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Musique de la semaine

Arundo Donax

22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 09:21

Premier épisode





Le repas touchait à sa fin. Les grillons géants porteurs de torches s’éteignaient somptueusement, la flamme qui sortait de leurs yeux consumait lentement leur carapace noire pour ne laisser à la fin qu’un grillon minuscule qui courait se sauver sous la grande cheminée de la salle à manger.

Sans doute en attendant le soir et ses métamorphoses.

Ukraine et ses compagnons avaient retrouvé en quelques heures le goût de vivre et surtout le goût de la nourriture. Il faut dire qu’on les avait soignés.

Tourte de potiron aux airelles, pâté de chevreuil aux épices, rôti de biche, fromages de toutes origines servis avec de délicates confitures rouges, gâteaux et sorbets en abondance et surtout de vrais fruits. Sur la terre laissée derrière eux, les fruits n’existaient plus que dans les archives informatiques ou recomposés en laboratoire.

L’ombre douce qui se propageait était propice aux confidences, et chacun de se laisser aller avec son voisin ou sa voisine, les fées d’un geste doux remontaient une mèche de cheveux, caressaient une joue ou le dos de la main.

-"Ce n’est pas tout ! Fini de rêver! Vous devez encore franchir quelques arpents d’espace avant de rejoindre Sedna" dit Merlin que rien ne semblait fatiguer. Il frappa dans ses mains, la vaisselle et les mets disparurent et furent remplacés par une sorte de nappe lumineuse qui les engloba tous de ses comètes minuscules, ses tourbillons de soleils, ses naissances et morts d’étoiles.
 
Des gouttes se formaient par endroits, grossissaient puis se transformaient à leur tour en nappes brodées de galaxies et de soleils d’où s’échappaient encore d’autres gouttes et ceci comme à l’infini. La Voie lactée était perdue dans un coin de cette étrange bulle qui les entourait et dont ils ne pouvaient toucher les limites.
L’un de compagnons d’Ukraine se hasarda à tenter d'attraper le soleil et la planète bleue.

-Malheureux ! hurla Merlin, ne touchez à rien vous allez tout dérégler, déjà que c’est compliqué la maintenance !! Malheureux, j’ai du mal avec cette partie-ci de l’univers elle est très instable.

En se penchant un peu ils entendaient ici et là de légers bruits de succion : la lutte des planètes contre l’anti-matière qui voulait à tout prix les avaler.

-Venez autour de moi et ne bougez plus ! Donc. Nous sommes ici.

-Si loin de notre galaxie, si loin ?

-Oui ma jeune Dame, oui, déjà si loin. Et pourtant, si vous saviez... ce que vous voyez là n’est qu’une des couches visibles du cosmos, je vous ai épargné tous les plis et replis, ils rentrent difficilement dans la pièce. La seule fois où j’ai tout fait rentrer en écartant les parois de ce palais,  mes fées ont consacré trois jours à tout repasser et me l’ont reproché une semaine… oui. Parfaitement!
Une semaine. J'ai diminué leurs pouvoirs vous savez, maintenant, elles repassent le linge à la main.
Donc nous sommes ici, votre trou de ver est visible, là.

Ukraine et ses hommes se penchèrent au-dessus du doigt de l’Enchanteur.  Un petit fil rouge fluorescent se tortillait dans la nuit noire.

-Mais comment allons nous rentrer dans cet espace minuscule?

-Comment êtes vous entrés la première fois ? Parce que vous le vouliez… té. Tout simple. Et d’ailleurs, comment l'Univers est-il rentré dans cette pièce ? Hein ? Vous semblez abasourdis. Un jour vous comprendrez que la vie n’est qu’un rêve.
En attendant… Vous redécouvrirez la peur, le réflexe de défense, l’instinct de survie qui ont été amoindris par des millénaires d’assujettissement à la Machine. Je vais programmer votre ver pour qu’il vous emmène sur Frisson, tenez je la grossis un peu. Regardez.

Merlin posa ses mains au-dessus d’une planète qui semblait très agitée. Elle se déformait comme une boule de pate à gâteau, s'allongeait, se rétractait, laissait échapper des fumeroles noires ou blanches.
Elle se mit soudain à enfler jusqu'à atteindre la taille d'un homme dans la force de l'âge. Ils découvrirent alors des paysages extraordinaires, déserts noirs et or parsemés de pyramides, de triangles, de cubes qui se muaient en sphères ou en cylindres, canyons flottants au-dessus de rivières solidifiées qui se dressaient de façon aléatoire entre les hautes murailles de pierre, précipices en entonnoirs qui laisseraient bien peu de chances de survie à leur équipage s’il venait à y tomber.

Merlin faisait nerveusement le tour de la petite équipe en tapant d'un coup sec sur les doigts de ceux qui étaient tentés de toucher cette merveille à portée de main.

- Vous allez vous rendre sur cette planète, et c’est vous qui prendrez les commandes, Ukraine. Le ver vous laissera faire, il est programmé pour cela, juste pour cette planète. Vous devrez vous sortir des pièges physiques mais également psychologiques de cette escale.

- Je n’ai jamais conduit un trou de ver.

- Vous apprendrez.

-Pourquoi dites vous «  psychologiques » ?

-Parce que cette planète est habitée.

-Par quoi ?

-Vous verrez bien !

-Par quoi ?

-Par vos fantômes Ukraine. Par vos fantômes et par les fantômes de l’humanité. C’est là que l’on met en attente de recyclage les consciences humaines.

-En recyclage… attendez attendez… On recycle les consciences ?

Merlin poussa un long soupir et les fées s’éclipsèrent discrètement.

-Je vois que vous n’avez pas trop lu Platon.  D'où croyez vous que sorte l'univers et de quelle matière tire-t-il son éternité?

- Des consciences humaines? l'univers est le fruit des consciences humaines? Les bonnes et les mauvaises...?

- Ca vous ouvre des perspectives, n''est-ce pas?

-Je n’ai pas lu Platon mais j’ai lu Saint Exupéry. Mon mari cachait «  Le petit prince » sous son lit. Avant que nous ne partions, racontez moi ce livre Merlin.

- Ma mémoire défaille. Mais je peux vous raconter la suite de ses aventures si vous voulez.

- Oui ! oui !!!

- Bien. Mais ensuite vous filez. Je vois que vous avez repris goût au merveilleux. Ma tâche est donc accomplie vous concernant.

Dans la pénombre verte, les fées étaient revenues. Derrière la paroi transparente de ce château de bulles, les bancs de poissons  attendaient, aussi immobiles et attentifs que les aiguilles d’une horloge dont on aurait interrompu la course..

- Alors… voilà l’histoire… Mais ensuite vous filez!

Merlin plongea la main dans son chapeau, en sortit une réplique de ce monde bleu nuit qui les entourait, le caressa longuement puis ferma les yeux.
Une voix sortait de cet univers en réduction. Une voix ...
Et voici ce qu'elle leur raconta que je vous livre.






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publié par Viviane Lamarlère - dans La dixième Planète
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