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Arundo Donax

12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 20:48

 



Ce
Message à l'Europe a été remis personnellement à M. Othmar Karas, parlementaire européen et vice-président du EPP (European People Party), le 31 mai 2011, par le P. Henri Boulad lors de son dernier passage à Bruxelles.

Le même texte – dans sa version définitive - été expédié par courriel le mois suivant à M. Herman van Rompuy, ainsi qu'à M. José Manuel Barroso, président du Parlement européen. Le P. Boulad y exprimait aussi le souhait de pouvoir s'adresser personnellement au Parlement européen lors d'une prochaine séance.

L'auteur, qui a pour ambition de changer le monde, mène un combat tous azimuts pour tenter d'éviter l'effondrement de l'Occident. Il pense qu'il est impératif de parler, de bouger, de remuer ciel et terre pour éviter le pire.



Henri-Boulad



«Les valeurs européennes conquises de haute lutte après des siècles de combat, l'Europe va-t-elle prendre le risque de les brader par simple effet d’une immigration conduisant à terme à une modification fondamentale de la composition de la société ? ... Au nom de la tolérance, l'Europe est en train d'ouvrir ses portes à l’intolérance. Au nom de la démocratie, le risque est de voir vos enfants et petits enfants vivre dans une société totalement différente où les non-croyants ou croyants en d’autres religions, les dhimmis, auraient moins de droits que ceux de la majorité de la population.»

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Message à l'Europe

L'existence de l'Union européenne tient du miracle. Qui aurait pu imaginer au lendemain de la deuxième guerre mondiale que des peuples aussi divers, qui se sont cordialement haïs  pendant des siècles, puissent un jour constituer une seule entité ?  Voilà pourquoi, en tant que chrétien d’Orient, je voudrais saluer avec la plus profonde admiration les créateurs et fondateurs de cette incroyable réalisation.

L'Europe est aujourd'hui "la flèche montante de l'Evolution", pour reprendre une expression chère à Teilhard de Chardin. Cette position de pointe entraîne pour l'Europe une énorme responsabilité vis-à-vis de l'humanité. Car l'Europe n'est pas seulement responsable d'elle-même : elle l'est tout autant du reste de la planète.

Cette planète qu'elle a colonisée et exploitée dans le passé, pour le meilleur ou pour le pire, il s'agit à présent de la servir, de la promouvoir, de l'aider à grandir. L'Europe a une dette envers le reste du monde, qui lui a beaucoup donné, et auquel elle doit à son tour beaucoup donner.

L'Europe, c'est une vision et une mission, un projet et une responsabilité. L'Europe est un humanisme. Mais pas n'importe quel humanisme : un humanisme spirituel, c'est-à-dire ouvert à une transcendance, à un au-delà, à un progrès. Mais quel progrès ? Non pas un simple développement technico-scientifique, mais un développement moral et spirituel, une promotion de l'homme, une humanisation de la planète. Sinon, c'est l'impasse, le cercle clos. L'absence d'un horizon absolu, infini, ne peut aboutir qu'au scepticisme, à la sinistrose, au mal être. Toutes choses dont l'Occident est malade aujourd'hui.

L'Europe est faite d'un triple héritage : gréco-romain, judéo-chrétien, moderne et laïque. Cette modernité a émergé à travers une succession de mutations : Renaissance, Réforme, Révolution française, Lumières, révolutions sociales du 19° siècle. Tout cela s'est cristallisé dans la Charte universelle des Droits de l'Homme dont les principaux éléments sont la liberté, l'égalité, la laïcité, la séparation des pouvoirs, la justice sociale…

Ce noyau dur de valeurs, qui constitue l'âme de l'Europe, est à développer, à faire fructifier.

Mais aussi à défendre, car il est doublement menacé.
De l'intérieur car la notion d'un progrès à courte vue, a tendance à engendrer une société matérialiste, hédoniste, égoïste, tentée de s'étourdir par un divertissement perpétuel pour combler le vide qui l'habite.
De l'extérieur car du fait de l’évolution démographique qui s’y manifeste, l’Europe s’expose à la situation qui prévaut dans la majorité des 57 pays à majorité musulmane : une liberté religieuse réduite, voire inexistante, une liberté d’expression soumise aux contraintes de la sharia, comme le précise la Déclaration islamique des droits de l’homme du Caire ( 1990).


Au nom de la tolérance, l'Europe est en train d'ouvrir ses portes à l’intolérance.
Au nom de la démocratie, le risque est de voir vos enfants et petits enfants  vivre dans une société totalement différente où les non-croyants ou croyants en d’autres religions, les dhimmis, auraient moins de droits que ceux de la majorité de la population. Ceci signifierait un retour aux pires moments de la domination religieuse de type médiéval qu'a connu l'Europe dans le passé et dont elle s’est heureusement affranchie.

Les valeurs européennes conquises de haute lutte après des siècles de combat, l'Europe va-t-elle prendre le risque de les brader par simple effet d’une immigration conduisant à terme à une modification fondamentale de la composition de la société ? Le règne du "politiquement correct" doit-il empêcher de dénoncer ce risque à long terme pour l’Europe ?

La diversité est un facteur théorique d’enrichissement mutuel mais l’observation des pays à majorité musulmane montre que la multiculturalité n’a pas vocation à s’y épanouir.  Qu’en sera-t-il, dès lors, de l’Europe et de ses libertés dans quelques décennies ? N’oublions pas ces réflexions lors du débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Comme pour tout organisme, il existe "un seuil de tolérance" au-delà duquel tout corps est menacé d'éclatement, de dissolution, de désintégration. Dans ce contexte, vouloir introduire la Turquie dans l'UE, tient de l'inconscience. Une telle démarche représenterait un véritable suicide pour une Europe qui peine à sauver son identité et ne parvient déjà pas à se construire. La Turquie n'est européenne ni géographiquement, ni historiquement, ni culturellement. Elle a toujours été pour elle un danger et une menace.


La défense des valeurs humanistes se joue aussi dans les pays musulmans où  l’Europe se doit de soutenir les musulmans modérés, souvent  victimes d’un extrémisme religieux fondé sur le refus de toute contextualisation des textes sacrés au nom de la parole immuable de Dieu.


L'Europe est aujourd'hui menacée dans ses fondements, dans son âme. Il est grand temps d'en prendre conscience. L’Europe doit  défendre à tout prix son identité. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir – un devoir vis-à-vis des générations futures et de l'ensemble de l'humanité.


La tendance à dire que tout se vaut et que tout s'équivaut est dangereuse. Tout ne s'égale pas même si des éléments de vérité se trouvent vraisemblablement dans les différents courants de pensée ! Il existe une hiérarchie des valeurs, des cultures, des civilisations. Une hiérarchie qui n'exclut pas une complémentarité visant une harmonie à partir d'une base commune. Celle-ci n'est autre que la "Déclaration universelle des droits de l'homme" évoquée plus haut.


Est vrai et juste ce qui rend l'homme plus humain. Le Dalaï Lama à qui on demandait quelle était la meilleure des religions répondait : "La meilleure des religions est celle qui rend l'homme meilleur". On peut en dire autant de toute culture, de toute civilisation, de toute société. C'est la preuve par les faits. Seul importe ce qui humanise l'homme, ce qui le rend plus responsable et plus respectueux de l’autre.


L'Europe est beaucoup plus qu'une entité économique, politique et culturelle, beaucoup plus qu'un club de nantis privilégiés. Elle n'est pas pour elle-même : elle est pour le monde, pour l'humanité.

Face à tout ce qui menace sa cohésion et son identité, il est grand temps pour elle d'agir. Ce qu'il lui faut impérativement aujourd'hui, c'est un sursaut, un réveil, une prise de conscience, sans lesquels les lendemains pourraient être douloureux pour les générations futures.


Il s'agit pour l'Europe de retrouver et de maintenir une SAGESSE fondée sur des valeurs humanistes et universelles, seul fondement valable pour construire un nouvel ordre mondial.


Henri Boulad, sj,

Chrétien égyptien d’origine syrienne,
Directeur du Centre Culturel Jésuite d'Alexandrie,
Ancien recteur du Collège des Jésuites au Caire,
Et ancien vice-président de Caritas Internationalis pour le Monde arabe.

Alexandrie, 27 juin 2011



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publié par Viviane Lamarlère
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