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Musique de la semaine

Arundo Donax

21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 14:16

 




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                                      Jan van Kessel ( 1626-1679):
                                               
                                                 Arbre aux oiseaux.


Posons nous un instant en pensée sur l'une des branches de cet arbre et écoutons... Quel joyeux tintamarre, à supposer que des oiseaux aussi farouches les uns des autres aient accepté de se tenir si proches. Un chant d'oiseau est toujours émerveillement, mais il est rare de pouvoir entendre longtemps plusieurs espèces simultanément: la plupart du temps les oiseaux s'intimident, écoutent leur écho chez un congénère ou au contraire le courroux suscité chez un cousin éloigné. Et finissent par se taire devant qui chante plus fort ou plus convaincant... Et si parfois une voix plus mélodieuse ressort de l'ensemble, telle celles du merle, de la grive, de la mésange, le tout reste fort chaotique!


Ainsi en fut-il -parfois- dans la musique humaine. Nous avons pu entendre, dans l'article consacré à Corelli et à l'éclosion de la forme sonate, de quelle habile manière le compositeur permit enfin aux différents protagonistes de donner de la voix à tour de rôle dans une oeuvre sans que la globalité de celle-ci en paraisse éparpillée.

C'est en 1619 que le terme concerto apparait pour la première fois dans la littérature musicale sous la plume de Monteverdi qui intitule ainsi son septième livre de madrigaux.


Le mot dérive de deux verbes latins:  consere qui signifie lier ensemble  et concertare qui veut dire lutter l'un contre l'autre. La dualité chère à l'époque baroque est très nettement énoncée dans cette double étymologie.

Il n'est pas anodin d'ailleurs que ce soit à Venise que  soit apparu le style dit " concertant ". Lors des offices de la Basilique Saint Marc, deux orgues, deux choeurs, deux orchestres se faisaient face dans deux tribunes opposées en une joute musicale qui avait les faveurs des ... ouailles (pour ne pas dire du public.) Les musiciens recherchaient alors le contraste sous toutes ses formes: contraste de timbre, de puissance, de tempo, et, plus important, contraste dans la difficulté des thèmes à l'intérieur de l'oeuvre.


Tout va se jouer à travers ce dernier contraste.  Les compositeurs confiaient les parties les plus ardues aux plus habiles de leurs instrumentistes. Une rivalité bien compréhensible se créa entre les heureux élus, qui  ne tardèrent pas à réclamer d'être plus ou mieux mis en avant dans l'oeuvre à jouer. Cette évolution était somme toute dans l'air du temps, tout portée à l'individualisme: de même que les voix peu à peu s'émancipaient de la polyphonie madrigalesque, les instruments se détachèrent du groupe. L'Italie avait fait le choix du violon alors que la France et l'Allemagne rechignaient à lui donner un rôle prééminent. C'est donc en Italie que le style concertant né à Venise va lentement se développer

Monteverdi, revenons à lui,  était coutumier de ce style mais sans que l'on puisse encore parler de dialogue d'un soliste virtuose avec un orchestre accompagnateur. Il s'agissait le plus souvent d'opposer tant en timbre qu'en thématique un petit groupe d'instrumentistes  ou de chanteurs, le concertino, au reste des musiciens ou ripieno.



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                                          Toile de Adolf von Menzel


Néanmoins, le concerto baroque, même s'il se trouve à l'origine du concerto moderne  tel que nous le connaissons depuis la période classique,  n'a que peu à voir avec  lui : un soliste dialoguant avec le reste de l'orchestre (dans la toile ci-dessus, le soliste est l'empereur Frédéric II de Prusse, rien moins...). D'ailleurs on le nomme indifféremment " Concerto Grosso " ou Sinfonia, ou encore sonata et chacun s'y retrouve comme il le peut.

C'est Corelli qui va donner son élan à cette forme musicale en la concevant exclusivement pour instruments. Oubliées les voix humaines qui à l'époque de Monteverdi ou Stradella participaient du style concertato!
Corelli calque la construction du concerto sur celle de la sonate en trio qu'il maîtrise à la  perfection:  quatre, cinq ou six mouvements courts où alternent tempi lents et rapides, dans un souci de contraste bienvenu pour l'oreille. Deux ou trois solistes y dialoguent avec le reste de l'orchestre à cordes.

Pour les compositeurs qui le suivront, une porte s'ouvre... Ils vont s'y engouffrer.



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                         Détail d'une toile de Pieter de Hooch (1629-1694)


 Telemann, Bach et Haendel vont nourrir cette forme musicale de leur génie propre et si divers. Son évolution sera lente. Le concerto grosso abandonnera ses nombreux mouvements originels pour n'en conserver que trois:  un premier mouvement rapide,  un deuxième lent écrit dans une tonalité différente, un troisième à nouveau rapide. Nous verrons avec l'oeuvre de Telemann que je vous propose d'écouter que cette règle était souvent contournée... Les adagios qui étaient relativement courts  et peu étoffés se verront attribuer un rôle plus important. Enfin, le soliste et le reste de l'orchestre qui jusqu'alors jouaient en opposition des thèmes totalement différents développeront des thèmes identiques ponctués de cadences de virtuosité.


Qu'est-ce qu'une cadence de virtuosité me direz-vous peut-être?

C'est un morceau de bravoure laissé, à l'époque, à la discrétion du soliste. Les  passages en solo permettaient à l'instrumentiste de prouver son habileté technique  et interprétative.
Et le compositeur, avec une confiance digne d'éloge, s'en remettait  complètement à son soliste pour improviser ce qui lui plaisait, si possible en respectant l'esprit de l'oeuvre, juste avant la dernière reprise du thème par l'orchestre. Autant dire que ces passages étaient souvent surchargés de difficultés  et d'ornements pas toujours du meilleur goût, mais du point de vue du public - déjà friand  de bêtes de scène - du meilleur effet.
Il faut croire que Vivaldi était d'une nature plus suspicieuse puisqu'il exécutait lui-même les oeuvres qu'il composait...

Avec Mozart puis Beethoven, la confiance se mua en précaution. Les compositeurs écrivirent désormais tout ce qu'ils souhaitaient entendre jouer, y compris ces fameuses cadences de virtuosité: tous les solistes ne sont pas forcément aussi brillants et légers que la grive musicienne peinte ici par Buffon

                     


grive-musicienne.jpg



Mais place à l'écoute. J'ai choisi pour illustrer cette page len première partie  trois des six mouvements du très célèbre Concerto pour la nuit de Noël de Corelli. Rassurez-vous ce sont des mouvements courts.

Puis en seconde partie de ce concert improvisé le Concerto grosso en sol majeur pour violoncelle et orchestre de Telemann qui ressemble déjà au concerto de soliste moderne.


                                                         Corelli
                                Concerto en sol majeur pour la nuit de Noël

                                                  1er mouvement

En deux parties, la première très brève, dans le style d'une ouverture à la française rapide et  solennelle. Elle se termine par un ralenti qui donne le tempo juste de la seconde partie. Celle-ci n'est pas sans rappeler par sa construction et son climat l'accompagnement du merveilleux air de la Didon de Purcell. Ce premier mouvement met en valeur l'orchestre et le violon solo n'y apparait que très discrètement.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-06_Concerto_Grosso_in_G_Minor_Fatto_per_la_Notte_di_Natale_Christmas_Concerto_Op_6_No_8__I_Vivace__Grave.mp3&

                                                    2ème mouvement


Rapide, joyeux et enlevé, met en valeur les deux violons solo


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-07_Concerto_Grosso_in_G_Minor_Fatto_per_la_Notte_di_Natale_Christmas_Concerto_Op_6_No_8__II_Allegro.mp3&

                                                     3ème mouvement

En trois parties, un bel adagio aux accents nostalgiques, dans lequel le luth et le violon se donnent la réplique,  suivi d'un mouvement rapide assez bref puis retour à l'adagio initial après une très élégante cadence de virtuosité.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-08_Concerto_Grosso_in_G_Minor_Fatto_per_la_Notte_di_Natale_Christmas_Concerto_Op_6_No_8__III_Adagio__Allegro__Adagio.mp3&



                                                          
                                                           Telemann

                            Concerto en sol majeur pour violoncelle, clavecin  et orchestre


Une oeuvre qui ménage ses effets et dans la superbe interprétation d'I Musici. Ce n'est pas par hasard que le compositeur entame l'oeuvre par un mouvement lent, contre les règles habituelles, c'est même très ingénieux: seul ce tempo permettait de faire découvrir la belle et profonde voix de l'instrument soliste, puis monter en puissance et en virtuosité jusqu'à la fin.

                                                     Premier mouvement

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/12_Concerto_For_Viola_Strings_And_Harpsichord_In_G_Major__Largo.mp3&
                                                   
                                                    Deuxième mouvement

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/13_Concerto_For_Viola_Strings_And_Harpsichord_In_G_Major__Allegro.mp3&
                                                    
                                                    Troisième mouvement


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/15_Concerto_For_Viola_Strings_And_Harpsichord_In_G_Major__Presto.mp3&


Nous reparlerons de cet illustre inconnu que reste Telemann, après avoir rendu visite à Venise à l'illustrissime Vivaldi.


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commentaires

LMC 06/06/2017 15:31

Merci beaucoup de prendre le temps de nous proposer des articles de cette qualité, et les "exemples" sont particulièrement bien choisis pour étayer votre propos.

Corinne 26/04/2010 14:53



Une belle mise en page qui invite le lecteur à se poser et à écouter... J'aime beaucoup les extraits du concerto de Corelli et particulièrement le 3ème mouvement ; le 1er mouvement du concerto de
Teleman est bien agréable également !


Bon après-midi Viviane...



Russalka 27/04/2010 08:51



Cela me réjouit que tu ais aimé ces pièces Corinne, ces deux compositeurs sont mal aimés chez nous, les allemands et anglais les
apprécient bien davantage!


Merci mille fois de ton écoute



marlou 22/04/2010 20:33



Merci pour tous ces délicats plaisirs que tu partages avec nous. Merci pour toutes ces découvertes



Russalka 23/04/2010 13:52



Merci à toi Marlou de suivre pas à pas cette longue longue histoire (sourire)



clementine 22/04/2010 13:34



Je suis en Dordogne, et j'aime écouter le chant des oiseaux comme je l'écoute aussi le matin quand je pars au travail en R.P. c'est beau.. ravie que les musiciens se soient inspirés du chant des
oiseaux. 


bonne journée


clem



Russalka 23/04/2010 13:50



Merci Clem, en fait les musiciens ne se sont pas inspirés du chant des oiseaux, c'est moi qui fait une analogie ;o)



Valentine :0056: 22/04/2010 11:45



Ce que j'appelle "enchaînement harmonique", c'est un enchaînement d'accords ; j'aurais peut-être dû écrire "marche harmonique".


Il y avait comme cela des habitudes d'écriture, qui pour autant étaient souvent très belles ; et d'ailleurs il n'est pas exclu qu'il y en ait eu aussi à
l'époque romantique et moderne.



Russalka 23/04/2010 13:49



Alors là je comprends mieux, en effet. Oui, cette époque était à la découverte de l'accompagnement harmonique ( écriture verticale
d'une mélodie première et de son accompagnement en voix secondaires) et à l'abandon progressif de la polyphonie ( écriture horizontale, à voix égales) et il est donc normal que les compositeurs
se soient familiarisés avec ce que tu nommes marches harmoniques. Je dois dire que j'aime assez ce type d'accompagnement, il est rassurant pour l'oreille et un compositeur contemporain comme
Philippe Glass ne dédaigne pas ces formules. Il a fallu attendre l'époque romantique pour que les règles de l'harmonie soient contournées et génèrent des effets de surprise, quoique ce pauvre
Debussy ait en son temps fait les frais de son envie de liberté sur ce plan là...Mille merci Valentine!



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