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Musique de la semaine

Arundo Donax

20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:51


En écho à ce texte de Luc sur l'Al Manach






Aux alentours de la grange flottaient encore les miasmes de l'atroce flambée.

Elle, avait échappé au carnage. Cachée derrière les arbres, elle tentait de comprendre ce qu'elle savait déjà.
Ces âmes envolées dans les flammes de la nuit du 12 mars
qui sait où elles erraient désormais?

Entre l'Ange et le Diable, il y avait bien peu de différences. Elle-même, pour épargner à son dernier né les affres de la faim, ne l'avait-elle pas saintement étouffé?
En dépit de l'horreur qui l'entourait de toutes parts,  elle éprouvait de la compassion pour cette femme qui, quoi qu'elle ait cherché à acheter sur cette terre à travers tous ses dons, leur avait permis quelques temps de survivre. Elle pensait surtout aux nuits qui suivraient cette nuit, aux images d'épouvante et de remords. A ceux qui avaient survécu et traîneraient en la moindre parcelle de leur chair la honte d'être encore vivants.

Elle pensait à ces savants dont les pourpoints brodés tintaient des clefs de tant de bibliothèques. Leur visage grave en ce matin, leur pas égal foulant les cendres encore chaudes semaient mille pensées contradictoires dans son coeur de payse ignorante des lettres mais dont le bon sens ne lui mentait jamais.

L'un d'eux avait crié " La sainteté c'est une folie! Elle n'est pas de ce monde ".
Et chacun d'acquiescer devant son autorité.
Mais elle, dans son coeur de terrienne savait que ce cri là se noierait bien vite dans les courbettes courtisanes.
Elle, dans son coeur de femme meurtrie savait que depuis la nuit des temps des hommes ou des femmes entraînaient dans leur sillage fou des hordes d'êtres humains que la seule espérance de gagner le paradis ou une simple galette pour apaiser leur faim faisaient se mettre en marche vers tous les carnages.


Non! se dit-elle. Non! La folie est de ce monde et si la sainteté est une folie, la sainteté est aussi de ce monde.
Sainte
Folle
Meurtrière
Un être humain. Entre l'Ange et le Diable. Si simple de basculer.

Elle regardait l'idiot du village s'affairer à ramasser dans les décombres fumants les restes de ces centaines de pauvres sacrifiés à une sainteté qui ne supportait plus l'ampleur et surtout la durée de sa tâche.
Lui, le mal bâti, le sot, la presque bête, celui que tous moquaient, guidait les va-et-vient de quelques habitants du village voisin et des gardes de Dame Mahaut.
Sur l'aire où l'on battait le blé, à côté des fléaux, il entassait lentement une pyramide macabre et encore odorante. Sous le poids des ossements il chutait, puis riant se relevait encore et chutait à nouveau. Et quand tout fut fini, il s'en fut en courant.

Le Saint, pensa-t-elle, c'est celui qui donne et s'enfuit pour ne pas voir son don.

Qui ne donne qu'un instant. Qui ne donne qu'idiot et toujours sans mémoire.
Qui ne donne que tombant.

Il y avait trop de miroirs dans les palais de Dame Mahaut. Il avait fallu qu'elle les brise peut-être.
Elle, femme du peuple parlant à peine et ne sachant des grands châteaux que les murailles épaisses et toujours ravaudées, elle se sentait si proche du pardon . Et de l'inquiétude.
Un jour quelqu'un dirait bien mieux qu'elle que le saint n'est qu'un homme qui balance sans cesse. 
Se sait-il pur qu'il chûte. Mais chûtant et sachant, comme l'idiot il se relève.
Et puis un jour s'enfuit.

Ou bien ayant sondé ses ténèbres, s'y précipite enfin.


Entre deux des prières qu'elle ne cessait de balbutier depuis l'aurore, il lui vint que, devenue meurtrière, ravalée au rang des maudits, des derniers de ce monde, Dame Mahaut avait peut-être franchi délibérément ce seuil sans retour en espérant  y acheter dans l'au-delà une place aux côtés du Père.


Un jour, il leur faudrait partager les richesses de cette terre, que les foules de gueux puissent enfin suivre leur propre caravane.

Un jour, il leur faudrait réclamer le temps de la raison
la fin de tous les dieux.








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publié par Viviane Lamarlère - dans Hommages et échos
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commentaires

Mony 21/02/2012 21:01


"L'enfer est peuplé de bonnes intentions" disait ma mère

Russalka 22/02/2012 10:05



 


Et c'est une vérité toujours d'actualité , hélas... Mille merci Mony!



Miche 21/02/2012 04:01


"L'homme retrouve l'innocence quand il retrouve le sens de la marche"


Oui !


 

Russalka 22/02/2012 10:04



 


Contente que tu aies pioché cette phrase qui me tient tant à coeur ;o)) Merci Miche, l'enfance, c'est apprendre... à
marcher!



ulysse 20/02/2012 22:51


Qui est saint , qui est fou qui est sage ?  Qui peut en juger ? On s'est cru sage de renoncer à telle action et l'on s'aperçoit 20 ans plus tard que l'on a été fou ...Est -il saint celui qui
n'a pas de besoin et pas de tentation ?

Russalka 22/02/2012 10:02



 


La difficulté, en ce monde qui devient binaire est de ne aps céder à cette tentation du tout blanc/tout noir. Accepter
la grisaille pour sa multitude de nuances. Mille merci Ulysse...



Merlin 15/03/2009 19:30

La pureté et l'impureté sont personnelles. Nul ne peut purifier autrui.Mais "la pureté est le pouvoir de contempler la souillure", et ça, c'est Simone WEIL qui le disait dans "La pesanteur et la grâce".Dans ce cas, j'ai peur d'avoir conservé toute ma pureté, car plus j'avance dans la charrière de ma fin de parcours, plus je vois de la souillure autour de moi, à tous égards.Mais, recherchons l'intention de la charité chrétienne, très proche des charités des autres religions monothéistes qui aiment aussi la pureté dans les rituels, les ablutions ou autres purifications de toute nature, face aux aliments haram ou non-casher également...Je trouve que la charité chrétienne — que je connais trop bien — pour la voir à l'oeuvre depuis plus de 63 ans, est une abomination de l'esprit. Donner quelque chose pour acquérir des indulgences ou des avantages dans l'au-delà, pour "sauver son âme" donc, c'est le sommet de l'acte intéressé, avec un calcul bien égoïste et cyniquement hypocrite.Je pense que la vraie solidarité désintéressée est beaucoup plus saine : pas de recherche de sainteté mais une empathie vraie pour ceux qui sont en besoin d'un "coup de main", de voisins ou d'amis.D'ailleurs, dans une société redistributrice, égalitaire et donnant du travail, (donc la même dignité) à tous, cela n'a aucune raison d'exister. Or, le christianisme encourage la réussite personnelle quitte à montrer après qu'on a de quoi comme disait François MITTERRAND, parlant de son ami Roger Patrice PELAT.- Dieu, si tu m'entends, dis-moi comment tu distribues les fortunes et les infortunes...Mais pourquoi ne réponds-tu pas ?Les voies (voix) du Seigneur sont impénétrables.Allons, tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.

Russalka 15/03/2009 21:34



Ton commentaire me touche à plus d'un titre. D'abord cet écho du livre qui entamait mon petit texte. Je ne sais si la pureté donne des
droits ou des pouvoirs, mais il est certain que le monde dans lequel nous vivons n'est pas jojo à regarder. Quant à le contempler, je dirais comme toi que la souillure est telle qu'on a envie
très vite de regarder ailleurs.
Je pense en particulier à ces pauvres personnes tuées en Allemagne par un gamin de quinze ans, déséquilibré par le monde virtuel dans
lequel ses parents le laissèrent s'enfoncer et cette confusion que créent nos technologies entre réel et virtuel; Les religions donnent les mêmes illusions et conduisent aux mêmes confusions qui
oublient la chose la plus importante qui soit: LA VIE. L'inestimable, le sans prix d'une vie humaine.
J'avais vu à la télé ( que je ne regarde plus, elle ne marche pas de toutes manières) il y a quelques années une émission remarquable
autour de Jacques le Goff qui présentait son ouvrage " la naissance du
Purgatoire " et le lent cheminement des pères de l'Eglises qui , au départ souhaitaient pour leurs fidèles davantage de justice sur cette terre, mais au fil du temps se sont rendus
compte que cela remplissait bien leurs coffres que de promettre des lendemains qui chanteraient : l'odieux temps des indulgences que l'on achète surtout... pour soi.

Oui, donner pour sauver son âme, c'est le comble du cynisme et de l'hypocrisie. A vrai dire, j'étais toute jeune lorsque j'ai cessé de
croire en Dieu. On m'avait imposé dès la sixièmle une école religieuse ( les dames du Sacré Coeur, soeurs missionnaires en Afrique) et catéchisme et tout le tintouin, moi j'allais en douce manger
les tubes d'hosties non consacrées ( et même les consacrées d'ailleurs...) car j'adorais le pain azyme ;o)), bref... Lorsque à huit ans ( j'avais huit ans en 6ème, hé oui) je voyais ces gensses
là qui s'étaient " donné la paix" dans l'église et qui sur le parvis se disaient pis que pendre, ceci ajouté à l'arbitraire de la mère supérieure et à la mauvaiseté du curé, j'ai décidé que je
croirais aux plantes, aux oiseaux et aux cailloux.
Oui, le Christianisme version protestante ( alors que si tu savais ce que j'ai aimé les prières de Saint françois d'Assise...) est le
modèle prégnant dans nos sociétés de plus en plus inégalitaristes et on  ne peut aps dire que els autres religions soient très tentantes. Franchement.

Je comprends à mi mot que Séguéla avait déjà la même obsession du temps de son premier maître que des suivants: montrer qu'on a de
quoi  ( il n'est pas mort vaguement suicidé, Pelat?) Montrer qu'on a de quoi payer un WE à sa femme, ou une roleix ou je ne sais quoi.

Les tuer tous? Même Dieu n'en voudra apas, plutôt le Diable et encore...

Ce monde est désespérant.

Bisous Merlin et excuse le retard à te répondre, j'ai jardiné avec Miguel toute la sainte journée, il a fait beau finalement, et la seule chose que nous ayons brulée, nous, ce sont des ronces et
vieux papiers ;o))



Valentine :0056: 14/03/2009 18:33

Comme l'illustre si bien le dies irae du Requiem de Verdi, les âmes des musiciens sont presque écorchées vives, et éprouvent les passions beaucoup plus vivement que la plupart des autres Celles des poètes aussi puisque Hugo était proche de la folie, et que Rimbaud s'en vantait également - mais aussi de la "sainteté" !

Russalka 15/03/2009 21:37


Oh oui, tu as bien raison, les musiciens sont des chairs sans peaux comme dit un ami.
J'aime infiniment ce Dies Irae, dans la version d'Igor Markevitch qui est introuvable, c'est une splendeur avec Nicolaï Gedda au ténor.

Je ne savais pas que Hugo était proche de la folie, c'est drôle, je le voyais au contraire très près de l'humanité raisonnable, très militant, très engagé dans le bon sens.
En tous cas, promis, je ne brûlerai rien que ce que j'ai brûlé aujourd'"hui. Bisous Valentine et à demain, je viendrai te lire alors, quoique aie déjà eu un aperçu mais pour le cadeau que tu nous
as offert, veux prendre mon temps...


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