La Folia est une forme musicale dite " Air et variations " très prisée dans toute l'Europe dès le XVIIème siècle. On a pu en dire qu'elle était une cathédrale demusique.
Sans doute d'origine italienne quoiqu'en dise son nom, elle connut un très vif succès en Espagne puis en France. De leur côté, les passacailles ( pasa calle, promenade dans les rues )
et chaconnes espagnoles furent appropriées avec le succès que l'ont sait par Haendel et Bach.
Toutes se basaient sur la répétition de huit mesures dont l'harmonie resterait la même tout du long de l'oeuvre, en général oscillant entre l'accord de tonique, celui de dominante puis
re-tonique.
Le même motif ou trame musicale circulait d'un pays à l'autre et de variations à chaque fois neuves. A l'époque, quand un air assurait le succès d'un interprète, il était repris par ses émules
ici ou là... sans que quiconque s'en plaignit.
L'idée fondatrice était de tourner autour d'un thème simple en le nourrissant des possibilités quasi infinies de l'instrument et de la virtuosité de l'instrumentiste.
Celle que je vous propose est deFrançois le Cocq,musicien dont j'ai retrouvé peu de traces mais qui eut visiblement son importance dans l'élaboration de manuels
didactiques.
Elle est interprétée par Jorge Cardoso à la guitare Baroque espagnole dans la plus pure tradition des improvisateurs de ces temps là, avec les césures qui conviennent entre les variations et en
alternant passages lents, rapides, méditatifs ou dansants, grâces en soient rendues à son maître en musique ancienne à la Schola Cantorum de Paris, Javier Hinojosa, homme de drôlerie et de talent inimaginables, vihueliste de formation, qui a transmis à des générations entières des savoirs oubliés,
dont on parle beaucoup sur la toile mais qui lui aussi, a choisi la discrétion.
Naturellement de l'oeuvre que vous allez écouter, étaient donnés
le thème initial
le nombre de variations
quelques étapes obligatoires au sein de celles-ci
et vogue la galère car rien de ce foisonnement de notes n'était écrit, tout était laissé à la liberté, au savoir-faire, au talent, à l'érudition et la prise de risque de l'interprète dans les
limites du bon goût. Je la connais par coeur et n'ai cependant jamais entendu Jorge la jouer deux fois de la même manière...
C'est toujours aussi spendide ! Décidément, tu as rallié une fan ! Merci pour ce cadeau dominical. Amitiés, bon dimanche à toi.
Commentaire n°1 posté par Galatée le 01/06/2008 à 14h17
Quand on rencontre Jorge, aussi bien en vrai qu'en disque, c'est un coup de foudre. C'est un homme exquis, d'une culture universelle, d'une curiosité universelle, d'une gentillesse et surtout humilité comme seuls savent l'être les immenses artistes. Si tu peux le rencontrer en concert, va le voir, de ma part, prends un verre avec lui, tu verras.. c'est pour la vie.
merci je suis à la recherche précisément de musiques ... qui s'écoutent (sourire)²
Commentaire n°2 posté par le bateleur le 01/06/2008 à 17h20
Alors vraiment contente que tu les aies trouvées sous les doigts de notre ami Jorge c'est un homme qui sait écouter le monde donc sa musique se laisse écouter (sourire)
C'est de la folie pure ! Je les ai toutes écoutées. J'en reste baba de penser qu'avec un si petit thème on puisse faire passer tant d'émotion et de sensibilité. L'interprétation que donne Jorge du chant du Cocq est remarquable.
Quant à Jordi Savall, tu sais ce que j'en pense : il est littéralement habité. Il le dit lui-même ainsi. "Quand j'étais jeune violoncelliste, j'ai découvert une partition éditée
dans les années trente, où il y avait les Folies d'Espagne, les pièces
de Marin Marais transcrites pour le violoncelle, et cette musique m'a
tout de suite fasciné." Ce bref résumé le prouve merveilleusement...
Cet article est passionnant et ouvre tellement d'horizons au sujet de la musique. L'entretien que donne Jordi Savall est d'une grande profondeur. Quel homme et quel musicien extraordinaire ! Avec ton ami Jorge, ils font une belle paire de musiciens et d'interprètes qui savent de quoi ils parlent et ce qu'ils jouent nous parle avec une capacité de communion dans l'art musical qui est rare de nos jours.
N'est-ce-pas? Oui de la follia. Je ne sais si tu auras eu le temps de visiter ce site tenu par un amoureux fou de cette forme musicale qui fut sans doute l'une des plus populaires. C'est assez... décoiffant. Jorge interprète magistralement - et sur un instrument dépoque qu'il parvient à faire chanter- cette oeuvre dont ne nous sont parvenus que des fragments reconstitués par les musicologues les plus avertis et respectueux. Savall fait partie de ces hommes , dont ton article reprend tout à fait judicieusement le si merveilleux travail, qui vont fouiller le temps pour retrouver les racines vraies. Sa sincérité dans cet article est... de toute beauté. Je croirais entendre Jorge parler tant les deux hommes se ressemblent en pensée. La chose magnifique qu'il dit à la fin :
Il faut réfléchir le rôle de la musique dans la société, et se rendre compte que dans beaucoup de ces musiques, que nous appelons « traditionnelle » ou autre, il y a des choses merveilleuses, qui ont soutenu la vie des hommes pendant les moments les plus difficiles. Ils ont pu résister à des situations terribles, grâce au fait qu'ils étaient capables de chanter. De chanter ensemble de belles musiques.
et qui me conduit à une autre: des hommes ont su résister à des situations terribles grâce au fait qu'ils étaient capables de parler, de parler ensemble la même langue.
je ne peux que penser au travail d'éxégèse qui reste à faire sur les langues anciennes et/ou en voie de disparition, ce sont elles qui nous relient à notre passé et aussi notre devenir. Et puis son regard sur la musique contemporaine, l'obligation de faire du neuf à chaque fois, l'obligation de rupture avec ce qui précède. Ce qu'il ne dit pas c'est que cette obligation est désormais dictée par le droit à la propriété intellectuelle qui oblige chacun à vérifier qu'il n'a pas fauché un concept à un autre avant de le mettre.. sur le marché. Triste monde. Heureusement que de grands artistes sont là pour nous ramener à ces voix qui chantent si bien l'humanité dans les cordes d'une guitare ou le mumure d'une viole de gambe. Bisous Merlin! Je t'ai envoyé un lien vers Savall, regarde comme cet homme est empathique dans son attitude http://www.insiturevue.com/vieilleries/opus4/entretienvideo.htm
Je me suis délecté toute l'aprés midi à déguster (en travaillant) les oeuvres que tu as ainsi rapproché de nous
une musique si proche en dépit du temps qui nous sépare d'elle et puis une musique qui contient le mot folie ne peut qu'avoir ma sympathie (sourire)²
Commentaire n°4 posté par le bateleur le 01/06/2008 à 21h58
Si tu savais comme cela me fait plaisir, cette musique nous parle, elle est dans notre héritage quasi cellulaire, et Jordi Savall insiste là dessus dans une de ses interview dont je donne le lien, la musique contemporaine est tellement en permanente rupture avec son héritage ( dont elle semble avoir honte ) qu'elle finit par être affaire de spécialistes, l'auditeur lambda ne pouvant se reconnaître en elle. Or la musique ce doit être d'abord affaire de résonances. Du corps, des muscles, de la pensée, de la mémoire...
La Follia, c'est la fascinante danse circulaire qui fait partie de toutes les cultures humaines, c'est le retour du même légèrement altéré ou enjolivé,c'est ce qui nous rassure... Merci Luc d'avoir pris le temps de te laisser bercer
Merci, belle icarienne, pour ta visite. Savais-tu que j'avais fait un petit papier sur la Folia en octobre 2005 ? Mille e uno baci da Corsica, Angèle
Commentaire n°6 posté par Angèle Paoli le 02/06/2008 à 00h20
Merci à toi, Angèle pour nous avoir offert là un si magnifique billet. j'ai mis en lien ta page sur les folias mais il me semble qu'il y en a d'autres sur ton beau site, et les rechercherai demain, baisers à tous deux de Gironde où il pleut tout le temps;
Encore un article riche et documenté comme tu en as le secret. J'allais m'étonner de cette ligne de musique que tu as pu insérer, mais j'ai découvert qu'elle était tirée de la page de Wikipédia. L'exemple musical que tu nous en donnes est très attachant, et me fait encore songer à mon aversion de jeune fille pour la guitare : quel velouté, quelle délicatesse elle apporte à ces oeuvres baroques, en parfait instrument classique bien sûr ! Mais je crois que, jeune, je cherchais surtout à me simplifier la vie, en cloisonnant ainsi mes goûts : je voulais me spécialiser, pour ne pas avoir tout à avaler d'un seul coup. Cela n'excluait rien, en fait.
Commentaire n°7 posté par Valentine le 02/06/2008 à 22h17
J'ai mis du temps moi aussi à apprivoiser la guitare, en fait c'est Michel qui me l'a faite découvrir, lui même en joue très bien... Cette folia est très belle et le travail de musicologue accompli autour d'une grande profondeur, aussi, vraiment je suis contente que tu aies apprécié. Et puis... tu as raison: ne jamais se fermer des portes ;o)) Bisous
Comme j'étais en train d'écouter la Sonate en trio (Variations sur "La Follia") de Vivaldi, interprétée par l'ensemble Hesperion XXI (je l'ai en CD, mais on la trouve sur YouTube=> lien sur mon nom), j'ai pensé très fort à toi. Si tu peux m'écrire, dis-moi où tu en es. De mon côté, je remonte la pente après 3 semaines d'un régime très sévère... Je n'ai pas eu l'occasion de te dire que j'ai été hospitalisé 5 jours au mois d'août, alors que je passais des vacances en Suisse avec Angèle chez des amis. Une des conséquences des immuno-suppresseurs... Je t'embrasse très amicalement, Yves
PS Tu n'es pas obligée de laisser ce commentaire en ligne, si tu ne le souhaites pas...
Yves
Commentaire n°8 posté par Yves le 11/09/2008 à 19h37
Quelle joie d'avoir de tes nouvelles, Yves, et quelle peine de savoir que tu as été si fatigué. Les immuno suppresseurs ont hélas de lourdes conséquences, mais je sais que c'est sans doute la seule solution pour toi... Je te réponds plus précisément par mail ce soir, juste, cela m'enchante de savoir que tu écoutais cette sonate de Vivaldi que j'adore et par le groupe de Jordi Savall. j'écoutais il y a peu les variations extraordianires de Rachmaninov sur la Follia de Corelli sous les doigts de la emrveilleuse Hélène Grimaud. Quelle inventivuité et quelle beauté!
Je vous embrasse très fort tous deux et à ce soir ou demain car ma connexion est hasardeuse depuis la rentre ( de nouveau)
Décidément, tu as rallié une fan !
Merci pour ce cadeau dominical. Amitiés, bon dimanche à toi.
je suis à la recherche précisément de musiques
...
qui s'écoutent (sourire)²
de notre ami Jorge
c'est un homme qui sait écouter le monde donc
sa musique se laisse écouter (sourire)
L'interprétation que donne Jorge du chant du Cocq est remarquable.
Quant à Jordi Savall, tu sais ce que j'en pense : il est littéralement habité. Il le dit lui-même ainsi.
"Quand j'étais jeune violoncelliste, j'ai découvert une partition éditée dans les années trente, où il y avait les Folies d'Espagne, les pièces de Marin Marais transcrites pour le violoncelle, et cette musique m'a tout de suite fasciné."
Ce bref résumé le prouve merveilleusement...
TOUS LES MATINS QUI PLEURENT
Cet article est passionnant et ouvre tellement d'horizons au sujet de la musique. L'entretien que donne Jordi Savall est d'une grande profondeur. Quel homme et quel musicien extraordinaire ! Avec ton ami Jorge, ils font une belle paire de musiciens et d'interprètes qui savent de quoi ils parlent et ce qu'ils jouent nous parle avec une capacité de communion dans l'art musical qui est rare de nos jours.Jorge interprète magistralement - et sur un instrument dépoque qu'il parvient à faire chanter- cette oeuvre dont ne nous sont parvenus que des fragments reconstitués par les musicologues les plus avertis et respectueux.
Savall fait partie de ces hommes , dont ton article reprend tout à fait judicieusement le si merveilleux travail, qui vont fouiller le temps pour retrouver les racines vraies. Sa sincérité dans cet article est... de toute beauté. Je croirais entendre Jorge parler tant les deux hommes se ressemblent en pensée.
La chose magnifique qu'il dit à la fin :
Il faut réfléchir le rôle de la musique dans la société, et se rendre compte que dans beaucoup de ces musiques, que nous appelons « traditionnelle » ou autre, il y a des choses merveilleuses, qui ont soutenu la vie des hommes pendant les moments les plus difficiles. Ils ont pu résister à des situations terribles, grâce au fait qu'ils étaient capables de chanter. De chanter ensemble de belles musiques.
et qui me conduit à une autre: des hommes ont su résister à des situations terribles grâce au fait qu'ils étaient capables de parler, de parler ensemble la même langue.
je ne peux que penser au travail d'éxégèse qui reste à faire sur les langues anciennes et/ou en voie de disparition, ce sont elles qui nous relient à notre passé et aussi notre devenir.
Et puis son regard sur la musique contemporaine, l'obligation de faire du neuf à chaque fois, l'obligation de rupture avec ce qui précède. Ce qu'il ne dit pas c'est que cette obligation est désormais dictée par le droit à la propriété intellectuelle qui oblige chacun à vérifier qu'il n'a pas fauché un concept à un autre avant de le mettre.. sur le marché. Triste monde. Heureusement que de grands artistes sont là pour nous ramener à ces voix qui chantent si bien l'humanité dans les cordes d'une guitare ou le mumure d'une viole de gambe.
Bisous Merlin!
Je t'ai envoyé un lien vers Savall, regarde comme cet homme est empathique dans son attitude
http://www.insiturevue.com/vieilleries/opus4/entretienvideo.htm
une musique si proche en dépit du temps qui nous sépare d'elle
et puis
une musique qui contient le mot folie
ne peut qu'avoir ma sympathie (sourire)²
cette musique nous parle, elle est dans notre héritage quasi cellulaire, et Jordi Savall insiste là dessus dans une de ses interview dont je donne le lien, la musique contemporaine est tellement en permanente rupture avec son héritage ( dont elle semble avoir honte ) qu'elle finit par être affaire de spécialistes, l'auditeur lambda ne pouvant se reconnaître en elle. Or la musique ce doit être d'abord affaire de résonances. Du corps, des muscles, de la pensée, de la mémoire...
La Follia, c'est la fascinante danse circulaire qui fait partie de toutes les cultures humaines, c'est le retour du même légèrement altéré ou enjolivé,c'est ce qui nous rassure... Merci Luc d'avoir pris le temps de te laisser bercer
Mille e uno baci da Corsica,
Angèle
Mais je crois que, jeune, je cherchais surtout à me simplifier la vie, en cloisonnant ainsi mes goûts : je voulais me spécialiser, pour ne pas avoir tout à avaler d'un seul coup. Cela n'excluait rien, en fait.
Et puis... tu as raison: ne jamais se fermer des portes ;o))
Bisous
Comme j'étais en train d'écouter la Sonate en trio (Variations sur "La Follia") de Vivaldi, interprétée par l'ensemble Hesperion XXI (je l'ai en CD, mais on la trouve sur YouTube=> lien sur mon nom), j'ai pensé très fort à toi. Si tu peux m'écrire, dis-moi où tu en es. De mon côté, je remonte la pente après 3 semaines d'un régime très sévère... Je n'ai pas eu l'occasion de te dire que j'ai été hospitalisé 5 jours au mois d'août, alors que je passais des vacances en Suisse avec Angèle chez des amis. Une des conséquences des immuno-suppresseurs...
Je t'embrasse très amicalement,
Yves
PS Tu n'es pas obligée de laisser ce commentaire en ligne, si tu ne le souhaites pas...
Yves
Je te réponds plus précisément par mail ce soir, juste, cela m'enchante de savoir que tu écoutais cette sonate de Vivaldi que j'adore et par le groupe de Jordi Savall. j'écoutais il y a peu les variations extraordianires de Rachmaninov sur la Follia de Corelli sous les doigts de la emrveilleuse Hélène Grimaud.
Quelle inventivuité et quelle beauté!
Je vous embrasse très fort tous deux et à ce soir ou demain car ma connexion est hasardeuse depuis la rentre ( de nouveau)