Mardi 2 mars 2010
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Après avoir disposé sous leurs yeux l'univers tout entier et leur avoir montré la position du Ver dans lequel Ukraine et ses compagnons continueront leur voyage à travers les galaxies en
direction de la Dixième Planète, Merlin leur a conté l'histoire de ...
Quand le micro-monde qui reposait entre les mains de Merlin eut prononcé le dernier mot
de l'histoire de la Planète Grise, il se ratatina, courut comme affolé de son audace le long de son
épaule et alla se cacher sous son chapeau.
Un long silence s’ensuivit, que personne n’osait rompre.
Ukraine se leva, alla s’agenouiller devant l’Enchanteur et posa un baiser sur sa
main.
Merlin lui caressait les cheveux avec une douceur qu’Ukraine croyait avoir
oubliée. Son mari lui cajolait la nuque le soir pour qu’elle s’endorme et toutes ces années sans lui avaient éloigné d'elle la tendresse des sensations les plus
simples.
"Je ne peux pas passer ma vie à sauter de regret en regret, se dit-elle en ravalant ses
larmes, je ne peux pas compromettre cette mission parce que je me sens enfin bien quelque part."
Les murs du chateau sous l'étang s'étaient brutalement couverts de grisaille, les
colonnes de soutainement se courbaient d'une façon imperceptible à qui ne sait voir ces choses là et c'est toute la voûte de l'édifice qui paraissait affligée, comme creusée de hoquets. Il
sourdait de ses parois une mélopée étrange dont ils ne comprenaient les mots mais recevaient la mélancolie.
- Les meilleurs choses ont une fin. N’est ce pas ? Vous savez jeune Dame, je suis ému,
autant que vous tous. Mais j’ai retenu de ma vie sur Terre qu’il ne fallait trop montrer ce qu'on ressent, à tort ou à raison… Les événements de notre monde visible, les amours qui se
brisent, les maladies et les conflits de notre passé, la joie, la paix et la guérison du présent, tout cela provient d'une matrice dont les humains n'ont eu de cesse de s'éloigner. Ils
n'avaient pas compris le bon usage de ces forces, ils n'avaient pas compris le lieu où elles se rejoignent. L'humanité n'était pas prête.
Vous allez rencontrer l'Univers des cordes et des super cordes, qui sait, peut-être
trouverez-vous là-bas de quoi guérir vos semblables ou leur descendance de ce mal qui les ronge? "
Ukraine et ses compagnons n'avaient reçu aucune formation scientifique et ces mots de
cordes et super cordes, quoiqu'évoquant en eux des souvenirs, faisaient un peu trembler leur entendement.
- Ce fut grande joie de revoir des habitants de cette planète où je vivais en paix
entre les arbres et les rochers. Maintenant rejoignez vite votre ver que je surveille d’ici la façon dont vous prenez en main ce véhicule et rectifie éventuellement votre trajectoire. Ah, une
chose encore, Ukraine, vous garderez tous votre apparence humaine dans ce vaisseau. Permettez au vieil homme que je suis d’offrir à chacun de vous un objet magique, en cas d'urgence serrez
-le dans votre main, il vous apportera tout ce dont vous aurez besoin ou envie. Mais attention, il pourra aussi vous apporter la mort si c’est elle que vous désirez
intensément.
Ukraine se saisit d’un petit sac de velours bleu nuit dans lequel s’entrechoquaient des
galets. Des rais de lumières bigarrés traversaient le tissage serré avant d'aller se pelotonner puis s'éteindre dans les creux mouvants de la pièce.
- Merci Grand Sage. Sans vous…que serions nous ? Et maintenant… que devons nous faire
?
- Prenez vous par la main, encerclez votre trou de ver, concentrez vous sur la
diminution de votre taille, je vais vous aider par la pensée.
- On y va les gars, et vous Merlin, portez vous toujours bien ainsi que vos fées
!
Il ne leur fallut que quelques secondes pour atteindre la taille d’un grain de lumière.
Merlin les voyait il encore ? Quel étrange personnage. Etait-ce lui ce Dieu dont tout le monde parlait ?
Le ver se tordit de plaisir en les sentant entrer. Ses parois se plissaient et
déplissaient comme celles d’un bandonéon. Elles étaient d'un bel incarnat, douces au toucher et tièdes. Une lumière émeraude jaillissait de ce qui semblait être sa
tête.
- Il nous faut des sièges dit Rahan.
- C’est vrai, ça ! Et un cockpit et…
- Les galets !
Ukraine ouvrit le sac, quatre galets luisants et colorés, semblables sans doute à ceux
que les enfants des milliers d’années plus tôt offraient à leur maman à l'occasion de ces fêtes que l'Administration avait décrêtée désuètes, sautillaient d’impatience d’être touchés.
Ukraine se saisit du plus rond, celui qui irradiait une teinte bleue soufré et le serra très fort en se remémorant le peu qu’elle avait pu voir de l’aménagement intérieur des vaisseaux
spatiaux dans de vieux films.
La cavité tubulaire du ver se modifia instantanément selon ses voeux: de bons
sièges un peu usés, un tableau de bord clignotant de tous ses feux, un plafond couru de fils et bien sûr les inévitables robots serviteurs qui rendraient leur voyage peut-être plus
confortable.
- Le plus dur est à venir, les gars, je n'ai jamais conduit un vaisseau spatial et je
n'ai aucune confiance en vous, rit-elle.
Mais son rire était amer, il lui faudrait en permanence écarter de son esprit l'idée de
la mort. La peur même de ce mot. Le faire fuir de sa mémoire et espérer que les trois hommes embarqués avec elle en feraient autant.
- Tu n’as qu’à demander à ton caillou de faire de toi un nouvel Annakin Skywalker! lui
lança Djinn !
- Toi, je te prends comme co-pilote dit Ukraine ne riant, allez et je te nomme Pizza !
- Malheureuse... regarde ce que tu as fait...
Un pelage épais, rouge vif aux pointes orangées et fluorescentes, recouvrait le corps
fluet de son compagnon de vol, tandis que des cartons remplis de pizzas s'ammoncelaient derrière le siège du co-pilote.
- Nous ne manquerons pas de provisions. Bon. Reprends ta forme initiale et mettez-nous
quelques cartons dans le four à micro-ondes.
- Quel...? Ah oui. Le four à micro ondes. Il vient de se matérialiser. Incroyable,
j'aimerais bien savoir la durée d'existence d'un tel caillou.
- Je vous suggère de retirer de vos pensées tout ce qui dans le vocabulaire peut avoir
trait au temps, okay?
- ....
- En route les jeunes, accrochez vous, j'enclenche la vitesse
démesurée.
- Je croyais qu'il fallait retirer de notre esprit tout ce qui avait trait au temps...
bon bon.. je n'ai rien dit.
Au-dessus du minuscule tortillon rouge les fées et Merlin étaient penchés, répétant "Am
stram gram pique et pique et colégram"
Ils le virent soudain s'échapper vers la droite, zigzaguer quelques secondes comme un
ludion balloté par les flots, se stabiliser puis foncer dans la nuit.
Merlin s'effondra sur son fauteuil. Les fées étaient comme
pétrifiées.
- Alors?
- Ils sont dans la bonne direction. Il ne leur reste plus qu'à découvrir
Frisson.
Ce qui les attend n'est pas de la tarte.
- Plait-il ? firent en choeur les fées.
- Oui, pas du gateau... Quoi? Il serait temps mes filles que vous soyez à la page.
Les temps changent, le langage aussi bougonna Merlin en ajustant son chapeau qui
penchait dangereusement vers l'univers tout entier.
Mais Merlin avait beau sembler prendre les évènements à la légère, il ne pouvait se
cacher une profonde inquiétude. Sauraient-ils, tous, et surtout elle, mettre en oeuvre ce qui leur avait été inculqué sur Terre, la maîtrise des émotions, ne pas se laisser submerger par
elles lorsque...?
Par Viviane Lamarlère
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Publié dans : La dixième Planète
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Karine au "carrefour des rêves"
http://lecoindureveur.e-monsite.com