisait. A dire vrai, il était las des vantardises de ses compagnons de mil et de matiti et ne rêvait que de paix et de silence.

Eloko na yo te
Eloko na yo te
Pas tes oignons pas tes oignons
Pensait crapaud


- Ah  ça, rugit Lion, moi le Roi je n’aime point que l’on ne me réponde !

- Et moi le plus bleu je n’aime point que l’on ne me voit brailla Paon !

- Et moi le plus libre derrière sa prison je n’aime pas que l’on m’enferme dans un tel mépris hennit  … hennit qui ??? Zèbre !!

- Et moi le plus écoutant aux tous petits je n’aime pas que l’on ne m’entende hua Héron!

- Et moi le plus intelligent de la savane et de la forêt et même des plaines je n’aime pas que l’on ne me comprenne! piailla Singe en arrachant un régime de bananes et le balançant au marigot pour faire déborder.

- Et moi… et moi … le plus petit… j’sais plus ce que je voulais dire osa Souris


Lion s’approcha alors non sans Zavoir rejeté d’un gesTauguste sur son épaule ce qui lui restait de crinière. S’assit Tau-dessus du crapaud, leva la patte de devant Tà droite, se frotta le front puis descendit doucement sur la petite bête en frisant ses moustaches et plissant son museau.

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- Veux-tu que je t’écrase, vermisseau  des marigots secs?

- Si tu veux.

- Ah ! donc tu sais parler. Heureuse nouvelle ! Pourquoi ne nous dis-tu pas quelle est ta sépifiscité ?

- Spécificité ricana Singe.

- Fécipricité...

- Spécificité riait Singe en se roulant dans la poussière dodue.

- Ta ROOOOOOOOOOOOOOARR rugit Lion.

C’était un cri à faire se briser la Lune comme soir de vaisselle pilée entre amoureux et chacun alla se cacher derrière ce qui restait de régimes de bananes, sauf Crapaud qui continuait d’ouvrir un œil puis fermer l’autre.

- M’as - tu bien entendu cette fois ?

- Farpaitement, il n’était pas zutile de zurler ainsi. Quel est ton problème, ô Grandissime ?

- Ce n’est pas que Mon problème, ô Misérabilissime, c’est le problème de toute ma cour désormais. Quelle est ta sfépici ta frétipi ta …. Enfin tu m’as compris, ta ROOOOOOOOOOOOOOAR ?

- Puisque tu tiens à la connaître, je suis le plus à même de rentrer au fond des choses. Mon esprit est pénétrant. Et sur ces mots Crapaud ferma à – demi les yeux et ouvrit grand les deux oreilles qui sont cachées petites dans un coin replet de sa tête.

Et la savane tout entière d’être secouée de rire, d’autant qu’elle n’avait pas saisi un traître mot de ce que voulait dire «  Rentrer au fond des choses ».

-Riez, riez, je vous mets au défi, vous qui êtes si forts chacun dans votre catégorie, de nous dire ce qu’est la pierre qui se trouve à mes côtés et ce qu’elle contient.

Et la savane tout entière de s’esbaudir, de s’esclaffer, de  se tordre à perdre la laine et les plumes. La pierre aux côtés de crapaud était on ne peut plus banale, grise et sans éclat, arrondie par le temps et peut-être même un peu abîmée par endroits et par le même. Quoi, elle renfermerait quelque secret ? La bonne blague !

Le calme revenu, le Roi des animaux bailla longuement puis prononça, dans un  silence tendu :
- D'accord. Nous allons y travailler chacun à notre tour, et s’il s’avère que tu es le seul à nous apporter la preuve que la pierre contient quelque chose, en tous cas je te cède ma couronne.

- Mais comment saurons -nous  lequel d’entre nous aura trouvé la vérité ? demanda Singe tout à coup émoustillé par la perspective d’être enfin le roi des animaux.

- La pierre étincellera d’or au dernier soleil et ses rayons nimberont le sage, voilà ce que sera sa réponse, marmonna Crapaud sans ouvrir les yeux.

Lion écarta d’un geste large de la mâchoire tous ses rivaux, prit la pierre entre ses énormes canines, la mordit à se faire saigner les gencives, y laissa même une molaire et finit par la reposer au sol.

«  La pierre n’est que mauvaiseté remplie de coriace » 
rugit Lion.

Le soleil descendit d’un cran.

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Paon s’approcha alors avec élégance comme il sait le faire quand reste muet, se posa sur la pierre et resta un long moment à la couver. Rien n’en sortait. Il avait beau se concentrer, pas le moindre bruit de petit bec craquant la coquille de cet ovule gris. Il se releva d’un air pincé, arrangea son feuillage et s’en fut en braillant :

« La pierre est un œuf stérile et tout empli de vent »


Le soleil descendit de deux crans.

Zèbre s’avança alors en roulant de la croupe qu’il avait fort imposante, se pencha sur la pierre et clamant à qui voulait l’entendre que cette pierre était sa sœur et qu’elle le reconnaîtrait et se parerait de zébrures.
Hélas pour lui, et bien qu’il tente d’amadouer également le soleil et l’ombre, la pierre resta uniformément grise.

«  La pierre ne prend pas la couleur, la pierre est aveugle et n’a aucune ambition » hennit-il de dépit.


Le soleil descendit de trois crans.

Héron en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire prit la pierre dans son bec et la porta à son premier né qui huait de faim. Mais premier - né la recracha avec dégoût, il la donna à deuxième - né qui la recracha aussi et à toute la couvée qui la recracha. Alors Héron reprit la pierre dans son bec et la posa avec respect au pied de Singe.

«  La pierre n’aime pas la douceur du col de mes petits, la pierre n’est pas de notre monde, malin qui dira ce qu’elle est et ce qu’elle contient, la sagesse de ma propre nature commande de renoncer».


Le soleil suspendit son jugement derrière les nuages .

Singe qui se pensait très malin, non sans avoir en préambule baragouiné une de ces prières que savent tous les singes depuis leur première liane, prit la pierre fermement dans la main, puis la lança au loin. «  Et maintenant, reviens trouver ton maître ! »
Ils attendirent une petite heure, assis dans les herbes folles de ma savane.

Le soleil était à cran.
Aussi, voyant que la pierre ne revenait pas, Singe alla la chercher en faisant une grimace et la jeta au museau de Souris.

« La pierre est sourde et pleine de désobéissances ou les deux à la fois, en tous cas moins habile que moi, essaie, toi le plus petit de nous, qui sait ? »

Souris la renifla et sans demander son reste s’enfuit derrière les belles plumes de Paon.

«  Non,  je suis trop petit et je n’ai pas très bien compris toute cette affaire.


Soleil faillit rouler pour de bon dans le noir et il fallut toute la concentration de Crapaud pour qu’il restât accroché à l’horizon.

- ALORRRRRRRRRRRAORS ? rugit Lion. Crapaud, c’est ton tour, pour quelle insolence vais-je devoir te punir ?

Crapaud haussa une épaule et puis l’autre
ouvrit un œil et puis l’autre et ferma ses oreilles qui en avaient assez entendu.

Il était déjà bien vieux et ne tenait plus vraiment à la vie…

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Il pensa en un éclair
à ce que lui contait la Nature lorsque le rugissement du Lion ridait le marigot fouillé niama-niama de fourmis volantes

à ce que les fourmis volantes lui disaient de la pluie couchant les plumes du Paon

à ce que la pluie dans ses inclinaisons contrariantes lui murmurait de la position exacte du Zèbre dans la savane

à ce que la position de Zèbre dans la savane lui narrait des courbes harmonieuses de Héron empli de poisson frais sous la lune

à ce que cette forme étrange lui rappelait des ballets de queue Singe dans les régimes de bananes

à ce que le ballet de queue Singe lui laissait entrevoir de la petite queue presque inutile de Souris

à ce que ce presque achevait de le convaincre de l’importance de toute chose et Être en cette terre
pourvu qu’il accepte sa place.

- Vous n’y êtes pas dit – il.  Pour connaître ce qu’est la pierre et ce qu’elle contient, il importe d’oublier ce que nous sommes, nous fondre à elle, nous transformer en huile et rentrer dans sa substance.

Soleil remonta de dix temps dans le ciel.

Et toute la savane de rugir, brailler, hennir, huer piailler et autres cris inconcevables.
- Ah oui ? et comment ?

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Crapaud monta alors sur la pierre et se laissa traverser par les rayons encore chauds du soleil. Bientôt sa peau, sa chair, ses os et même son esprit ressemblèrent à l'huile de palme et le caillou fut habillé de ce fin tissu. C’est le moment que choisit le soleil pour le nimber de couleurs plus chaudes et vives que le plus beau des feux de brousse.

Les animaux de la savane qui étaient bons joueurs accordèrent à Singe qu’il était à jamais le plus malin d’entre eux mais que Crapaud resterait le plus sage.

Et Crapaud me direz-vous ?
Ses gouttes éparpillées
se promenèrent en des lieux inconnus
à tout entendement animal ou humain...

Parfois, la nuit, quand un homme bute sur un caillou,
Crapaud  dedans caché lui rappelle
que la sagesse n’est surtout pas certitude ou savoir,
mais aptitude
à se laisser aller

en confiance
dans le noir.



Solo de Djembé Malien




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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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commentaires

mireille 05/02/2008 21:15

Quel conte! C'est splendide Viviane! et ta voix nous enchante!  oui splendide!

Russalka 06/02/2008 17:47

merci Mimi, juste une petite pose entre deux préparations de repas pour sept personneset puis la tétée du bébé à laquelle je veux assister ( cematin c'est moi qui étais de biberon, j'adore...)et je ne sais quand reviendrai sur les blogs car assez crevéeBisous et mille emrci de ce compliment ;o))

Merlin le zeteticien 04/02/2008 18:46

Le crapaud aveugle la grenouille se réveilleà côté de monsieur grenouillealors qu'elle séveillehaaaaa sa téte! ouilleavec toutes ces bulleselle s’est endormie dans les bras de son julesmadame grenouille avait perdu son joli vertcouleur émerode et elle se re-sert un ptit verrehistoire de s’hydraterpuis elle s’en va sur la pointe des piedspour ne pas le dérangerelle court vers la salle de bainselle va se prende un bon gros bainmonsieur crapaud s’éveilleavec des souvenirs de chez mireilleça lui revient, ah, il se souvientil a fini la soirée avec ellemais où est elle?Moi, je ne dis rien ! Tout le monde a le droit d'écrire des poèmes n'est-il pas ?Le crapaud Sur les bords de la Marne, Un crapaud il y a, Qui pleure à chaudes larmes Sous un acacia. - Dis-moi pourquoi tu pleures Mon joli crapaud ? - C'est que j'ai le malheur De n'être pas beau. Sur les bords de la Seine Un crapaud il y a, Qui chante à perdre haleine Dans son charabia. - Dis-moi pourquoi tu chantes Mon vilain crapaud ? - Je chante à voix plaisante, Car je suis très beau, Des bords de la Marne aux bords de la Seine Avec les sirènes.Bob DesnMa foi, c'est vrai, c'est un peu moi...Merci de me l'avoir dédié.Un chant dans une nuit sans air... La lune plaque en métal clair Les découpures du vert sombre. ... Un chant ; comme un écho, tout vif, Enterré, là, sous le massif... - Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre... - Un crapaud ! - Pourquoi cette peur, Près de moi, ton soldat fidèle ! Vois-le, poète tondu, sans aile, Rossignol de la boue... - Horreur ! - ... Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ? Vois-tu pas son oeil de lumière... Non : il s’en va, froid, sous sa pierre. ..................................................................... Bonsoir - ce crapaud-là c’est moi.TC 1873

Russalka 05/02/2008 15:22

c'est adorable ces poèmes, drôles, tendres, étonnantsils me font penser à la petite grenouille qui est en train de s'endormir dans une des chambres de la maisontu ne peux imaginer à quel point il achangéil fait des sourires et tout, il gazouille, il s'est tout arrondiune merveilleet je sais tu raconteras toi aussi très vite des contes de crapauds (sourire)mille bizouzzzzz

kty 31/01/2008 22:04

c'est une bien jolie histoire. bravo !

Russalka 01/02/2008 09:19

Merci KTy, c'est sympa ;o))

Merlin le zeteticien 31/01/2008 21:20

J'ai oublié de dire quelque chose d'important (pour moi évidemment) si j'étais encore enseignant et si j'avais des élèves de 10 ans, 15 ans, 20 ans et même des étudiants plus grands, je leur ferais étudier ce conte de la brousse africaine en parallèle avec les Animaux malades de la peste et tous les contes qui mettent enscène une princesse et un crapaud. J'en ai rencontré plusieurs comme celui-ci qui est délicieux :http://www.sovet.nom.fr/m_princesse_crapaud.htmC'est vrai que Marlène JOBERT aurait du souci à se faire !J'ai en réserve des contes de ce genre écrits par un enfant de 9 ans.J'en mettrai quelques uns en ligne mais je ne sais pas encore comment...Chez moi, je protège les crapauds : ceux qui sillonnent ma cour la nuit, ceux qui vont se nicher dans mon garage, ceux qui squattent les galeries des mulots dans mes jardins. Les crapauds sont mes amis comme tous les animaux. Je les confonds parfois avec les hérissons par les traces (fèces) qu'ils laissent sur les chemins de leurs nocturnes virées, car ce sont exactement les mêmes !Crapauds et hérissons, deux espèces adorables !

Russalka 01/02/2008 09:25

Tu e sadorable, jean-Pierre, et mon petti conte tout modeste serait en heureuse compagnie aux côtés du grand la Fontaine, tu le sais, je crois que nous aimons tous deux nombre des mêmes fables.Ce joli conte que tu m'offres est un bijou aussi joli que la boulle d'or dont il est question. Que cherchent et que trouvent surtout comme éclairages à la vie les enfants dans les contes? peut-être saurais tu mieux nous le dire que Betthelheim?moi aussi j'aime les crapauds, et à choisir entre embrasser l'un ou l'autre, le batracien parait quand même plus confortable. Bisous à toi prince des Marais.

Marianne 31/01/2008 18:26

Qu'il est captivant ce conte, dans la droite lignée de La Fontaine !Les illustrations visuelles et sonores dont tu nous fait le plaisir rajoutent à leur attrait.Belle prouesse d'écriture !Bises

Russalka 01/02/2008 09:27

Mille merci Marianne, tu es adorable, j'ai eu infiniment de joie à écrire ce petit conteheureuse que tu aies apprécié, vraiment.( les photos sont de Michel, sauf celle du lion qui est un rigolo fond d'écran)

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