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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


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Musique de la semaine

Arundo Donax

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 00:12



Plante d'Épier était triste. Personne
ne l'aimait.
Pourtant, elle appréciait son monde
l'herbe d'or le soir
qu'à peine froissaient les pas d'un vieil arbre et de son tout petit




la pluie qui certains jours s'y brisait en vert pur
les sentiers fauves de broussailles, échines bandées,
grognements de cailloux bruns et graves
remontant leur source,
enroulant à la roche un
rio de rancunes et de feuilles.

Oui, mais voilà. Plante d'Épier aimait surprendre les secrets des uns et des autres
puis les disperser dans tout le pays.

Ses compagnons d'autres espèces avaient beau parler comme Fumée se dissipe,
elle entendait toujours
et ses Rats-Contars couraient
quelques bouquets malodorants accrochés à leurs moustaches.
Le regard plein d'écorce des vieux arbres ne lui donnait aucune mauvaise conscience...

Une nuit où elle s'était endormie de fatigue, un arbre aux racines plus souples que les autres rassembla toute son
énergie et l' envoya promener par les airs.

Adieu belles
collines aux fruits rouges comme la mer
Adieu l'arbre nuage aux racines de grèle



Bienvenue au désert.

Plante d'Épier fut encore plus triste. Son atterrissage l'avait transformée en plante de Pierres. Il lui fallait s'enfuir au plus vite de ce lieu en apparence plein d'immobile, si différent
de sa terre natale, dont les paysages bougaient avec une telle brutalité qu'on ne savait jamais leur en vouloir.


Il lui suffirait d'épier et de parler, jusqu'à ce que ces pierres muettes mais pas sourdes se lassent.
Le résultat ne se fit pas attendre... Pour se débarrasser
de cette plante qui parvenait en dépit du peu d'eau à s'infiltrer jusque sous leurs ombres pour écouter qui sait quoi, une nuit, aidés du vent qui joue tam-tam en ce pays là, pierres et grains de sable se redressèrent tous en une immense dune et hop... glisse plante, glisse et t'en va vers la ...

Ils n'avaient pas terminé cette pensée
que la plante d'Épier se retrouvait de l'autre côté de leur terre.

Plante d'Épier se sentit fort
joyeuse. Cet endroit était éclairé de mille lunes et de mille soleils qui dansaient dans la brise.




-  Bonjour! Qui es tu? C'est la première fois que nous te voyons ici... lui demanda une charmante corrolle d'or.

- On me nomme la plante d'Épier, dit elle en rengorgeant sa voute. Je cherche un endroit où écouter ce que raconte le monde.

- Oh la la, oh la la, misère de misère!!! dirent en choeur les lions de plume.

Le plus joli d'entre eux s'approcha.

- Bonjour, toi! Je suis Fleur-Lion, la fée de ma tribu. Si tu veux écouter ce que te dit le monde, tu dois l'enfermer derrière des clôtures pour qu'il ne se sauve.
Je n'ai pas dis " Oui, c'est bien d'agir ainsi !",  j'ai dit ce qu'il convient de faire, mais nul n'est tenu de me croire. Voyons... voyons... Tu pourrais  rejoindre ces mauvaises herbes qui bordent les ouches, mais il te faudrait tendre l'oreille car le monde passe vite... Non. Suis-moi! Tu vas te planter là, au milieu des
Épis-Haies sauvages , tu seras en bonne compagnie, serrée et vigilante à tout ce qui se dit.

Ainsi fit la plante, laissant pousser ses feuilles roses, se mêlant aux parfums et racines qui lui firent la fête.

Passèrent les mois, bourgeons, fleurs et branches porteuses de fruits ou d'ombre.




La plante d'Épier s'offrait aux becs d'oiseaux, aux baisers des papillons, aux Rats-Contards spontanés qui couraient sous le feuillage. Les Épis-haies se transformèrent lentement en Haies-Pillées au grand désespoir de la plante d'Épier. Car
lorsque en une nuit vint la saison froide,
les nids ne chantaient plus guère,
plus aucun bec ne venait la chatouiller,
les Rats-Contards aux moustaches gelées se terraient en compagnie des taupes,
les fruits de ses compagnes pendaient racornis sur leurs tiges ou pourrissaient au sol.
 
Elle appela alors son amie à la corolle d'or.

- Cette Épis-Haie sauvage est devenue pour moi un Gai-Pied bien triste, Amie... Je ressens une envie d'ailleurs. Toi qui est de bon conseil, que dois-je faire?

- J'ai toujours su que tu ne te plairais pas longtemps chez nous, lui répondit la Fée des Fleur-Lions en ravalant ses larmes. D'ailleurs tes propres fruits sont si étranges... Alors que tes compagnes se replient sur elles-mêmes, tu sors tes enfants en éventail!
Peut-être appartiens-tu à l'espèce qui porte des griffes, peut-être es-tu une nouvelle sorte de rosier aux racines carrées? Je crois qu'il faut que tu t'en ailles, ta chair est juteuse à souhait pour d'autres paysages, mais avant que je ne te détache de tout ce lierre et ces lauriers, promets-moi ceci:


Marcheuse, tu t'en iras sans mordre
aux erres que la pluie scelle dans les chemins
tu porteras ton nom qui est Plante des Pieds
sans oublier jamais que ton maigre savoir est pour être perdu
le sans-preuve sera ton bâton pour marcher

Tu garderas silence sur tes entendus
cela dût-il t'en coûter
ta
peine te dira qu'il suffit d’un peu d’ombre pour faire pencher
vers le Vrai ou la Faux
de cette peine-là, tu tisseras des joies
vers l'horizon tendues

Viendra le dernier jour
alors tu comprendras
que ce point que tes pas cherchaient à traverser
tressait lui aussi dans ses aurores  le chemin de ton retour



Plante des Pieds était très mélangée:  triste du chagrin qu'elle percevait chez son amie, fière de son nom tout neuf et pas très certaine d'avoir tout compris de ce discours. Mais elle s'en fut sans se retourner, en gardant bien au chaud mémoire des paroles de Fleur-Lion

Ses errances depuis la ramènent toujours à son point de départ
et l'horizon pour elle reste éternel questionnement
qu'une pierre énorme
quoique pas toujours visible
empêche de franchir.

Beaucoup d'autres questions,  d'ailleurs.
L'arc-en-ciel, par exemple... on raconte que... mais ceci est une autre histoire!



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publié par Viviane Lamarlère - dans Contes et légendes
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commentaires

Miche 05/03/2011 05:47



Loll, c’est tout un jardin qui pérégrine là, à travers
l’étrangeté familière du monde…


Tableaux et mots, en harmonie de ton.


 


J’ai lu les commentaires… certaines mères sont prêtes à tout, pour
garder leurs enfants en elles… la mienne en est. Alors, avec nos enfants, nous poursuivons le chemin, vers l’amour qui est ouverture des portes, de toutes les portes…




Russalka 07/03/2011 16:39



Merci Miche, je reviendrai à l'écriture de petits contes dans quelques temps, je crois important en effet d'ouvrir les portes, toutes
et d'abord celles de l'imaginaire.



Martine, la Pèlerine 04/11/2008 21:43

Les peintures de Pierre Marcel... on dirait du Magritte !et ton conte poétique... on dirait du Prévert !bises tendres

Russalka 05/11/2008 11:00


Merci Martine, permets moi encore une fois de te souhaiter le meilleur pour les temps à venir.


Miss Crash 17/09/2008 11:45

Le conte de Russalka est pour moi un des plus forts,non pas du fait que je soies moi meme slave,mais des symboliques si fortes qui se degagent de cette histoire.A une epoque où les conseillères scolaires,les livres pédagogiques et autres manieres de baisser les bras pour les parents n'existaient pas, les contes "eduquaient" les enfants. un conte où finalement les filles apprenent que les garçons peuvent du mal et vice et versa...Nous sommes bercés par des images comme ça pour creer et construire notre vie. Les enfants ont ils toujours cette promiscuité avec leurs parents qui les eduque sans leçon de moral pompeuse !

Russalka 17/09/2008 19:36


C'est vrai c eque vous dites, le conte est important.
j'en ai écrit beaucoup, tout ça pour au bout
me retrouver avec des lecteurs qui me demandent de continuer la guerre des bisous

il y a de quoi se la prendre et se la mordre comme dit  vertement mon mari  médecin...


Gondolfo 09/05/2008 18:24

rès beau :)

Russalka 10/05/2008 17:38


Merci Gondolfo, c'est très gentil à vous.


fab 07/05/2008 22:52

je viens de prendre un é no rrrr me plaisir à relire ce magnifique texte!big bisous

Russalka 08/05/2008 08:03


Merci Fab, c'est très gentil


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