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Musique de la semaine

Arundo Donax

28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 23:45




Toi l'Animal
arraché à sa niche

tu ne sais pas ce que veut dire le mot dénaturé

mais derrière tes barreaux tu balances ta peau
et dans tes yeux

un quelque chose de la nostalgie
qui envahit les hommes
d'un monde sans travail

sans effort ni monnaie.

              Autrefois je vivais dans le jardin d'Eden
     j'allais nu.

        Puis chassé je connus
           le vêtement serré et l'envie et la haine.

    Je ne possédais rien je me contentais d'être
      mais la pauvre fenêtre le toit de mon voisin
     ont fait germer en moi des envies de peut-être...

Nature. Contre Culture.

Antériorité de l'une sur l'autre. Ou pas? Deux territoires différents. Etroitement imbriqués. Guerres incessantes et triples. Terre vierge/travail de la terre. Mémoire vierge/accumulation de savoirs et pratiques. Espace vierge/ville ou civilisation.

         Qui es-tu, toi l'homme naturel?

Ce qui est naturel chez l'humain, c'est d'abord sa nudité. Sa fragilité. Semblable à celle de l'oisillon. Le mammifère qui vient au monde sait au bout de quelques heures courir derrière le troupeau pour échapper aux prédateurs. Il faut des années de soins dispensés par sa communauté de vie pour que le petit d'homme puisse aller de son propre pas autonome et libre.
Il n'est donc pas question pour lui de dénoncer, comme le fit H.G.Thoreau,  ce monde où la première entrave serait la transmission culturelle. Pour l'ermite américain, la véritable humanité ne pouvait se concevoir que hors de ce qui la tenant à l'écart des rythmes de la nature la promettait sans joie ni espérance aux contraintes sociales, au travail aliénant, aux compromissions et promiscuités.
Choix d'homme devenu homme et qui disposait du langage pour formuler ses choix.

Car ce qui est naturel chez l'humain c'est aussi le langage articulé, qui l'éloigne du cri.


D'ailleurs, ce qui caractérise l'homme, c'est tout à la fois cette nostalgie d'une nature primordiale perdue et son éloignement progressif de cette mère Nature. D'où la tentation tenace de la critique de la culture en ce qu'elle aliènerait le naturel chez l'homme ( ce naturel qui n'est jamais de bon aloi quand il revient au galop selon le proverbe...) et le rêve un peu fou de lendemains édeniques qui viendraient contredire les peurs, conforter le besoin de sécurité, permettre le vrai bonheur, ce mythe.

           Je vivais dans un abri et c'est au chant du coq
                  des oiseaux ou de la rivière
     que je me réveillais.
           Puis vinrent les stridences, les mécanismes d'horloge.
                Je me serrais contre les arbres
      il n'y a plus de forêts
                une main invisible les a décapitées.

Qui es tu, toi l'homme, face à l'animal?


Comparons le monde animal et le monde humain à travers quelques caractéristiques.
L'homme nait nu mais il sait recouvrir son corps de peaux puis de vêtements de plus en plus élaborés. L'animal ignore cela. Mieux, l'humain peint à même sa peau et la recouvre ainsi, de mille manières et dessins, de culture. Marcel Mauss avait répertorié ces techniques de recouvrement du corps qui sont totalement et définitivement étrangères au monde animal et signent la singularité humaine très précoce quoique variée dans les formes et dans son histoire universelle.

L'homme est habité d'instincts mais il les police, les détourne, tranforme, transcende car il est apte à se projeter dans le futur et être envahi du passé et de ses remords.   L'animal, qui comme le disait Spinoza est éternel et vit dans le seul instant, se contente d' obéir à ses pulsions.

L'homme transmet à ses petits à travers le langage des règles de survie élémentaires, des gestes et conventions qui permettent l'apaisement des tensions et bien au-delà, le superflu de la beauté, du questionnement, de l'étonnement. L'animal nourrit son petit, veille quelque temps à sa survie puis le chasse de son territoire ou le lui laisse pour aller ailleurs.


     Alors?
       D'où te vient ce regret d'une constitution première
   de ces arrachements à la belle frontière
                    que tu voudrais franchir encore en sens inverse?

Ce n'est pas un hasard si sous toutes les latitudes et par tous les temps, des formes culturelles ont émergé avec leurs lois propres, leurs langues, leurs traditions transmises de génération en génération et leurs savoirs et pratiques lentement constitués. Ainsi seulement furent éloignés du groupe les dangers inhérents à la sauvagerie, à l'inéluctable, à l'inné. Si la culture et les pratiques qui en découlent peuvent clairement mettre en danger l'homme et la nature, cela tient davantage à un manque de conscience prospective ou de sens des responsabilités de ceux qui gouvernent le monde et s'emploient à vivre des faiblesses communes qu'à la culture elle-même. Mais l'homme a besoin de rêver. De reposer son corps et son esprit sollicités par la lutte pour vivre,  aussi présente chez le citadin que chez le paysan. Et son rêve le conduit vers les personnages rassurants et séculaires que sont les arbres, les forêts giboyeuses, les rivières fraîches coulant d' une montagne apaisante, le mythe d'une vie sans complications ni obligations... apparentes.

Imaginons que l'homme retourne à un état de nature appelé de ses voeux. Le paradis perdu, les roucoulements heureux sous les fleurs en bouquets, les fruits tombant du ciel pourraient bien se révéler appartenir plutôt à une jungle et les premiers gestes commis par d'autres hommes inspirés davantage par la faim ou la peur que par l'amour de l'autre.
En quittant cet espace et ce temps que créait autour de lui la Culture, cette dynamique inscrite dans le passé et le futur que l'on appelle histoire, l'homme retrouvant l'immédiateté naturelle y ferait connaissance avec la violence des désirs, des besoins, des instincts. Il découvrirait que loin du mythe Rousseauiste de l'homme bon par nature, l'homme est un loup pour l'homme. Cette mère nature si souriante dans les rêves s'avérerait une marâtre impitoyable pour ses naïvetés. Au contact de son nouveau milieu, l'homme déculturé re-découvrirait alors tous les bienfaits de sa culture et les regretterait sans doute.

         Homme
   par nature

          tu es culturel.

Il est vrai aujourd'hui que le temps s'accélère. Que ces organismes vivants que sont les cultures ou les civilisations ou simplement les sociétés  se voient imposer des évolutions qu'ils n'avaient pas choisies, venues de groupes d'influence comme autant de virus.
Fatigué de ce tempo qui n'est plus humain, malheureux de constater que son égoïsme, sa frénésie de consommation et de gaspillage détériorent chaque fois plus rapidement la planète, sous l'influence de groupes de pensée dits écologistes, l'homme aspire plus que jamais sous nos latitudes industrielles et industrieuses à un retour à la nature. Mais si l'on demandait aux peuples déshérités de choisir entre davantage de confort ( ce qu'apporte tout de même la culture) et les aléas quotidiens de la vie au grand air... nul doute qu'ils choisiraient le confort.

Peut-être est-il simplement temps, plutôt que de ressasser des questions anciennes et irrésolues telle que celle qui nous est posée. D'accepter que  la nature de l'homme est la culture comme unique solution à sa précarité native. Que cette culture se nourrit de l'environnement  dans lequel chacun de nous est venu au monde ( et la multiplicité des formes culturelles nous le confirme).

Homme
peut-être est-il simplement temps
de réveiller ton rêve d'une matrice originelle

cesse de renier tes valeurs  culturelles
Toi, le voleur de feu qui contemple le ciel
tu as reçu en partage une langue

il te faut maintenant apprendre à la parler.







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publié par Viviane Lamarlère - dans Mes Philosophes
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commentaires

Miche 28/06/2011 10:24



Lol, je sais bien que sur ce sujet
nous ne pensons pas la même chose. C’est bien ainsi, et cela ne nous empêche pas, souvent, de sentir la même chose.


Pouvoir dire, sans chercher à
convaincre l’autre, cela est une grande liberté.


Comme toi, et Voltaire, lolll, je
suis contre la pensée unique !


Merci à toi, Viviane.


 



Russalka 29/06/2011 17:04



 


Ah, alors cela me réjouit! Merci Miche...



aimela 28/06/2011 09:03



C'est beau de parler la langue mais il faut aussi écouter  l'autre, la tolérance ne se fera qu'à ce prix . La culture ne dénature pas  si tout le monde fait un effort  mais là
c'est une autre histoire  Bises  Viviane



Russalka 28/06/2011 09:41



 


Bien d'accord avec ton bon sens, Aimela, le mot effort est le centre de ce problème. La culture est effort de tous,
contre les pulsions primaires, contre l'égoïsme, contre ce qui nous renvoie malgré nous à une sorte de jungle et imaginer que l'on pourrait en sortir en revenant ... à la jungle est chimère. Oui,
c'est une autre histoire. j'écoutais hier une émission passionnante ( Répliques de Finkielkraut). L'un des participants disait que tant que les gens qui veulent s'installer en France ne
renonceraient pas à leur patronyme ( comme cela se fait aux USA ou au Canada où pour devenir américain ou canadien, il faut absolument américaniser ou canadiser son nom) tant qu'ils voudront se
servir de la France, y vivre sans renoncer à leur bagage, ce ne sera pas possible. Sans aller jusqu'à renoncer au patronyme, l'adhésion à quelque chose étant renoncement à autre chose, il faut
commencer par là: j'adhère à une culture? Je veux vivre sur un autre territoire sachant que la culture n'est pas la même que la mienne et que ce territoire me permet de vivre par exemple ma
religion et mes coutumes vestimentaires mais dans la discrétion et la non ostentation, voire la non violence?  j'adopte les valeurs de ce territoire. Et je m'y tiens avec modestie.


 


Bises et merci!



Miche 28/06/2011 04:08



C’est vrai, le petit homme a besoin
plus longtemps de l’assistance de ses parents, du groupe, il y a dans notre espèce beaucoup plus de transmission par l’apprentissage de techniques, de savoir-faire.


Mais pour moi, la culture ce n’est
pas que ça. C’est tout ce que l’on rajoute, pour maintenir une convenance sociale qui cache sa vraie raison d’être. Elle s’affiche partout, en ces conséquences désastreuses, toujours les mêmes,
mais bien plus dramatiques avec le progrès technique. Histoires de pouvoir, d'exploitations, toujours !


 


La culture c’est sûre dénature
l’homme, le conditionne.


 


Il n’y aura jamais de retour en
arrière, et ce qui se passe aujourd’hui était déjà en germe, hier.


Nous marchons, comme tu le dis, vers
autre chose.




Russalka 28/06/2011 09:33



 


Je suis convaincue que sans ces codes de civilité qui furent d'ailleurs souvent nés de codes religieux ( religere:
relier) l'humanité serait en bien plus pitoyable état qu'elle ne l'est aujourd'hui. Se passer des convenances ou conventions sociales, c'est postuler que l'humain est bon avec ses congénères,
respectueux d'eux etc. Or l'histoire nous montre qu'il n'en est rien, et pas seulement l'histoire, la vie quotidienne avec ses bandits, ses escrocs, ses criminels en tous genres.
Par ailleurs si tu parles de la convenance sociale dans le sens de  ce qui conviendrait à quelques uns pour asujettir les autres, je ne suis pas non plus d'accord: la justice ( par
exemple) peu à peu parvient à mettre sur un même pied d'égalité le pauvre et le riche, le prince et le mendiant, quand il y a peu encore elle était à vraiment deux vitesses. Le rôle des médias
qui dénoncent la gabegie est aussi un progrès dans la prise de conscience, donc la révolte et le travail qui s'ensuivent.
Non, je ne crois pas du tout au fait que la culture dénature . Au contraire, elle nous soustrait peu  peu à notre animalité dans ce qu'elle a de plus violent qui s'exprime justement dans les
liens de domination etc. Ce qui fait qu'aujourd'hui cette violence est plus présente tient davantage au reniement de leur propre culture par les peuples sans envie véritable d'adhérer à une autre
culture .
Mais de même que je crois en la puissance de la culture et de la transmission pour faire de l'humain un vivant raisonnable, tu crois en la défaite de la culture et l'avénement d'un nouveau
paradis terrestre. Ce sont deux mondes qui ne peuvent que marcher en parallèle et jamais se croiser, je crois ;o)) Mille emrci Miche de ton commentaire riche de sens, même si je n'y adhère pas,
comme disait Voltaire, je me battrai pour que tu puisses l'énoncer!



Sonya 27/06/2011 20:13



Tu as reçu en partage une langue. Il te faut maintenant apprendre à la parler. C'est très beau et pourrait s'appliquer à toutes les activités humaines. Mais aussi aux sentiments. Merci Viviane et
bon été



Russalka 28/06/2011 09:23



 


L'humain ne peut qu'essayer de comprendre la nature et l'ampleur de sa tache, et s'y tenir. Comme disait kant ( de
mémoire): Fais ce que dois, veux ce que peux. Merci Sonya et bon été à vous aussi!



Joubert 27/06/2011 18:45



J'aime beaucoup cette élégante et originale composition philosophique.

Rousseau écrivait que l'attrait pour la Nature est indissociablement lié aux voyages solitaires.

Il y a des réminiscences romantiques dans le désir de l'humain d'un retour au jardin primitif.
Comme une adolescence qui ne voudrait pas passer.

Je suis heureux de vous voir citer Thoreau - dont l'oeuvre est par ailleurs prémonitoire. Avez-vous lu, finalement, Walden?

Nous ne vivons qu'une vie. Faisons au mieux.

Amitiés,

Joubert



Russalka 28/06/2011 09:21



 


Merci Joubert, c'est gentil d'avoir pris le temps de me lire. Oui, je crois que l'humain un tant soit peu responsable
ne peut vouloir pour les siens un retour à l'état sauvage ;o)) par contre, éduquer au respect du bien commun qui se nomme terre, oui!



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