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Musique de la semaine

Arundo Donax

20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 13:17





- Docteur, comment ça s'attrape, l'illusion, et suis-je condamné à en être le jouet, jamais le maître? Et puis, pourquoi ne parle-t-on jamais des illusions futures, hein?

- Parce que dans le futur, cela s'appelle " espoir ".


- Ah... Et pourquoi ne sais-je jamais que dans l'après- coup que j'avais été victime de mon illusion? Pourquoi ne le sais-je jamais au moment où, afin de m'en garder?


- Parce que si tu reconnaissais être présentement dans l'illusion, tu ne serais pas loin d'être pris pour un menteur... qui dit la vérité! Et puis, il est si difficile de se regarder de l'intérieur comme on contemple le monde.


-Ah... Et si je considérais que je suis un autre...


- Serais-tu poète?


- Non, juste pour comprendre comment cet autre que je crois connaître et qui s'appelle Moi peut se laisser si aisément prendre à ses peurs, ses désirs d'enjoliver, ses rêves.


- Peut-être es-tu toi même une illusion? Qui sait!


- Certes, mais ce qui m'importe est de bien conduire ma vie, sans trop de souffrances, ni de désillusions.


- Pourtant il est des illusions qui te réjouissent.


- Comment en  faire le tri? J'aimerais aller toujours vers la vérité, mais celle-ci est si souvent triste ou banale.


- En filigrane à ta question première se trouvait une autre question. Tu me disais " Suis-je condamné ". Ou pour le dire autrement " Existe-t-il un espace dans lequel je puisse échapper à la fatalité apparente de l'illusion ". Tu poses alors la question de ta liberté et celle de la valeur de l'illusion, ce système de croyances qui permet aux humains de supporter un peu mieux les impasses de la Vie.  Certains de tes congénères, d'ailleurs, préfèrent toujours la vérité dans sa dureté tranchante à l'illusion sécurisante. Ils peuvent même en devenir amers... D'autres s'arrangent pour ne pas voir. Quelle mauvaise foi!! D'autres encore sont encombrés de doutes et se consolent en se disant que dans la vie, " Il faut croire un peu en quelque chose " . D'autres enfin  trouvent la réalité si laide, à en avoir la nausée, qu'ils se tournent vers ce qui peut l'enjoliver. Autant d'êtres, autant de manières. En vérité, nous sommes tout cela à quelques nuances près et parfois en même temps. Au fond, apeurés de notre liberté.


- Je me rends compte que je suis partagé. Avide de regarder la vérité en face et préférant...


- Par paresse! 


- Oui, paresse, adhérer à mes chimères.


- Si tu reconnais leur nature illusoire, elles peuvent t"aider à aller plus confortablement dans le sens de la Vie.  


- La bonne illusion serait donc  celle dont je prends conscience en tant que telle et qui me permet de grandir, mûrir, m'affirmer. La mauvaise serait celle qui m'entretient dans...


- Que tu entretiens pour.... N'oublie jamais que tu es capable et libre de poser sur les faits un regard lucide et raisonnable.


- C'est bien ennuyeux de toujours regarder les faits avec un regard raisonnable! Nous ne sommes pas tous nés pour être scientifiques.


- D'abord que sais-tu des aptitudes natives de chacun? Tout est peut-être simplement question d'éducation. Et puis, tu vois comme tu es contradictoire, tu voudrais ne plus être le jouet de tes illusions et pourtant tu les réclames comme condition de la création permanente de ton être. 


- Dans un cas comme dans l'autre, je me mets au centre...


-Absolument, et c'est une des principales illusions humaines. L'homme a beau savoir que l'univers n'a pas de limites, que son soleil se trouve à l'orée d'une galaxie, que la terre tourne autour de ce soleil et que lui même n'est rien sur cette terre, il ne peut s'empêcher de se voir, souvent comme au centre de ce système. Un peu comme s'il voulait éviter de ressentir cet amer savoir que l'on tire du voyage.  Or la réalité ne se montre jamais sous toutes ses facettes. Et plus nous en comprenons les dimensions, plus ce savoir explose, et plus il devient clair que l'appréhender n'aura, comme l'univers, aucune limite. Ce que nous croyons illusion aujourd'hui peut se révéler à l'usage être une face de la réalité que l'entendement ne décryptait pas. L'humain va de deux pas en deux pas: le monde lui parait clair, puis il lui est obscur, avant de redevenior clair et ainsi de suite. L'illusion procède de cela. Moteur et frein.


- Le mirage est donc indépassable...


- Tout dépend du prisme avec lequel tu regardes ce que la précipitation te ferait ranger dans la catégorie " illusion". Pour ce qui est de ta dépendance à l'illusion, tu as le droit de rêver, d'imaginer, d'échapper de temps à autre au réel afin de te re-fonder. Tant que ces échappatoires ne te coupent pas de la réalité. Tant que tu sais qu'il s'agit de rêves et tant que ces rêves te donnent énergie pour vivre, pourquoi les condamner? Il t'est tout à fait possible de rêver éveillé, à condition de savoir que ce n'est que du rêve.


- Donc je ne suis pas condamné à être le jouet de mes illusions, mais je peux ... jouer avec elles?


- Bien sûr, je te le répète: Tu es libre de rêver, imaginer. Ré-enchanter ton monde. Mais souviens t'en, ce jeu a des limites. Il ne doit pas t'empêcher d'agir dans la vraie vie et dans l'intérêt de tous ( et même le tien propre: une peur sans fondement à laquelle tu t'attaches peut te paralyser aussi sûrement que le venin d'un serpent). Tu n'es pas seul au monde et d'ailleurs tu peux aussi compter sur le regard que les autres portent sur toi afin de te désabuser. Ils sont l'espace de ta liberté, aussi. En retour, souviens-t'en aussi, dans ta quête à chasser l'illusion, à trier les informations utiles et pertinentes afin de les rendre accessibles aux autres, garde présent en ton esprit que la vraie libération n'est pas celle qui convertit chacun à la vérité à tout prix, mais celle qui travaille à changer un monde de plus en plus enclin à n'offrir... que de l'illusion.






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publié par Viviane Lamarlère - dans Mes Philosophes
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commentaires

Merlin 22/06/2011 18:00



Quand on a des illusions. Il faut aller consulter un illusionniste. En deux ou trois tours de passe-passe, il vous débarrasse de toutes vos illusions...
;o))


Plus sérieusement, je pense qu'il y a une part nécessaire d'illusion dans la vie. C'est le rêve. Mais être condamné à se faire des illusions sur soi, c'est
trop top comme idée !


On en revient encore une fois à la problématique de la Caverne de Platon : si nos perceptions sont des illusions, la construction de notre moi-même ne peut
donc être qu'illusions elle aussi...


Pour se libérer de cette prison perceptive, il faut sortir de la caverne, de toutes les cavernes et ce, le plus tôt possible. Y compris celle des petites
lucarnes cathodiques ou plasmatiques qui déversent des images aliénantes ou illusoires. Il faut prendre sa liberté et s'octroyer tout son libre arbitre. Être une illusion ou un ectoplasme, un
mirage ou une apparition ? Non, merci, je viens de me pincer : c'est moi qui ai eu mal.


Ne pas mettre en doute ses sens, ses sensations et user de sa conscience en toute occasion. Voilà le vrai remède pour ne pas sombrer dans les chimères
!


Bon, bien sûr au plan métaphysique, au regard des temps géologiques ou du time code de l'Univers qui est déjà une vieille barbe de plus de 13 miliiards et
demi d'années, nous sommes moins qu'une illusion, certes. Mais il reste que j'aurai eu conscience d'exister et de faire des choses pendant 7 ou 8 décennies (80 tours autour du soleil). Juste une
illusion ? Non, le mot est mal choisi. Juste un petit passage sur le théâtre de la Vie, ce merveilleux secret de l'Univers. Et ce n'est déjà pas si mal.


Ah, non ? Ce n'était pas vrai ? C'était juste un rêve ? Allons un peu de sérieux cher créateur ! J'ai des preuves bon Dieu : des photos, des écrits. Je le
jure. ;o))



Russalka 23/06/2011 08:28



(


sourire) c'est délicieux et profond ce que tu écris là. Je te rejoins, quelquefois les formulations des questions
philosophiques peuvent prêter à sourire si on le prend au mot! Sortir de la caverne est ce que je suggère, un peu, dans l'idée des vérités que l'homme conquiert lentement mais sûrement sur
l'ombre de la caverne, de ses préjugés, de ses croyances ou peurs. C'est aussi dans cette générosité ( que tu connais bien pour la pratiquer aussi bien avec les amis qu'avec tes élèves) de la
transmission de ses propres savoirs avérés, tout ce qui permet de se sortir de la faiblesse de l'illusion et de la chimère.
Oui, prendre sa liberté, mais ce n'est pas toujours simple car l'homme est souvent paresseux et ne veut pas toujours voir plus loin que le bout de sa paresse ( ou son nez...) . TU poses quelque
chose d'important: ne pas mettre en doute ses sensations et ses sens. C'est tout le travail de l'hypnose qui cherche, face à des pathologies aussi diverses que des stress post traumatiques, des
angoisses liées à histoire personnelle douloureuses ou simplement des douleurs chroniques ou phobies, à remettre en lien constructif et apaisé nos sensations (c'est à dire notre relation à nous
mêmes, si souvent oubliée ou majorée) notre aptitude à penser de manière posée et mesurée ( c''est à dire notre relation au monde  si souvent abîmée par les pressions diverses de
l'environnement) notre relation à l'autre enfin qui est traversée de peurs ou d'attentes. Jankélévitch écrivait à la fin de son beau livre " La Mort " qu'il valait miux avoir vécu que n'avoir pas
été. Même si ce vécu aboutissait au néant, il nous restait le privilège d'avoir pu, le temps d'une vie, exercer notre libre arbitre et nous émouvoir de ce monde et aussi y travailler... Mille
merci de ton beau témoignage humain, si humain ( en paraphrase de humain, trop humain...de Nietzsche ;o))



aimela 21/06/2011 09:06



c'est beau de vivre dans l'illusion mais la triste réalité nous attrape bien cruellement. Certaines personnes bien fragiles  n'y résistent pas  malheureusement



Russalka 22/06/2011 08:21



 


Oui tu as raison, il faut savoir raison garder et reconnaître leur nature de rêves... aux rêves! Bises



Miche 21/06/2011 06:39




Je pense qu’en raison, qu’en perception, nous ne pouvons que l’illusion, une représentation du réel.



La matière est vide, et le vide énergie… et pourtant nous voyons des formes, jamais les mêmes, jamais au même instant.



Cela fait un si beau mystère, vibrant...



 



Merci Viviane pour ces sujets à se réfléchir.




Russalka 21/06/2011 09:11



 


Souvent je me demande de qui nous sommes le rêve... Cela rejoint ta réflexion, et pourtant notre monde se décrypte
lentement, qui sait, un jour peut-être nous dira-t-on que tout ceci n'est que particules de lumières? Merci de cette amitié pour le mystère, et les vibrations de l'ombre.



Mony 20/06/2011 16:29



Si nous n'avions pas d'illusions que serait notre liberté ?


Et si nous n'avions pas de liberté que seraient nos illusions ?



Russalka 21/06/2011 08:56



 


Ah, jolie synthèse et jolie réflexion, Mony. Sans illusions, nous ne serions en effet peut-être pas aussi libres et
enclins à créer, imaginer, nous projeter. Et sans liberté, nous n'aurions pas le droit de rêver.



Joubert 20/06/2011 16:01



Pascal disait  - de mémoire - " Nous ne vivons jamais mais nous espérons de vivre et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais." 

Notre futur recule. De là à penser que nous fuyons la réalité dans le divertissement. Je suivrais assez Pascal sur ce point.

Beau dialogue, riche.

Amitiés,

Joubert



Russalka 21/06/2011 08:42



 


Merci Joubert, je ne serais pas aussi pessimiste que Pascal, convaincue que je suis qu'il faut se contenter de peu
dans cette vie pour être heureux... Ne pas envier autrui, aimer ce que l'on possède, se projeter vers autrui plutôt que vers un bien vivre égoïste , si tristement égoïste.Mais vous avez raison,
le futur angoisse l'homme et pour cause: la mort au bout et la question " Tout ça pour ça?"



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