Plante d'Épier était triste. Personne ne l'aimait.
Pourtant, elle appréciait son monde
l'herbe d'or le soir
qu'à peine froissaient les pas d'un vieil arbre et de son tout petit
la pluie qui certains jours s'y brisait en vert pur
les sentiers fauves de broussailles, échines bandées,
grognements de cailloux bruns et graves
remontant leur source,
enroulant à la roche un rio de rancunes et de feuilles.
Oui, mais voilà. Plante d'Épier aimait surprendre les secrets des uns et des autres
puis les disperser dans tout le pays.
Ses compagnons d'autres espèces avaient beau parler comme Fumée se dissipe,
elle entendait toujours
et ses Rats-Contars couraient
quelques bouquets malodorants accrochés à leurs moustaches.
Le regard plein d'écorce des vieux arbres ne lui donnait aucune mauvaise conscience...
Une nuit où elle s'était endormie de fatigue, un arbre aux racines plus souples que les autres rassembla toute son énergie et l' envoya promener par les airs.
Adieu belles collines aux fruits rouges comme la mer
Adieu l'arbre nuage aux racines de grèle
Bienvenue au désert.
Plante d'Épier fut encore plus triste. Son atterrissage l'avait transformée en plante de Pierres. Il lui fallait s'enfuir au plus vite de ce lieu en apparence plein d'immobile, si
différentde sa terre natale, dont les paysages bougaient avec une telle brutalité qu'on ne savait jamais leur en
vouloir.
Il lui suffirait d'épier et de parler, jusqu'à ce que ces pierres muettes mais pas sourdes se lassent.
Le résultat ne se fit pas attendre... Pour se débarrasserde cette plante qui parvenait en dépit du peu d'eau à
s'infiltrer jusque sous leurs ombres pour écouter qui sait quoi, une nuit, aidés du vent qui joue tam-tam en ce pays là, pierres et grains de sable se redressèrent tous en une immense dune et
hop... glisse plante, glisse et t'en va vers la ...
Ils n'avaient pas terminé cette pensée
que la plante d'Épier se retrouvait de l'autre côté de leur terre.
Plante d'Épier se sentit fort joyeuse. Cet endroit était éclairé de mille lunes et de mille soleils qui dansaient dans la brise.
- Bonjour! Qui es tu? C'est la première fois que nous te voyons ici... lui demanda une charmante corrolle d'or.
- On me nomme la plante d'Épier, dit elle en rengorgeant sa voute. Je cherche un endroit où écouter ce que raconte le monde.
- Oh la la, oh la la, misère de misère!!! dirent en choeur les lions de plume.
Le plus joli d'entre eux s'approcha.
- Bonjour, toi! Je suis Fleur-Lion, la fée de ma tribu. Si tu veux écouter ce que te dit le monde, tu dois l'enfermer derrière des clôtures pour qu'il ne se sauve.
Je n'ai pas dis " Oui, c'est bien d'agir ainsi !", j'ai dit ce qu'il convient de faire, mais nul n'est tenu de me croire. Voyons... voyons... Tu pourrais rejoindre ces
mauvaises herbes qui bordent les ouches, mais il te faudrait tendre l'oreille car le monde passe vite... Non. Suis-moi! Tu vas te planter là, au milieu desÉpis-Haiessauvages , tu seras en bonne compagnie, serrée et
vigilante à tout ce qui se dit.
Ainsi fit la plante, laissant pousser ses feuilles roses, se mêlant aux parfums et racines qui lui firent la fête.
Passèrent les mois, bourgeons, fleurs et branches porteuses de fruits ou d'ombre.
La plante d'Épier s'offrait aux becs d'oiseaux, aux baisers des papillons, aux Rats-Contards spontanés qui couraient sous le feuillage. Les Épis-haies se transformèrent lentement en
Haies-Pillées au grand désespoir de la plante d'Épier. Car
lorsque en une nuit vint la saison froide,
les nids ne chantaient plus guère,
plus aucun bec ne venait la chatouiller,
les Rats-Contards aux moustaches gelées se terraient en compagnie des taupes,
les fruits de ses compagnes pendaient racornis sur leurs tiges ou pourrissaient au sol.
Elle appela alors son amie à la corolle d'or.
- Cette Épis-Haie sauvage est devenue pour moi un Gai-Pied bien triste, Amie... Je ressens une envie d'ailleurs. Toi qui est de bon conseil, que dois-je faire?
- J'ai toujours su que tu ne te plairais pas longtemps chez nous, lui répondit la Fée des Fleur-Lions en ravalant ses larmes. D'ailleurs tes propres fruits sont si étranges... Alors que tes
compagnes se replient sur elles-mêmes, tu sors tes enfants en éventail!
Peut-être appartiens-tu à l'espèce qui porte des griffes, peut-être es-tu une nouvelle sorte de rosier aux racines carrées? Je crois qu'il faut que tu t'en ailles, ta chair est juteuse à
souhait pour d'autres paysages, mais avant que je ne te détache de tout ce lierre et ces lauriers, promets-moi ceci:
Marcheuse, tu t'en iras sans mordre aux erres que la pluie scelle dans les chemins tu porteras ton nom qui est Plante des Pieds sans oublier jamaisque ton maigre savoir est pour être
perdu le sans-preuve sera ton bâton pour marcher
Tu garderas silence sur tes
entendus
cela dût-il t'en coûter
tapeine te dira qu'il suffit d’un peu d’ombre pour faire pencher vers le Vrai ou la Faux
de cette peine-là, tu tisseras des joies vers l'horizon tendues
Viendra le dernier jour
alors tu comprendras
que ce point que tes pas cherchaient à traverser
tressait lui aussi dans ses aurores le chemin de ton retour
Plante des Pieds était très mélangée: triste du chagrin qu'elle percevait chez son amie, fière de son nom tout neuf et
pas très certaine d'avoir tout compris de ce discours. Mais elle s'en fut sans se retourner, en gardant bien au chaud mémoire des paroles de Fleur-Lion
Ses errances depuis la ramènent toujours à son point de départ et l'horizon pour elle reste éternel
questionnement
qu'une pierre énorme
quoique pas toujours visible
empêche de franchir.
Beaucoup d'autres questions, d'ailleurs.
L'arc-en-ciel, par exemple... on raconte que... mais ceci est une autre histoire!
superbe photo. La nature fait de ces trouvailles. En être témoin, c'est un plaisir sans fin... Et c'est porteur de sens, dans notre nature humaine si contraire...
Et voici un commentaire plein de goût et de tendresse comme je les aime ;o)) Bisous Marianne
réponse de : Russalka (site web) le: 04/05/2008 10:19:55
Coincidence j'ai passé sept heures aujourd'hui à me promener à travers plaines et forêt alors ce poème qui raconte l'errance de celle qui changera de nom pour changer de destin ces vers où tu as mis aussi de la gaité cette promenade en mot me touche particulièrement ce jour
(les tableaux que tu as choisis pour les illustrer sont de toute beauté)
commentaire n° : 3 posté par : le bateleur (site web) le: 03/05/2008 20:52:43
Contente que tu aies été touché de cette promenade Luc et heureuse pour toi de celle que tu as faite merci
réponse de : Russalka (site web) le: 04/05/2008 10:23:13
Pleine d'enseignement cette histoire qu'on lit d'une traite, merci
Merci Marlène sans doute est ce pour me donner du courage que je 'lai écrite?
réponse de : Russalka (site web) le: 04/05/2008 10:24:00
c'est absolument fabuleux, un moment j'ai pensé aux immigrés eux aussi déracinés. nul doute je reviendrai lire ton texte plein de subtilité et enchanteur pour en capter toute la saveur et les subtiles nuances big bisous
commentaire n° : 5 posté par : fab (site web) le: 04/05/2008 11:08:09
merci Fab, c'est trsè gentil de me ra ppeler que en effet de la souffrance existe en ce monde que les contes peuvent suggérer
réponse de : Russalka (site web) le: 05/05/2008 17:44:39
Encore un conte plein de fantaisie, de poésie et de vérité, qui nous transporte et nous fait rêver... En effet, les peintures de Pierre Marcel sont bien belles et bien inspirantes, mais je n'aurais pas su imaginer un aussi joli conte. Pas même au sujet de l'arc-en-ciel !
Tu aurais fait bien mioeux que moi qui selon ma mère ne suis qu'une émdiocre... Pas grave. je retourne cultiver monjardin, planter des graines cela doit être à ma portée... Merci Valentine
réponse de : Russalka (site web) le: 07/05/2008 17:53:33
je viens de prendre un é no rrrr me plaisir à relire ce magnifique texte! big bisous
commentaire n° : 7 posté par : fab (site web) le: 07/05/2008 22:52:21
Merci Fab, c'est très gentil
réponse de : Russalka (site web) le: 08/05/2008 08:03:57
Vos mots à vous