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Musique de la semaine

Arundo Donax

13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 23:00








Cette après-midi là, en plein mois d’avril, Sotiros interdit à Iannis de plonger dans la mer en furie. Mais son interdiction sonne comme un défi aux oreilles de l’adolescent. Les deux jeunes gens affrontent alors les vagues.
 Iannis, le plus
jeune, revient sur le rivage avec l’aide très équivoque et presque désespérante de Sotiros.

Veut-il réellement le tirer de l’eau ou le convaincre d’y rester et s’y noyer ?

Iannis a perdu sa mère très jeune. Elevé par une servante et son père commerçant, il ne rencontre que rarement son frère aîné Iorgos souvent absent de leur maison. Ses seuls vrais amis sont Marcos, orphelin comme lui, et Hélène, une belle jeune fille de son âge dont le calme étrange le fascine.
Tout semble le disposer à vivre toujours en ces lieux où son bonheur d’enfant puis d’adolescent se construit tant bien que mal au-dessus des deuils dans un paysage aux
beautés sauvages.

Un jour, dans les ruines d’une acropole, Marcos découvre une pierre étonnante, dont la forme rappelle celle d’un visage à la fois délicat et effroyable. Sentant que son ami y voit un mauvais
présage, Iannis la lui montre sous un autre angle. Rien ne change l’expression de cet éclat que Iannis finit par jeter dans le vide, où elle se fracasse sur quelque éboulis.

A quelques temps de là, son père s’installe à Athènes. Premières amours. Premières escapades dans la campagne autour de la capitale. Un jour, conduisant la voiture paternelle, Iannis emmène son frère et leurs amies du moment jusqu’à la corniche. Son frère lui demande de cesser de jouer. Iannis accélère, certain de pouvoir freiner au tout dernier moment.

Les freins ne fonctionneront pas. Iannis perdra son frère, tué sur le coup, dans la chute de leur voiture à la
mer.
Son père frappé de plein fouet par ce second deuil ne faisant rien pour chercher à le revoir à la clinique où lui-même a été hospitalisé, Iannis quitte tout.
Commence alors pour lui un long et surprenant exil.

Bientôt traité comme un vagabond, mais toujours secouru par ceux-là mêmes qui le chassent, il arrive enfin à Kouphonisi, minuscule île des petites Cyclades dont l’activité principale est l’extraction du minerai de plomb.

Dans ce lieu d’une tristesse infinie, dont les terres fertiles ont été emportées par les orages ou les torrents, la moindre apparition de verdure ou d’humanité tient du miracle. Le temps s’y passe, intolérable et merveilleux, à ne  presque rien faire ou  à songer et même les sévices dont sont victimes les jeunes gens leur sont amusement :
«  Je quittai Nitza sur le port. Elle me déclara en souriant qu’elle serait battue par sa mère, et que cela lui était égal.
– Une fois, elle a déchiré tous mes habits et m’a jetée nue sur le quai. Je ne me suis jamais autant amusée que cette nuit-là. Pour Nitza, rien ne comptait que la vie et n’importe quelle vie.
»

De ses rencontres avec le mensonge, la ruse, la mutinerie d’ouvriers exploités, le sordide d’un quotidien arraché à la mine, les retrouvailles et les drames qui tissent son quotidien Iannis va finir par entendre «  A quel point est légère, en de certains moments, l’importance de notre vie ».

J’ai aimé ce livre rude, à l’écriture puissante et aux ambiances aussi grises que le plomb des mines, aussi lumineuses que l’arum poussé où on ne l’attendait plus, aussi contrastées que la boite de conserve magnifique au contenu douteux ouverte en grande pompe. L’univers de ce livre tient en équilibre instable qu’un souffle de chaleur, le parfum des brisants ou le souvenir de la couleur d’un ongle de femme peut soudain faire basculer.

Les  personnages en sont tous attachants, déroutants souvent, d’une grande complexité psychologique très finement écrite, personnages presque immobiles dont le narrateur entend que leur passion pour la vie les rend à ses yeux «  plus surprenants que coupables ».
 
Des rencontres inattendues avec la beauté des choses jaillies du médiocre, des décombres, d’un chaos merveilleux et sans mémoire, du plomb qui ronge les êtres naît dans chaque page l’or du désir de vivre .

Je vous invite à découvrir ce beau roman très étonnant, presque sans début ni fin et peut-être même sans histoire, dont l’action minimaliste et les dialogues si vrais vous prendront aux tripes du premier jusqu’au dernier mot sans que jamais vous sachiez vraiment pourquoi…


André Dhotel
Ce lieu déshérité
Chez Phébus Libretto.





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publié par Viviane Lamarlère - dans Coup de coeur pour des livres
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commentaires

denis 21/07/2009 18:34

je connais un peu cet auteur que j'aimerais continuer à lire pour la qualité de son style

Russalka 22/07/2009 11:10


Un style extraordinaire pour un auteur qui peint les choses de l'ordinaire.
je vais poster un autre article sur lui dans les minutes qui viennent
merci Denis de la visite!


marlou 17/07/2009 16:39

Le vertige de vivre jusqu'au bout.

Russalka 19/07/2009 11:31


Oui, Marlou, un très beau livre que je te conseille.
Merci de cette rentrée dans le livre.


Joubert 02/04/2008 09:14

Dhôtel, ce poète des lisières, de l'éternelle adolescence et de l'hésitationah, que j'aime! Merci du bel article.Je vous enverrai par mail une adresse où trouver des inédits.

Russalka 02/04/2008 14:50


merci Joubert, avec votre aide je crois que je pourrai continuer de parler de cet auteuir dont j'aime la poésie de spetites choses


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