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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


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Musique de la semaine

Arundo Donax

14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 15:13



Si elle pouvait te dire et si tu la laissais parler
elle te cracherait que
déjà toute petite
elle ne comprenait pas que tu milites écologique
et brûles tout ça pour aller te bronzer en Asie

Tu dénonçais sans cesse les diktats de la mode
t’abonnais aux revues sans publicité
mais combien de bacs fouillés dans les magasins du samedi
pour trouver la jupe qui ferait pâlir les collègues?

Sur son dos à la moindre mauvaise note
lui cassant à longueur de temps le moral
avec
ton désenchantement d'un monde sans rêves
où le chômage l'attendait.

Les sociétés tribales
où les générations vivent encore ensemble
comme tu les enviais
toi qui moquais à longueur de temps tes propres parents!

" Respecte-moi, je suis ta mère !"

Ben non pas obligé... ou alors fais de même!


Elle ne comprenait pas
que tu lui dises d’aller au bout de ce qu’elle fait
alors que tu ne termines jamais tes pots de crèmes
et quand tu revenais en sueur
presque excitée
de tes séances de body-building
à l'âge où elle explosait de boutons de poitrine et de fesses

femme travaillée contre fille égarée

femme étincelle contre flamme rétractée


Si elle pouvait te dire et que tu la laissais parler
elle te dirait que c’était une mère qu’elle voulait
pas une copine attardée
pas une nana de cinquante ans qui se fringue dix-huit pour
séduire ses copains 

Tu lui fais peur

Elle ne veut surtout pas te ressembler
pourchassant rides bourrelets tes seins qui tombent
femme passionnée de son travail et qui s'en plaint
si tu savais comme tu lui as fait du mal
un jour où elle était pleine de bonne volonté à t'aider au ménage ou en cuisine
tu n'as même pas attendu qu'elle soit sortie la maison
pour passer derrière elle

La vérification de ce qu'elle tentait de bien faire
la négligence de ce qu'elle ratait
chez quelqu'un qui se prétend libertaire et pour qui
il est interdit d'interdire
ça a tué bien des choses entre vous deux

Femme exemplaire et qui le dis
ayant mené de front comme tu le crois
ta vie professionnelle
et l’éducation de tes gosses
parce que ça
l’éducation de tes gosses
ça la fait rire au milieu de ses larmes
elle aurait préféré des règles " gavé strictes " comme elle dit
mais suivies de tous
et avec logique

Elle aurait voulu jouer avec toi aux dominos
ou au Mémory
que tu lui lises une histoire ou écoutes ses musiques
que tu l'aides aussi à réciter ses leçons

tu l’as abandonnée en compagnie
de Nounou télévision
tonton ordinateur
et parrain Nintendo


Et puis une fois les larmes séchées elle crierait

" Qui me l’a volé l’orange de mon rire ?
qui me l’a volé le
pliage de papier
que je voulais te montrer
qui m’a volé ce rayon de soleil ou je tournoyais joyeuse
qui m'a écartelée en me disant
" Fais ce que je te dis pas ce que je te montre!"
qui n'a jamais su me dire NON quand il le fallait?

Maintenant
tu ne peux plus voler sa différence
sur son visage un peu salé
tu lis les quais laquais
leur échine plongeant dans les ports où tu vagues


Mère
essaies enfin d’entendre son visage
une petite ruine
qui va de ses pensées à ce qu'il n' ose dire:
" Assieds-toi là que je t’écoute
ouvre-moi ton regard
que je m’appuie un peu  "



Giordano : La Mamma e morta par Maria Callas


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publié par Viviane Lamarlère - dans planète femme
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commentaires

aimela 30/03/2008 16:03

Très beau ce poème viviane mais quelque part il me fait mal , j'ai du  tout louper , excuse, je préfre partir par la petite porte ( sourire)

Russalka 30/03/2008 16:23


Si j'avais su que ce poème culpabilise autant, je ne l'aurais pas publié...
je crois qu'il ne sert à rien de se culpabiliser.
un jour les choses s'arrangent. Sans qu'on ait su comment. Et ce que nous avons loupé( tous, je me mets dans le même sac) nos enfants nous disent que c'est ce qui les a construits... alors.
Bisous Aimela.


Merlin le zeteticien 28/03/2008 20:57

Je viens dire mon petit mot, modestement :Le mot le plus important de ton texte est dans le titre "adolescent(e)".En fait, ce n'est pas là que tout s'est agencé mais dans la toute petite enfance (0 à 3 ans), dans l'enfance qui commence à devenir raisonnable (au sens propre, de 4 à 10-11 ans) puis dans cette période intermédiaire (de 11 à 13 ans en gros) qui va conduire nécessairement à la mutation, à l'éclosion de la chrysalide de l'adolescence, pas à pas.Certes, le parent, l'adulte est à la fois le modèle et le censeur mais il est aussi un passeur, un accompagnateur.Bien sûr nous sommes tous imparfaits, tant comme enfants, comme adolescents que comme parents, voire comme grands-parents. Mais quelles certitudes peut-on avoir quand ce sont nos adolescents en crise qui nous font des reproches car nous ne sommes pas semblables aux modèles de leurs pairs, de leurs copains de tous les jours qui leur offrent d'autres images, plus séduisantes mais pas nécessairement plus efficientes ou plus... vertueuses. Cet âge difficile est celui du "panurgisme" par excellence. J'en sais quelque chose moi qui fais le tri entre les mèmes qui se transmettent verticalement (de génération à génération) et ceux qui se répliquent horizontalement (par le canal + des pairs, des copains, des profs et surtout des médias de grande diffusion.) Alors, certes, je me dis que mai 68 a fait beaucoup de mal, qu'une multilibération de tout dans tout les sens a faussé les cartes et pipé les dés, que les Françoise DOLTO et Bruno BETTELHEIM ont culpabilisé des millions de mères sans raison, à tort et à travers. Le métier de parent n'est pas facile puisqu'il faut tenir bon malgré tous les chants des sirènes qui attirent nos petits jouvenceaux vers des illusions diverses, voire des hallucinations occasionnelles bien programmées.Tenir bon malgré tout. Savoir reconnaître ses torts, discuter, toujours maintenir les portes ouvertes et accepter tous les dialogues. Refuser tous les chantages, surtout les chantages affectifs. Là, tu parles essentiellement de femmes, de mères et de filles mais on peut tout mettre au masculin, à des périodes différentes au départ, mais pas pendant l'adolescence où les deux parents doivent être accordés, solidaires et regarder dans la même direction, en même temps.Oui, assieds-toi là que je t'écoute mon fils, ma fille, ou asseyons-nous tous  en rond pour faire le point. L'homme n'est pas un insecte à métamorphoses incomplètes mais c'est le mammifère avec lequel on a la plus longue période d'élevage-apprentissage. Il semble bien qu'aujourd'hui, ça aille jusqu'à... 25 ans environ, à cause des études et du système économique défaillant de nos sociétés hyper-libérales. C'est complexe un cerveau humain. Il faut être vigilant et rempli d'amour et de rigueur, en même temps.Alors deux mots : écoute & patience !

Russalka 29/03/2008 08:29


Et c'est un beau petit mot!
je suis assez d'accord là aussi avec ce que tu dis, si j'ai utilisé le terme adolescente plutôt qu'enfant, c'est parce que c'est tout de même à l'adolescence que se condense toute la révolte envers
les parents et proches;
pour ce qui est de mes enfants adolescents, cela m'a beaucoup aidée d'être enseignante car je voyais bien que les autres jeunes au même âge formulaient quasiment les mêmes reproches; donc cela n'a
pas trop trop ébranlé mes certitudes, simplement j'ai fait le dos rond et comme tu le dis très bien, suis restée à l'écoute.
il reste que lorsqu'ils m'ont fait des reproches justifiés, j'ai accepté avec simplicité de  reconnaître mes torts et demander pardon.

oui, nous étions d'accord Michel et moi pour ne jamais céder sur un certain nombre d e points et cela a été je crois notre force d'éducateurs: aller dans la même direction, que surtout nos enfants
ne puissent pas nous jeter l'un contre l'autre, ou simplement se trouver perdus de nos oppositions.  Lorsque je me trouvais confrontée à une difficulté, Michel me soutenait toujours dans la
décision que j'avais prise et inversement, éventuellement on ajustait en privé mais jamais devant eux, surtout ne jamais montrer nos désaccords les rares fois où il y en avait, devant eux.
J'ai le sentiment que nous avons eu la même démarche... Mille bisous et merci de ta contribution très riche;


Joubert 28/03/2008 20:23

EtaiENT protégés, pardonnez - moi de cette faute d'écriture impardonnable.

Russalka 29/03/2008 08:21


pas de soucis, j'avais corrigé de moi- même..


Joubert 28/03/2008 20:21

J'interviens peu ces temps - ci mais trouve que votre texte frappe incroyablement juste. Le problème ce sont les suites de Mai 68. Ce que cela a entraîné de réels progrès (pour la femme que vous êtes, ne l'oublions pas ) , de liberté de parole, d'accès à la prise de parole et aux pouvoirs jusque là réservés aux hommes, mais aussi de complaisance victimaire chez deux générations: celle des " révolutionnaires " ( dont je crois que vous n'étiez pas ) et celle de leurs enfants. Ces derniers ne se sont pas sortis de cet effondrement réel des valeurs qui conduisait les parents soixante huitards à tenir pour une vérité absolue que l'autonomie peut s'acquérir sans contrainte.Gravissime erreur.Cela a une raison et une seule: ont pu faire la révolution ceux qui par le contexte politico - économique ambiant était parfaitement protégés d'aléas bien plus dommageables que les générations rigoristes qui les précédaient.Si les jeunes qui ont fait Mai soixante - huit s'en sont sortis, c'est parce qu'ils avaient un bagage : l'héritage humaniste. Celui qui permet d'asseoir une pensée. Aujourd'hui... je vous laisse dire la suite. En particulier le point de vue de celle qui se trouve dans le fossé. Au coeur du fossé.Amicalement.Joubert

Russalka 29/03/2008 08:20


Pour ce qui est des progrès, je n'en ai guère vu la couleur. il a fallu que je me batte dans ma famille pour faire les études que je voulais et en tant
qu'élève (j'étais en Mai 68 à Vincennes, au lycée hector Berlioz) j'ai vécu avec amertume( j'avais douze ans et étais en classe de troisième) le fait de ne pouvoir atteindre mon lycée certains
jours: c'était ma seule sortie de l'enfer familial...
ceci posé, je suis assez d'accord avec ce que vous dites, sans incriminer totalement 68, je crois qu'une mouvance psy a beaucoup pesé aussi sur cette tétanisation des droits et surtout devoirs
parentaux à guider leur enfant.

Pour ce qui est de celle qui est au coeur du fossé, elle monte doucement en mots et je la donnerai assez vite, qui sait, peut-être va-t-elle réconcilier tout cela? Mille merci
Joubert;


mapie 28/03/2008 17:58

C'est un texte magnifique , mais tellement dur... Je ne sais si je te dis cela en tant que mère qui aurait du mal à lire ces lignes ( je suis déjà tellement "culpabilisable")... ou en tant qu'enfant qui ne saurait en écrire la moitié de peur de faire mal... Mais ce qui est sur, c'est que je trouve que cela sonne terriblement juste et que c'est sans doute pour cela que cela me semble dur!!!

Russalka 29/03/2008 08:16


C'est vrai que c'est dur, mais si certains parents avaient entendu ce que leurs enfants me confiaient... ils seraient rentrés sous terre. La haine avait besoin
de sortir pour que le chemin puisse être repris plus... sereinement et souvent mon travail d'enseignante était un travail de ré-conciliatrice... Mille merci Mapie d'être venue
jusqu'ici!


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