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Musique de la semaine

Arundo Donax

5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 16:11





Ukraine et ses compagnons restaient muets aux côtés de Merlin. Les fées flottaient à environ dix centimètres du sol, transparentes et denses, leur peau aussi irisée que certaines agates.
Elles étaient toutes vêtues de manière différente et très surprenante. L’une recouverte de feuilles, l’autre de plumes d’oiseaux, l’autre encore de gouttelettes d’eau, la quatrième de tourbillons de vents colorés, cela leur donnait un peu le tournis. Mais la plus étonnante était celle dont la robe était faite d’un assemblage de petits morceaux du paysage, autant de minuscules reflets du décor qui les entourait.

Elle semblait être la plus jeune et pourtant sur son visage se lisait une souffrance de vieille femme.
Elles battirent toutes des ailes pour s’ébrouer de l’eau traversée puis vinrent l’une après l’autre embrasser l’Enchanteur.

- Je vous présente les fées de l'étang qui répond au doux nom de Rauco.

-  Mais… où se trouve cet étang ?

- Devant vous, jeune dame. Devant vous. Suivez-les, traversez derrière elles le miroir, je fermerai la marche, parfois des galopins sont tentés de rejoindre la profondeur des eaux... Hum hum, il n’y a pas que de bons génies savez-vous? dans cette forêt.

En pénétrant l’eau qui se dressait devant eux, Ukraine et ses compagnons furent happés par un froid intense, piquant comme des milliards d’aiguilles. Une esplanade d’un beau vert émeraude se déroulait sous leurs pieds, d’où plongeait un escalier mobile qui parfois s’ouvrait pour laisser passer un banc de poissons ou d’étranges véhicules amphibies.
Curieusement, ils n’éprouvaient pas le sentiment d’être dans de l’eau mais plutôt de marcher sur des strates de gélatine.

C'est alors qu' un palais tout de sphères assemblées, aussi malléables que des bulles de savon et dans lesquelles des milliers de mondes semblaient s’agiter à l’infini se découvrit à eux, derrière un épais rideau d'algues brunes.

- Nous voici rendus au palais du Rauco ! Alors jeunes gens, donnez vous la peine d’entrer et d’entendre la légende des fées, cette légende que l’on ne sait plus raconter, entrez n’ayez crainte…

Tous s'assirent autour de Merlin dont le trône de lumière diffusait alentour un grand cercle chaleureux. Merlin prit soin d' en aplanir les plis pour leur confort à tous. Puis, après avoir toussé et dans un grand silence...

- Il était une fois…

Les fées éclatèrent subitement en sanglots et Merlin avait peine à dissimuler ses propres larmes.

- Il était une fois ...  dit la plus âgée des fées. Oh et puis non, je ne peux pas, j’ai perdu l’habitude !

- Mais que je suis mal entouré !  Mais que je suis mal entouré ! Et ça fait des siècles que cela dure ! Bon ! tempêta Merlin.
Il était une fois… recommença-t-il en frappant si fort le sol marin que les bancs de poissons en restèrent figés contre les bullemurailles du Palais.

Et pendant des heures - ou des jours ou des années - il leur conta l’histoire tragique de cette vallée paisible où les sept fées s’étaient établies loin du regard des hommes  sous les eaux de l’étang.

Hélas…
Comme dans tout conte de fées qui respecte un tant soit peu les conventions du genre, l’une  d’elle, la plus jeune la plus belle la plus vive la plus… Merlin ne trouvait plus ses mots pour décrire celle dont Ukraine se demandait si elle n’était pas une de ses filles.
La plus belle donc mais aussi la plus puissante en magie quand chacune des autres s’était finement spécialisée dépérissait de tristesse. Souvent, alors que ses sœurs cherchaient dans la moindre goutte d’eau, le moindre grain de sable la mémoire du monde, elle se laissait flotter à la surface de l’étang dans l’espérance sans doute d’un  événement qui troublerait un peu sa mélancolie.
Et c’est ainsi qu’elle fit la connaissance du bruit que font les hommes ou plutôt des fers de leurs chevaux sur les chemins perdus.

Celui qu’elle rencontra lui fit battre le cœur et puis perdre la tête.
Elle lui posa mille questions, bravant le serment qu’elle et ses sœurs avaient fait de ne jamais adresser la parole à un représentant de ce monde là.

- Il se plurent aussitôt ! dit Merlin, tout en passant sur ses yeux un immense mouchoir étoilé.


Et chacun dans la salle pleurait tant l’histoire était belle de cet amour impossible comme on n’en vit plus nulle part dans aucune galaxie.
Chaque jour les deux amants se donnèrent rendez-vous et finirent par s’aimer sous les feuilles d’un grand chêne.

Mais les autres fées se doutaient de quelque chose.

Merlin toussa longuement jusqu’à ce que les fées baissent la tête et prennent un air contrit.

- Oui ! Elles se doutaient de quelque chose à la facilité dont leur jeune sœur s’endormait le soir et à ses sourires radieux lorsqu’elle revenait de ses échappées solitaires. Unissant leurs pouvoirs… que j’ai fortement diminué depuis… elle finirent par découvrir ces amours coupables, endormirent leur sœur et tuèrent son amant.

- Mais quelles garces ! hurla Ukraine qui pour la première fois de sa vie se surprit incapable de contenir ses émotions.


- Garces ? Non… je ne dirais pas cela. Car la jeune fée découvrant leur forfait les égorgera toutes…


- Mais alors ce sont des fantômes que nous v…


- Non pas vraiment.
Pendant six jours et sept nuits, le sang des fées va recouvrir les pierres de la contrée et me porter le parfum de cette mauvaise nouvelle.
Je leur ai rendu la vie mais ôté une partie de leurs pouvoirs.
Quand à la plus belle…

On sentait une pointe de regret dans sa voix.

- Quant à la plus belle, personne ne l’a jamais revue. Sans doute a-t-elle été heureuse et eu beaucoup d’enfants, mais vous savez… ce genre de fin ne me console pas.

Toutes les fées éclatèrent en pleurs.

- Hé voilà. Voilà qu'elles pleurent à nouveau! Si je pleurais moi... hein? Si je pleurais, qui sait si cet étang ne se transformerait pas en Océan! Voilà... la triste histoire. Je suis heureux de vous l’avoir contée car elle m’était restée sur l’estomac. Bon!  tout le monde à table, que je vous donne le plan pour vous échapper en direction de la Dixième planète.

Comme soulagés d’échapper à la tension accumulée, les hommes de l’équipage se ruèrent vers la longue table qui s’était dressée sous leurs yeux. Mais Ukraine resta au milieu des fées, touchant la soie de leurs cheveux, se perdant dans l’eau de leur regard.

On n’est enfant qu’une fois. Elle ne l’avait jamais été. C’était son premier conte vivant.





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publié par Viviane Lamarlère - dans La dixième Planète
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commentaires

Merlin le zeteticien 21/08/2008 21:10

Le Rauco, c'est ce ru où je me lave les pieds et parfois un peu plus quand il ne fait pas trop froid.Merlin le rustiqueC'est tout près de mon tombeau ! Un magnifique ruisseau d'Armorique en vérité.

Russalka 22/08/2008 09:44


Tu vois, je ne connais cet endroit que de souvenirs (sourire) et il me tarde que Michel ait un peu plus de temps pour pouvoir mettre mes pas dans les tiens en ce
lieu là.
Ah, cette forêt d'Armorique, elle en aur agénéré des rêves, à quoi cela tient-il... au mystère qui se dégage de ses coins et recoins, peut-être.
Mille merci Merlin de ce souvenir rustique
qui astique
la mémoire ;o))


clémentine 21/08/2008 19:00

les grands enfants peuvent peut-être mieux comprendre les contes d'enfants et en rêver pour les écrire.. clem

Russalka 22/08/2008 09:45


Tu as raison, Clem,
et comme il se trouve que je suis une grande enfant qui ne s'ignore pas (sourire)
...
bisous


Joubert 20/08/2008 23:22

Jolie relecture de la légende. Mais je ne voudrais pas dire de bêtise, le Rauco est un ruisseau?

Russalka 21/08/2008 13:47


Alors là... il va me falloir chercher, je ne sais plus si c'est le nom du lac ou celui de la rivière qui conduit vers le lac, je chercherai, promis (sourire)
mille merci Joubert.


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