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Musique de la semaine

Arundo Donax

11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 23:01


Un petit conte Africain inspiré d'un des très beaux tableaux
de
Danielle Berthelot-Saad,
la Maman du fiancé de notre
Sarah
qui vit elle aussi à Dakar

En cliquant ici
l'Aria de cette toile






"Grand serpent perd ses écailles! Grand serpent perd ses écailles!"

Ainsi criait le Fou au pays de Kek Par
et chacun de hausser les épaules
et poursuivre le labeur et son lait avant qu'il ne caille.

Mais bientôt l'ombre qui n'éblouit personne par ses dires ou sa vêture
permit à chacun de discerner,

j'ai bien dit" cerner"
au sol les écailles de Grand serpent.


Ô nuit de chansons en miettes
baobabs déplumés
cieux en morceaux
nuages réduits en poussières
et toile de soleil aux franges dépeuplées

Le coeur pire que l'orage en cette saison des pluies,  les habitants du village de Kek-Par se réunirent autour du Chef,  tout contre ce qui restait de l'arbre à Palabres  que l'on voit à droite en train de disparaître lui aussi.

Et leurs visages se recouvrirent de masques.

Chacun affichait ainsi ses préoccupations au grand début de nuit.

Le potier pensait
à la glaise qui viendrait à manquer
aux cases du village dont aucun pisé ne comblerait les failles
qui disparaîtraient elles aussi
à la bouche moqueuse de fraîcheur de ses jarres
 dont le rire qui fait eau ne réseaunerait plus,  tard.

Le paysan pensait
aux nuages  si courageux qui tombent pour jouer
à l'arbre descendu  droit du ciel
comme le nez descend de l'air que l'on respire

aux feuilles sèches des yeux ne couvant plus sommeil
aux mosaïques lumineuses des champs inondés

Les mères pensaient aux enfants tous petits qui dansent dans leur tête
et leur peau  blanchissait d'angoisse et noire la bouche
et rides profondes sur le bois du corps tandis que s'allongeait leur cou pour faire de la boule qui étouffe la voix un petit paquet de larmes.

Le chasseur pensait au mufle large du Lion
dont la sieste diminuait à vue d'oeil

entre deux boisseaux d'herbes folles
aux trous dans les pensées qui rongeaient tous les fronts

Et chacun de s'épouvanter, copeau après copeau...

Mais derrière ce qui restait de l'arbre qu'on voit plus, derrière l'étroit à chaque fois plus étroit de l'arbre, se cachait Margouillat.

Avec son air de ne jamais bouger, Margouillat aimait les Hommes. Ceux-ci ne l'aimaient guère. Il faut dire qu'il n'était pas très joli à regarder. Tout gris, fluet, sans fantaisie fabuleuse.
Le petit
coeur de Margouillat s'égarait à toute allure dans la tristesse du Rien qui venait.
Il y avait sans doute un peu de gêne pour ses propres écailles dans ces pensées-là.

Alors, il mit en marche son air de ne jamais bouger
et de sa langue plus habituée aux mouches qu'aux images
se saisit de ce qu'il voyait se peindre sur les visages, sur le sol, entre les flammes mourantes du soleil
puis avant qu'on ne l'écrase
courut vite vite le remettre à sa juste place

Ainsi survécut le Monde. Personne, à part le Fou, ne comprit ce qui s'était passé. Et pour récompenser ce petit humble qui les avait tous sauvés, le Fou lui offrir un peu de sa folie qui - comme chacun sait - est de toutes les couleurs.


Depuis sur ma terre natale, il est recommandé de laisserMargouillat tranquille
faire sa gymnastique sur les terrasses ou sur les murs et exhiber fièrement
l'arc en ciel de son cou et les muscles de ses pattes
On ne sait jamais
il lui faudra peut-être courir encore plus vite
et prendre sur sa propre peau les couleurs du monde
la prochaine fois.







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commentaires

Babou* 19/09/2008 14:40

Merci petit margouillat d'avior rendu ses couleurs au monde... et vraiment ce texte est une illustration parfaite de cette toile superbe... Un petit margouillat habitait la chambre où je me trouvais durant un séjour à la réunion et je n'ai jamais trouvé ce petit animal triste... il était si translucide parfois que j'avais l'impression qu'il cherchait à mieux se faire oublier... Merci de ce partage...

Russalka 19/09/2008 16:30


Merci Babou*, de ton témoignage empli de vie,
les lézards sont des bêtes attachantes, le gecko en particulier ( d'ailleurs je ne sais pas si cela appartient à la famille des lézards?)
dont on dit qsu'il porte bonheur lui aussi aux maisons dans lesquelles il s'attache


Serge 15/09/2008 18:06

Joli joli, félicitez le peintre :)

Russalka 16/09/2008 11:54


Merci Serge, c'est super sympa ...


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