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Musique de la semaine

Arundo Donax

4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 09:37


Pour écouter le conte

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/Lanuitdesecrevisses.mp3&








Dans le premier étang du monde les Écrevisses  nageaient heureuses.

En ces temps là, les affaires de l'univers étaient molles

mou le fond de l'étang
mou le paysage qui l'entourait et dont les hôtes de l'eau ignoraient tout
mou le caillou encore en son enfance entre quelques herbes aquatiques
mou le noir qui enrobait ce qu'un jour quelqu'un nommerait le " ça "
mou le corps des Écrevisses
dont le ça qui les baignait décuplait les jeux et l'imagination
laquelle n'est autre qu'une forme de connaissance

Tout allait bien.

Un beau matin...

Un beau matin
Caillou découvrit que sa peau n'était plus aussi souple et accommodante aux jeux des Écrevisses qu'elle l'avait été jusqu'alors. Croyez-vous que cela lui fit de la peine?
Paaaaaas du tout !
Au contraire, il se sentit dépositaire d'une connaissance à lui seul réservée !

Dans cette ombre sauvage où tout mollêtre pouvait sans l'annoncer devenir un obstacle au ça-voir, les Écrevisses découvrirent qu'être  mou n'est pas toujours un avantage.

Peu à peu, par la seule force de leur pensée et aussi de l'usage, leur corps tendre se recouvrit d'une cuirasse. Et elles y prirent goût, les vilaines.
Ah... jouer dans la nuit de l'étang le premier du monde sans se blesser au moindre caillou.

Mais dehors... dehors...
Penchés au-dessus de l'étang le premier du monde des êtres à la peau nue écoutaient ces entrechoquis entrechocracs à peine étouffés par l'eau sombre.

Comme ils étaient malins, ils attrapèrent quelques unes des pauvres bêtes et sur le feu qu'ils venaient de découvrir quelques ingéniosités plus tôt,  les mirent à cuire.

Ô merveille des merveilles!!
Sous la langue de la flamme la chair des animaux devenait goûteuse et surtout leur cuirasse d'un rouge si rutilant que le plus rapide et musclé de ces êtres se saisit des débris abandonnés autour des cendres. Il s'en fit un collier puis vociféra jusqu'à ce que ses compagnons et compagnes se prosternent devant lui.

Celui là devint chef et ses fils à sa suite et ainsi alla le monde, les êtres nus se recouvrant d'une carapace plus au moins épaisse au fur et à mesure qu'ils subissaient le pouvoir de leurs chefs et du temps .

Hélas pour la suite de l'histoire, les Écrevisses eurent l'idée saugrenue de se munir de pinces et autres attributs pointus fort désagréables à qui était resté réticent à devenir rénitent ( j'adore ce mot ) .

Et les voici en grand tapage et farouchant les petipoissons de leur rostre.

Comme par enchantement et sans doute parce que tout ce qui vit communique,
au même moment sur la terre ferme, les êtres inventaient
mille objets pointus, écrasants, coupants, vies sciant, trompettants et trompant, à chaque fois plus méchants de leurres.
Et chacun persuadé de pouvoir posséder l'autre. Avant d'être obligé de peau-céder à son tour.

Bousculé de guerres comme la vase d'étang le Premier avait été bousculée de combats inutiles contre  un  caillou innocent,  le monde avalait la lumière, l'air, les herbes, les bêtes et les forêts.

Tout était devenu sec et dur et irrespirable.
Essayez de respirer quelque chose de dur, vous m'en direz des nouvelles...

Une nuit, penchés au-dessus de l'étang le Premier du monde
des hommes femmes et enfants épuisés de cette longue marche et du poids de leur certitudes sans compter celui de leur armure
se questionnaient soudain...

Qui avait poussé leurs frères en humanité
à préférer la course inconséquente et guerrière au S'Avoir
plutôt que la lente et sage promenade dans les bois feutrés de l'Être ?

A l'instant même où ces pensées atteignirent la tiédeur nocturne de la vase
les  Écrevisses, ayant enfin compris qu'à chaque fois qu'elles imaginaient quelque chose, celle-ci naissait quelque part, se défirent de leur cuirasse.

Et les humains en firent autant.
 
Sous l'Etant le plus vieux du monde
les aigres vices voyaient leurs heures comptées...











 

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publié par Viviane Lamarlère - dans Ecorces du monde
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commentaires

Terrienne 09/03/2009 15:36

bonjour, belle idée de lire les histoires, mais soit tu ne lis pas assez haut, soit ton système d'enregistrement est défectueux. Bref pour entendre ta voix, je suis obligée de pousser le son au max et donc d'entendre des chchchch dans mes écouteurs.A bientôt!                                                         :0025:

Russalka 09/03/2009 21:59


J'enregistre à partir du micro incorporé à mon vieux portable (sourire)
désolée de la mauvaise qualité ;o))


Le bateleur 04/03/2009 20:34

Un délice que ce conteet un plaisir d'entendre celle qui l'a tissé le raconter avec une gourmandise qui participe à l'appétit du lecteur auditeur.Quant à ce qui s'y ditbelle manière d'évoquer ce dont chaque cuirasse(y compris celle du trop plein de loi)ampute celui qui l'accepte.Mettre la vie à distance n'est pas la meilleure manière de sentir la vie.___Cuir assez ! car a pas sonnépour l'isolé

Russalka 05/03/2009 09:01


Merci Luc

D'avoir pris le temps d'écouter et de lire
Oui, gourmandise et plaisir de donner

Merci aussi du jeu de mots à la fin
les mots sont faits pour jouer avec eux



marlou 04/03/2009 20:24

Un conte plein de sagesse

Russalka 05/03/2009 08:44


merci Marlou
la sagesse étant chaque jour par toi posée par petites touches sur ton blog
ce compliment me touche d'autant plus


Merlin 04/03/2009 14:04

Quand la première écrevisse creva de vice aux Écréhous, le premier écrou-vis fit son apparition en méchanique céleste et c'est à ce moment que l'on entendit le premier cantique à la gloire de la mécanique quantique à laquelle Kant ne connaissait rien.Dans la symbolique de l'écrevisse il ne faut jamais croire ce qu'elles nous disent en aigre vice language, car on pourrait croire qu'elles en pincent pour nous alors qu'en réalité elle s'enroulent dans leur moi avec leur surmoi, sans le moindre émoi et leur ça est ailleurs car avec leurs dix pattes de décapodes, elles se carapatent et s'incrustent assez pour devenir crustacés. Elles n'ont pas le complexe d'oeufs deep, elles ! ÉKREVEISS ? Ah, ces mots d'origine franque, comme ils sonnent dur à nos oreilles tendres !

L'aigre vice de Louisiane est en train de décimer nos aigles vices ( no vices) à pattes blanches à cause d'un champignon dont elles sont porteuses. Nous aimerions qu'elles crevassent ces écrevisses que nous ne consommons cajun. Dans le Blayais, on trouve 2 ou 3 tonnes de ces carnassières à l'hectare !Quel joli conte métaphorique Vivianesque à noyer dans la symbolique du tarot !Finalement dans mon assiette, je les préfère décortiquées, quand elles ont été dérobées, avec un peu de mayonnaise,d'aïl et de persil haché fin fin fin. Je me souviens que ton chat avait dit "C'est bien trop rouge et bon pour des goujats !" Fit-il pas mieux que de se plaindre ?Écrevis sans fin !

Russalka 05/03/2009 08:41



Avant toute chose, je dois dire Bravo!! bravo pour tous ces jeux de mots qui roulent comme petits cailloux dans le gave de Pau et dont le sens fait toc toc dans mes yeux, dans ma tête et dans mes
oreilles ;o))
Ô Merlin, comme tu es stimulant pour la fée qui sommeille
et n'aime rien tant que jouer avec les mots.

...

Une écrevisse vicieuse dites vous? Dites,  êtes vous sûr,
mon bon ami ?  A mi-parcours des Ecréhous, sous l'eau s'entendent
de frais glouglous. Gloussant sans doute toutes ensemble
sang bleu m'en semble elles étaient. Et, té, dans cent 'tits mètres d'eau
trouvaient leur maître sur son dos: un homard à l'Armoricaine
se gaussait de l'arraison pure d'un chat luthier qui passait là...
Un chat quantique, bien entendu, dont les mousses tachent le ballet Pont
des rables blancs d'autres best yoles.

C'était la course en ces temps là pour rallier
tricoti tricota
l'île de jersey aux Écréhous.
Et le point, mousse, hayon fermé, se faisait sous la mer
en compagnie de crustacés.

Hélas le chat, raie incarné comme il se doit en physique à quantique
laissa couler de son ment-chat ballet
les vis qui tenaient attachées la théorie des cordes
voilà pourquoi, mon cher ami tout est d'la faute des écrevisses
mais en bonne physique quantique
elles en sont innocentes ;o))

La photo est un délice , nos étangs en sont pollués eux aussi et elle décime les écrevisses indigènes. Et il n'y a hélas, de raie publique pour porter secours à ces dernières. Ce monde dévisse
;o))

Merci merlin du commentaire délicieux et plein de rebonds comme je ls adore..


aimela 04/03/2009 11:23

Très  joli conte  admirablemet  dit, bravo  Viviane , c'est vraiment agréable

Russalka 05/03/2009 08:44


Merci Aimela, c'est plaisir de faire plaisir, vraiment.


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