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Musique de la semaine

Arundo Donax

13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 07:50

 

 

 

 

Un conte pour petits et grands...



Approchez-vous, vous y verrez bien mieux... Tout le monde est bien carré, euh, je veux dire calé dans son fauteuil? Alors on peut commencer!


Au début des temps

tous les êtres vivants,

qu'ils soient de plume, de peau, d'écailles ou de poils, ouvraient fermaient les yeux comme vous et moi. Leur pupille était ronde comme la terre dont ils ignoraient tout, ronde comme la roue pas encore inventée, ronde comme le cercle autour du feu les nuits de grands froids.

Les Chèvres et les hommes vivaient en bonne intelligence.

- Donne-moi ton lait, donne-moi la chaleur de ta fourrure, garde pour toi tes cornes
disait l'homme

et les chèvres acceptaient de bonne composition.
Car en retour les Hommes les menaient sous leur protection en des lieux où poussaient de douces nourritures.
Jamais il ne serait venu à l'humain de ces temps là l'idée sauvage de tuer une chèvre. Il faut dire que son ventre toujours rond, son parfum délicat, ses mamelles toujours pleines et ses grands bonds joyeux donnaient à l'existence de ces temps reculés une gaieté qu'elle a perdu.


Par chemins fous allaient les chèvres
laissant traces petites et noires
et les hommes les suivant chantaient " Par chemins par chemins nous suivons nos chèvres!"

Un jour l'une d'elle se perdit.
Il fallu trois lunes pour la retrouver fort loin du village. Ne restait d'elle que sa peau, étrange, sèche et luisante.
Les traces laissées par les dents du loup ( car c'est un Loup qui l'avait tuée) leur racontaient
que son cou s'était tordu souvent en direction du village
qu'elle s'était cabré avec force vers le ciel
et autant de coups de cornes qu'il y a d'étoiles.

Elle avait bien combattu avant de s'abandonner.


Après avoir beaucoup pleuré
les hommes s'en revinrent avec insouciance en chantant " Par chemins par chemins nous perdons nos chèvres. " Le troupeau entendit de loin ces paroles. Elles le mirent en telle rage que quelques chèvres s'en furent et ne revinrent jamais.

Colères à leur tour furent les hommes qui perdaient l'un après l'autre leur coussin douillet au parfum délicat et aux mamelles généreuses pour la tribu. Colères et inquiets.

Une nuit  leur suffit pour trouver le remède.
De bric et de broc
de cric et de crottes
en faisant grand tapage
ils construisent une sorte d'enclos
là où l'herbe pousse et aussi le ruisseau.

Et hop un grand coup sur un piquet puis deux puis trois puis dix tous alignés
et la pupille ronde des chèvres réveillées en sursaut s'aplatit sur le côté droit
et hop un grands coup sur un piquet puis deux puis trois puis trente tous alignés
et la pupille ronde des chèvres étonnées s'aplatit sur le haut
Et hop un grand coup sur un piquet puis deux puis trois puis dix tous alignés
et la pupille ronde des chèvres effrayées s'aplatit sur le côté gauche
et hop... quoi, vous savez déjà la suite???

Au petit matin, attrapant leurs chères amies les chèvres
les enferment dans leur nouvelle maison avec une corde au cou
pauvres d'elles habituées aux chemins fous
et à sauter partout !

A force de contempler jour après jour la forme étrange de leur nouvelle maison ( l'ancienne s'appelait Liberté) la pupille des chèvres fut tellement impressionnée qu'elle ne ne retrouva plus  sa forme originelle.
Les hommes furent longtemps intrigués de ce regard qui semblait vouloir les capturer dans ses coins et peut s'en fallut qu'ils y vissent l'oeil de quelque diable cousin du chat, du serpent ou du crocodile! Puis ils oublièrent cette question.

Mais les chèvres transmirent à leurs petits leur pupille étonnante ainsi qu'une grande méfiance définitive et très justifiée des hommes.

Car pendant qu'elles tentaient de se défaire de leur attache,

les hommes chantant " Par chemins par chemins nous trouverons des pointes plus aigues que les crocs du Loup " -après s'être quelques temps entraînés sur des cailloux puis des feuilles de papyrus- avaient laissé germer en eux l'envie d'inscrire eux aussi des histoires sur des peaux séchées par le temps.

Depuis les chèvres sont devenues très désobéissantes. Elles n'aiment que l'eau qui coule de sa source à la mer, les musiques qui se donnent sans passer par ces récipients que les humains apprirent à fabriquer avec leur peaux et leurs os aussi et puis la poésie qui s'écrit en vert entre deux cailloux.

Et si je vous demandais... A qui la faute?

Vous me diriez
la faute aux graphes
et vous aurez bien raison!





Pour en savoir davantage sur les yeux rectangulaires de certains animaux...




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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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commentaires

Nath 30/04/2011 20:34



Toute, toute petite, je suis, je me retrouve, avec délice, avec malice et les yeux qui pétillent...écrit pour être lu , oui, que la voix vienne s'y abreuver, c'est réellement magnifique et je
souris en pensant que sur cette terre , tout espoir est encore permis de croiser de belles âmes...je suis enchantée et quand je le suis, je l'exprime...( et il y a ici tant de germes et de
pousses colorées, que ma promenade n'en est qu'à son début !!!)



Russalka 02/05/2011 09:31



C'est gentil Nath, je mets en lien votre blog sur ce navire chargé de pousses ;o))



Mony 15/04/2011 21:20



Tu as l'âme d'une conteuse, chère Viviane, tu sais me faire rêver et me perdre dans les collines, là-bas, si loin d'ici. Quel délice ce doit être pour ton petit Maxou !


Merci et bises, Mony



Russalka 16/04/2011 09:57



Tu es adorable, Mony, mon petit fils je l'attendais aujourd'hui mais la voiture de Bruno lui faisant des siennes, ce ne serait pas
prudent et donc remis ... à une autre fois!
Merci à toi d'avoir aimé...



aimela 15/04/2011 14:26



Un joli conte à dire aux enfants et aux ...grands



Russalka 16/04/2011 09:56



Tu as raison, les grands aussi ont droit, non mais des fois !! ;o)) Bisous Aimela et merci!



emma 14/04/2011 12:47



ta façon de conter est captivante... sacrée histoire  ! Emma



Russalka 16/04/2011 09:55



Ah, ça c'est super gentil, Emma, merci ;o))



Valentine :0056: 14/04/2011 10:19



:0070: Vraiment superbe, ce conte qui mêle la vérité au rêve, la poésie à l'humour, la fantaisie à la narration... Un véritable petit bijou du genre ! Permets-moi de
te l'emprunter pour le lire à mes petits-fils... (Car, ajouterai-je, il est fait évidemment pour être "dit" à haute voix, comme tout véritable conte qui se respecte !)



Russalka 16/04/2011 09:52



Avec grand plaisir, Valentine! Je n'ai pas eu le temps de le mettre en voix, mais dès que le soleil qui brille incessamment et
m'attire au dehors se cachera, promis, j'enregistre le conte et le mets en ligne!



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