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Mardi 24 juin 2008







Chaque jour je ressens davantage
écrivant
une exigence sourde à retenir mon geste
et le fruit traversant jusque la page vierge
me mord de n'être mûr.

Ecrire. Donner. Paroles de désir de
lampes
où la terre faiblit. Paroles sur le seuil

Non pas la clinquante matière
ou la note orpheline qui déroule un pas vide
au hasard de la phrase

Mais

Paroles
de failles et ravins
l’enfant nu d’une voix élargissant la nuit
le souffle profond qui tremble
où mot se lève
portant sur ses épaules un début de voler

Paroles surgissant de l'anneau sans mémoire







par Viviane Lamarlère publié dans : Non pas...
commentaires (18)    ajouter un commentaire
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Commentaires

Cela se nomme " l'exigence ". Rare vertu. Très beau poème ciselé et de sens.

Amitiés,

Joubert
commentaire n° : 1 posté par : Joubert le: 12/06/2008 19:49:19
merci, Joubert. c'est ce qui me fait cent fois remettre sur le métier et la cent-unième... jeter à la poubelle ;o)
réponse de : Russalka (site web) le: 13/06/2008 11:31:07
Que c'est beau...
"Portant sur ses épaules un début de voler"
et
"l'anneau sans mémoire
de nos lèvres"
commentaire n° : 2 posté par : Valentine (site web) le: 12/06/2008 21:19:16
Adorable Valentine, merci d'avoir sorti du poème deux des trois phrases qui m'y plaisent le plus
c'est ainsi que je ressens de plus en plus l'acte d'écrire.

réponse de : Russalka (site web) le: 13/06/2008 11:32:32
Etonnant ce soir ton poème qui vient me chercher particulièrement, à la fois dans mes préoccupations mais aussi qui fait écho à ce livre l'Art de raconter de Dominique FERNANDEZ dont je viens de terminer la lecture.
Le dernier paragraphe : "Le mystère de l'oeuvre ultime, en fin de compte, se ramène à ces deux questions : pourquoi un créateur dissimule-t-il si longtemps ce qu'il a de plus précieux à dire ? Pourquoi attend-il le dernier moment pour se démasquer ?"
Et je ressens souvent cette retenue moi-même, qui est trop souvent du doute, un désemparement face à l'insuffisance des mots pour dire, quand la pensée va si loin, quant à elle.
commentaire n° : 3 posté par : Marianne (site web) le: 12/06/2008 21:31:44
Tu dis mille choses très importantes dans ton retour, Marianne,
ce que j'éprouve comme jouissance à garder au fond de moi les mots avant de les lâcher et laisser s'envoler
vivre leur vie propre dans le regard du lecteur.
Et ce n'est pas  désir de rétention égoïste, c'est envie de prolonger ce cheminement vers le mot le plus proche de la pensée.
réponse de : Russalka (site web) le: 13/06/2008 11:35:05
Parole, paraula, faribole tout cela n'est que paraboles après tout !

Je t'offre ce délicieux morceau de Prévert extrait de "Paroles" :

ET LA FÊTE CONTINUE

 
Debout devant le zinc
Sur le coup de dix heures
Un grand plombier zingueur
Habillé en dimanche et pourtant c'est lundi
Chante pour lui tout seul
Chante que c'est jeudi
Qu'il n'ira pas en classe
Que la guerre est finie
Et le travail aussi
Que la vie est si belle
Et les filles si jolies
Et titubant devant le zinc
Mais guidé par son fil à plomb
Il s'arrête pile devant le patron
Trois paysans passeront et vous paieront
Puis disparaît dans le soleil
Sans régler les consommations
Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson


Une 'tite ressemblance avec "Chanson pour les enfants l'hiver" du même Jacquot...
commentaire n° : 4 posté par : Merlin le zeteticien (site web) le: 12/06/2008 21:59:35
C'est joli comme tout et j'adore Prévert. Je te prépare une surprise dans les jours à venir sur un thème qui t'est cher
mais tu as raison, tout cela ne sont que mots
la vie c'est le soleil
la vie c'est les lundis qui succèdent aux dimanche
la vie c'est les chansons aux tous petits enfants
bisous Merlin


réponse de : Russalka (site web) le: 13/06/2008 11:37:52
"Paroles surgissant de l'anneau sans mémoire"

c'est exactement cela
et si nous les écrivons
ce n'est que pour en retrouver l'empreinte
et les relancer par cette porte à la forme pleine

Cette exigence
dont tu donnes ici le contour
est celle de la vie elle-même

commentaire n° : 5 posté par : le bateleur (site web) le: 12/06/2008 23:27:54
Tu as choisi toi aussi l'un des vers qui me plait le plus. Si je te disais que ce poème, je le porte en moi depuis six mois
l'ai travaillé travaillé
jusqu'à trouver ce qui dirait le plus l'inquiétude de faire renaître à travers mots la vie
le besoin de lenteur à écrire qui est chaque jour plus présent
la jouissance d'avoir enfin trouvé l'empreinte
l'approche lente et quasi amoureuse
celle de la caresser, mémoriser sa forme
enfin l'abandonner à regret ( presque) en sachant que les mots une fois surgis seront comme morts jusqu'au prochain regard

Merci Luc
réponse de : Russalka (site web) le: 13/06/2008 11:43:43
"le souffle profond qui tremble"
C'est l'enfant intérieur qui renaît à l'existence
Et l'adulte s'ouvre à la parole de la vie.



commentaire n° : 6 posté par : claude (site web) le: 13/06/2008 19:34:33
Tu as tout à fait raison, Claude,
l'enfant intérieur et vierge à la parole
l'insu.
réponse de : Russalka (site web) le: 14/06/2008 10:53:50
Page blanche

...
Reste avec moi mon amour pour le début de la phrase dictée au futur, en hytallique elle prend la pose d’un devenir, le vent entraîne le mot amour au-dessus de l’horizon. C’est une question de vie ou de mort ce mot sur la page silencieuse.

Et je remplis la page comme le peintre étale sa peinture sur la toile, guidé par les sentiments le poignet ne ment pas. La fleur dépose son point, le papillon met l’accent sur la lettre. La force est dans le trait, elle vient du cœur mon amour quand ses pas se déplacent sur la moquette rouge.


Tiens-moi la main mon amour, notre chambre est un grimoire, une autobiographie à quatre mains enlacées pour mieux tenir la plume. L’encre séchée laisse une odeur incrustée sous la peau, des pastels au mur tels des nus dans le miroir signent notre dédicace, le fusain trame un couple, la sanguine pointe son nez quand les lèvres se touchent.

Il est presque l’heure de tes pas dans l’escalier, mes doigts se bloquent sur le clavier, j’écoute le silence, j’attends ta main sur la page blanche, tes yeux sur mes doigts pour me dicter ce que je ne sais pas encore, des levers de soleil.
commentaire n° : 7 posté par : lutin (site web) le: 13/06/2008 21:34:12
C'est superbe, est-ce une impro libre à partir de mon petit texte? cela me confond d'admiration pour le lyrisme et la tendresse qui s'en dégagent.
réponse de : Russalka (site web) le: 14/06/2008 10:57:50
glups il en manquait de ma page blanche, je reprends donc, le tout



Reste avec moi mon amour, il n'est pas besoin d'un miroir pour se regarder nus, la page pleine suffit. La nervosité de la plume, l’appui de l’encre sur la feuille donne l’intensité du moment, nul besoin du reflet. Etrange main qui donne le caractère de la relation.

Les choses mortes ne m’intéressent plus, ne raconte pas les phrases du passé, il est mort, regarde la feuille est vierge, le passé est un néant. Notre présent est une autre histoire, la naissance d’un livre. N’aie pas peur mon amour de cette amnésie naturelle, quand je tourne la page, quand je pose le livre, l’enfant renaît dans l’attente du premier amour, toi.


Reste avec moi mon amour pour le début de la phrase dictée au futur, en hytallique elle prend la pose d’un devenir, le vent entraîne le mot amour au-dessus de l’horizon. C’est une question de vie ou de mort ce mot sur la page silencieuse.

Et je remplis la page comme le peintre étale sa peinture sur la toile, guidé par les sentiments le poignet ne ment pas. La fleur dépose son point, le papillon met l’accent sur la lettre. La force est dans le trait, elle vient du cœur mon amour quand ses pas se déplacent sur la moquette rouge.

Tiens-moi la main mon amour, notre chambre est un grimoire, une autobiographie à quatre mains enlacées pour mieux tenir la plume. L’encre séchée laisse une odeur incrustée sous la peau, des pastels au mur tels des nus dans le miroir signent notre dédicace, le fusain trame un couple, la sanguine pointe son nez quand les lèvres se touchent.

Il est presque l’heure de tes pas dans l’escalier, mes doigts se bloquent sur le clavier, j’écoute le silence, j’attends ta main sur la page blanche, tes yeux sur mes doigts pour me dicter ce que je ne sais pas encore, des levers de soleil.


lutin

commentaire n° : 8 posté par : lutin (site web) le: 13/06/2008 21:36:59
Non, il n'est nul besoin d emiroir quand on s'aime
et je devine à travers mot l'enfant à naître, si singulier
d'un singulier amour
tout projeté vers demain.
ou quand l'écriture se fait corps
quand le matériel du peintre prépare une transmutation

Quelle sensualité dans cette invite à écrire... la vie. Merci Lutin de cette belle page
réponse de : Russalka (site web) le: 14/06/2008 11:02:09
C'est moi qui te remercie, je te lis, et quelquefois remontent en moi des textes déjà écrits, je les malaxe à nouveau dans mes mains, essorant des phrases de quelques mots en trop, gorgeant d'autres phrases de ma sensibilité de l'instant.
commentaire n° : 9 posté par : lutin (site web) le: 14/06/2008 23:46:00
ET tu as bien raison, je ne sais qui disait, je crois que c'est Maupassant, que les poètes s'inspirent les uns les autres depuis la nuit des temps et je trouve cela très beau comme image, cela constitue une chaîne riche et créative
et tu nous en donne aperçu ici même dans un commentaire empli de poési lui aussi!
réponse de : Russalka (site web) le: 15/06/2008 09:02:09
toujours si agréable de te lire, ces phrases qui se rythment, en dansant....une douceur
bises
commentaire n° : 10 posté par : juliette b (site web) le: 15/06/2008 17:52:31
merci Juliette d'avoir reçu la douceur ;o))
et d'en avoir donné en retour qui aide la plume
réponse de : Russalka (site web) le: 16/06/2008 14:26:09
Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh LA RAVISSANTE VOIX !!!

Oh Viviane !!!

Que de beauté, c'est exquis. Sincèrement.

Wow.

Merci.
commentaire n° : 11 posté par : joye (site web) le: 24/06/2008 14:58:37
Oh le déliciiiiiiiiiieeeeeeeeeuuuuuuuxxxxxxx commentaire  (rires) Joye!
tu es adorable, je viens te voir demain, car ai mille choses à remettre en ordre dans ma maison, en tout premier ma classe qui avait besoin  d'un  sérieux coup de neuf...
réponse de : Russalka (site web) le: 24/06/2008 18:11:04
La maïeutique du verbe : la forme tend vers la perfection. L'exigence du mot et du rythme pour que le sens ait un cadre qui ressemble à ce qu'il voudrait dire à ceux qui voudraient bien comprendre.
C'est très beau et émouvant comme une naissance ou peut-être une re-naissance. Tout le sens du travail et de la maturation lente et sereine !
Bravo !
commentaire n° : 12 posté par : Merlin le zeteticien (site web) le: 24/06/2008 22:39:01
ET merci à toi, mon Enchanteur d'avoir relu ce petit texte, il est très ressenti en ce moment où je m'éloigne à chaque fois davantage des blogs pour me rapprocher de la page papier
peut-être parce qu'elle procède d'une technologie plus dans ma nature?
Tu me le diras ou Susan Blackmore ;o)
Bisous
réponse de : Russalka (site web) le: 25/06/2008 09:02:18
Eh bien dis-moi, tant de douceur, tant de légèreté dans tes mots. Du talent indéniablement. Bravo pour ce joli blog.
commentaire n° : 13 posté par : thescientist (site web) le: 25/06/2008 20:59:43
Merci thscientist, du talent je ne sais, la fatigue, j'en suis certaine...
réponse de : Russalka (site web) le: 26/06/2008 08:35:15
Que c'est beau et bien pensé, bisous
commentaire n° : 14 posté par : marlou (site web) le: 25/06/2008 21:14:11
Merci beaucoup Marlou
réponse de : Russalka (site web) le: 26/06/2008 08:35:50
retenir son geste, ses mots, comme on retient parfois son souffle pour qu'enfin respirer.
retenir ses mots pour qu'ils surgissent sur la feuille ou sur l'écran.
CS
commentaire n° : 15 posté par : clementine (site web) le: 25/06/2008 23:37:05
C'est exactement cela Clémentine, retenir, comme on retient le premier baiser...
réponse de : Russalka (site web) le: 26/06/2008 08:40:07
C'est très beau Viviane et ta voix superbe rend ton poème plus merveilleux encore. Bises
commentaire n° : 16 posté par : aimela (site web) le: 26/06/2008 20:52:10
Merci Aimela, tu es adorable, je vais essayer de me lancer dans la contrainte autour du nombre Pi, pas sur que j'y arrive aussi bien que toi.Bisous
réponse de : Russalka (site web) le: 27/06/2008 15:28:20
La dernière image
ce cercle par lequel s'échappe ou se révèle le poème
est d'une force tout à fait saisissante
et résume bien cette interrogration qui sonne à travers ton texte

René Daumal avait cette exigence poétique
n'écrire que ce qui est !
et que tu maintiens ici en drapeau
commentaire n° : 17 posté par : le bateleur (site web) le: 26/06/2008 23:17:25
Merci Luc, et de comparer à ce poète que tu chéris entre tous
me fait rosir de confusion.

c'est sans doute cette exigence qui explique que je poste ... un peu moins ces temps ci,
besoin d elaisser mûrir.
Pardonne le retard à répondre, une panne de serveur chez nous
tout est rentré enfin dans l'ordre
!
réponse de : Russalka (site web) le: 27/06/2008 15:29:52
Tu es de l'air pur. Juste un souffle qui apporte des vérités sur un mot, une sonorité.
A peine tu emmêles, juste tu poses, aérien.
C'est très beau. Très juste.
commentaire n° : 18 posté par : Ut (site web) le: 20/08/2008 22:42:30
C'est adorable, Utdo, nous ne sommes que des portes
ouvertes sur le vent
et nous ne durons que ce que dure
une porte
réponse de : Russalka (site web) le: 21/08/2008 13:48:50

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