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Mystérieuse Bretagne... Pourquoi ce titre?
Nous le dessinerons au fil des pages et de l'eau dont semble parfois surgir, entre les pattes effilées d'une aigrette garzette , quelque monstre ancien d'algues muché.
Et si je parle d'eau, c'est bien sûr parce que la région où je vous emmène, le Morbihan, en est pourvue à profusion.
Eau de cette petite ( Bihan) mer ( mor) , eau des étangs, des rivières et des lacs, eaux du ciel émouvant réfugiées dans le bleu, tombant en crachin dru, eaux voyageuses d'histoires.
Eaux des pierres dressées par ce peuple fervent depuis la nuit des temps.
Nous sommes donc partis.
Notre première halte fut la charmante ville de Rochefort-en-Terre.
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Le ciel était laiteux, à peine un peu de bruine.
Les grosses jattes de pierres fleuries se retenant de basculer, la peau chamoisée des murs, l'harmonie de couleurs simples coulant jusqu' aux pavés, le silence, tout me disait déjà le mystère. Quoi ! Point de ce raffut que font ailleurs les pancartes publicitaires ? Point de marques agressives collées aux maisons ? Pour bien des touristes qui aiment les rues animées et leurs étalages, ce lieu semblerait mort.
Il vit.
D'une autre manière.
Suspendue. Presque oisive. Nous restituant généreusement des pans entiers de son passé.
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Tenez, par exemple, cette façade d'une grosse demeure qui, pendant la dernière guerre, accueillit les blessés américains et anglais, ne dirait-on pas qu'elle saigne encore?
Et de fait, nous n'aurions pas immédiatement remarqué le calvaire en majesté qui fend de son élan le quadrillage de verdure et de fenêtres sans l'appel silencieux d'une vigne en son automne.
Nous n'aurions pas distingué les innombrables crucifix de cette sévère façade sans les noces d'une architecture au rythme obsédant avec la luxuriance d'une plante incendiée.
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La Bretagne, c'est le mariage des extrêmes et de la douceur, de la rigoureuse géométrie et de la fantaisie, d'un temps ancien admirablement préservé et d'une modernité qui ne renie pas ses attaches.
La collégiale de Rochefort-en-terre s'offre au regard d'une manière des plus discrètes. En retrait d'un grand parvis, il faut l'approcher pour distinguer la part de la flore et celle du caillou . Dans son armure de cendre et de mousse, son clocher roman et ses quatre pignons de style gothique flamboyant se dressent comme des preux.
Voyez-vous comme moi cette forme quasi humaine qui sortira de la pierre dès que nous aurons détourné les yeux?
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Notre regard est soudain attiré, en haut à gauche du pignon central, par un dragon près de l' envol.
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Ce même dragon terrassé par Saint Michel, il fait moins le fier maintenant:
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Pour les amoureux de sculptures médiévales que nous sommes ce bouc aux attributs virils ... imposants mais assez vraisemblables, est émerveillement. Il y a quelque chose de doux et tragique à la fois dans la Bête ici représentée.
Douceur des lignes. Tragédie d'avoir été choisi pour être montré du doigt.
Je me sens grande sympathie une fois encore avec cet animal émissaire interdit de gambader pour l'éternité.
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D'ailleurs savez-vous que le terme tragédie signifiait chez les grecs anciens " Le chant du bouc ", ce chant qui accompagnait les fêtes Dionysiaques ?
Il y a de l'amitié pour ce symbole de la luxure et de ses diables dans la manière dont il a été extirpé du granite. Quelle élégance dans la pose, quel équilibre dans les proportions !
C'est qu'il y avait utilité à réussir l'ouvrage, car plus un bouc était magnifique, mieux il attirait sur lui les malheurs qui pouvaient frapper le village.
Rochefort-en-Terre, en dépit de sa situation sur un éperon rocheux, craignait de toutes parts...
Nous ne savons pas rester sur les places officielles, il nous faut des venelles
et celle-ci nous attire de son petit air penché et un peu misérable
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Nous y longeons un mur agité par la brise:
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Et c'est en retournant une fougère, admirant la construction si rigoureuse qui préside à la perpétuation voulue par Dame Nature, que je comprends pourquoi l'humain a voulu se faire Dieu - du moins s'en rapprocher - en enfermant dans la pierre des palais et des cathédrales les rythmes mystérieux des plantes, leur précieuse symétrie, les perles d'or de leur semence têtue.
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Au bout des pavés
la plage...
François-André d'Agincourt, Dances provençalles pour clavecin
on dirait toujours que les murs vont tomber et pourtant... ils tiennent debout!
Oui, les photos sont de Michel, il les trouvait mauvaises et finalement, les voyant encadrées de noir, s'est réconcilié avec elles ;o)
Bisous Valentine et merci.
l'ignorais la douceur de ses pierres
ton ode se marie à merveille à la lumière des photographies (de Michel ?)
oui, les photos sont toutes de Michel, lorsque sur mon blog j'en emprunte ailleurs, je fais en sorte qu'elles soient libres de droit, sinon j'indique et même demande la permission au propriétaire, mais pour nos voyages ce sont toujours des clichés maison (sourire)
C'est un beau pays de pierres levées, assemblées, aux couleurs si changeantes...
Ah, le chant du bouc ! C'est autre chose que le chant du cygne car
étymologiquement « le chant du bouc » était ce chant religieux qui accompagnait le sacrifice du bouc aux fêtes de Bacchus. La racine vient de τράγος, « le bouc ». Pauvre bouc ! Déjà un substitut des vrais sacrifices : les sacrifices humains, comme quand Abraham arrête le bras de Moïse qui s'apprêtait (comme un con) à immoler son propre fils. Les Homo sapiens sont vraiment fondamentalement des barbares sanguinaires. Croire que les dieux réclament du sang, c'est vraiment une tare originelle. Quoi qu'il en soit, la stue du bouc est magnifique !
Toute la statuaire est remarquable en Bretagne ! Bien saisi Miguel !
La Bretagne, c'est un peu notre pays d'adoption, et comme je te l'ai écrit ce matin, puisque tu me parlais des Eléments, j'avais inclus dans mon article ceci, que je te restitue et qui dit à quel point pour moi la Bretagne est le lieu où se conjuguent les éléments fondateurs:
Mystérieuse Bretagne toute rassemblée sous le signe des Quatre Eléments.
L' Air si différent du nôtre, tour à tour sauvage, insistant, frais ou léger, qui vient gonfler les voiles ou présage l'averse.
La Terre envoûtante, fleurie depuis ses plages jusque dans ses ruines, dont les chemins ne terminent jamais leurs phrases pour notre plus grand plaisir.
Le Feu des couchers de soleils, des cheminées médiévales dont la couleur dorée éclaire encore les murs, ou des frondaisons des fougères. Le feu d'un peuple qui aima à dresser les pierres avec une ferveur encore perceptible.
L'Eau présente en tous lieux et sous toutes les formes possibles...
Oui, Homo sapiens n'est pas toujours sapient,mais que de beautés sortent de ses doigts lorsqu'il est inspiré...
Merci des précisions sur le chant du bouc, l'un de mes grands regrets est de n'avoir pas étudié les grec...
Bisous ma fée et surtout prends soin de toi... Babou*
quant au Golfe, il viendra, une bien belle promenade est encore en mémoire.
le guide c'est la région elle même
il suffit de la laisser nous charmer...
pour peu que l'on ne suive pas exactement les injonctions des guides touristiques mais se laisse guider par l'inspiration du moment.
Je te souhaite de pouvoir un jour t'y promener et puis t'y perdre...
Bisous Aimela et emrci pour le compliment des photos que je transmets à Michel
Merci à vous Angélique et à bientôt... ( pas de guide en vue de mon côté, au contraire j'en cherche et ai d'ailleurs trouvé il y a peu un guide des"100 plus belles balades en France ", magnifique!)