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Musique de la semaine

Arundo Donax

16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 07:12

 

Première partie


Si le danger de cette violence persiste, cela signifie que la seule loi n'est pas en mesure de l'amenuiser ou le faire disparaître. Qu'il nous faut selon les circonstances réinventer des usages, une courtoisie, une attention respectueuse de l'autre.

Ce sentiment de la mesure, des nuances, des convenances dans la relation à autrui, cette élégance qui nous permet de ne pas heurter d'autres sensibilités est du tact.

L'accompagnant qui partage jusqu'à la fin le chemin d'un mourant sait que chaque jour il sera confronté à des situations d'un inconfort parfois insupportable, dans le silence, le questionnement, l'échange de regards. Comment " Être " aux côtés de celui qui vit ce chemin si singulier qu'est le mourir, qui est demandeur de tendresse, de réponses sans tricheries, pour lequel le monde se dévoile dans son authenticité voire sa brutalité, qui fait le deuil de l'Agir et de l'Avoir pour entrer dans la spirale de l'Être et du Partage?

Faire face à ses requêtes,  sans mensonge, sans frivolité ni déni, sans éprouver la tentation de fuir devant la question rituelle " Pour combien de temps en ai-je ?" peut être de conséquences incalculables selon que la réponse sera formulée ou non avec tact. Cela réclame à chaque fois intuition de ce qui se cache derrière la question, un retour sur soi, un travail sur les mots, une analyse fine des moindres signes non verbaux qui étayent ou contredisent la parole du mourant.

Atteindre l'autre sans ménagement, sans aménagement de la pensée, c'est prendre le risque de le tuer prématurément ou à tout le moins susciter un effroi indescriptible. C'est la raison pour laquelle, aussi paradoxal que cela puisse paraître, on enseigne aux accompagnants dans les unités de soins palliatifs des techniques de communication qui leur permettent de mieux gérer leur empathie, se tenir à la bonne distance, évaluer les différents signes qui parlent chez la personne écoutée, mieux percevoir " l'ici et maintenant " à chaque fois singulier de ce qui se noue.

Mais on leur dit aussi que tout enseignement a ses limites et qu'en ultime recours, c'est le coeur et non la raison qui doit guider la réponse aux situations extrêmes, celles où les règles conformistes plient devant l'exigence immédiate.
Il est peu de dire que le coeur ne s'enseigne pas mais que l'on peut en raffiner les élans.
Exercer son esprit auto-critique. Analyser pour mieux le contrôler ce qui pourrait, appuyé sur le débordement des affects intimes, favoriser une parole inadéquate.

Le tact, cette élégance de l'âme, a donc besoin que l'on précise ses outils. Certes il ne se travaille pas à la façon dont l'ébéniste polissant sa marquetterie ou le violoniste sa nuance, mais se réinvente au gré des situations. Cette attention ouverte portée à l'autre est d'une genèse difficile car elle doit prendre en compte de multiples paramètres, neufs à chaque fois.






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publié par Viviane Lamarlère - dans Mes Philosophes
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commentaires

Valentine :0056: 25/09/2011 23:18



Voilà un sujet profond et bouleversant ; et que tu traites avec une élégance de langage qui en fait un petit joyau.



Russalka 28/09/2011 12:07



 


Merci Valentine. Un vieux vieux devoir de philo qui me donne envie parfois de revenir à ce style d'écriture...



Mony 25/09/2011 18:51



Savoir s'adapter à son interlocuteur sans se désavouer n'est pas toujours facile et demande une grande maîtrise de soi. Cependant, parfois, il peut être plus profitable de laisser émerger un
sentiment à fleur de peau que de vouloir épargner à tout prix son vis à vis. Je ne sais si j'exprime bien ma pensée


 



Russalka 28/09/2011 12:03



 


Tu as raison, Mony, c'est toute la différence entre formalisme et sincérité. Mais lorsque je laisse parler ce qui est
à fleur de peau, je réfléchis un peu avant, cela m'évite des mots trop brusques qui feraient mal et ne changeraient rien, au contraire...



clémentine 25/09/2011 16:42



des fois, je n'ai pas le tact. lol.


bonne soirée


clem



Russalka 28/09/2011 12:02



 


Nous en sommes tous là, hélas... Mille merci Clem!



marlou 25/09/2011 12:12



Difficile d'être accompagnateur, il y faut l'intelligence du coeur comme tu le dis...


Amicalement



Russalka 28/09/2011 12:00



 


Très difficile. On ne peut écouter la vie qui se termine que si on aime prodigieusement la vie.



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