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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
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Musique de la semaine

Arundo Donax

18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 01:37


 

 
" ... Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ... "

Et si l'on jouait à associer une toile de maître à un instrument de musique, retrouvant ce plaisir des Correspondances  chères à Baudelaire ?



David_Teniers_de_Jongere07.JPG
 


Dans l'imaginaire collectif, l'instrument du pâtre est la flûte. On la devine ici entre les mains du jeune berger que met en scène cette toile de David Tenier le jeune.

Il est bien loin le
tuyau unique du sifflet en os de renne qui reliait les hommes d'une même tribu et donnait à chacun un début d'identité sonore.
Mais sait-on qu'avec le temps, très lentement, ces sifflets vont être attachés par un lien?
Celui qui portera ce collier autour de son cou, celui qui fera résonner à tour de rôle ou ensemble ces prénoms sonores, celui qui -grâce à l'hyperventilation que procure la pratique intense d'instruments à vent-  accèdera à ces états de conscience altérée qui lui permettent de témoigner de l'en-deçà ou l'au-delà du monde, celui-là participera alors des débuts de la conscience collective  et des religions primordiales.

Et si la flûte en chaume, matériau aux résonances symboliques très puissantes, reste longtemps l'instrument des transes collectives, celui que chacun des membres de la tribu, à égalité avec ses congénères peut posséder, la flûte en os d'oiseau, plus rare, est celle du prêtre ou du chamane. Et pourquoi pas d'un dieu?
C'est ainsi qu'au VIIIème siècle avant J.C. on attribuera à Hermès, le dieu des voyageurs et des voleurs, l'invention de la flûte de Pan. L'instrument est censé assurer la fertilité des troupeaux. Platon, dans la République, dira de manière ferme et définitive qu'elle revient aux seuls bergers et que les instruments utiles à la ville ( dignes de la Cité? ) sont la cithare et la Lyre. La séparation des musiques des villes et musique des champs remonte, on le voit, à très loin...

L'eglise catholique n'empêchera pas son essor durant tout le Moyen-Âge mais c'est à l'époque baroque qu'elle prend enfin toute sa place dans l'orchestre. Son timbre brillant dans l'aigu, homogène dans toute sa tessiture, sa virtuosité en font rapidement un instrument soliste.

Je vous propose pour débuter cette promenade parmi les instruments émergents de l'époque baroque l'Andante du concerto en Sol majeur TWV 51 pour flute de Telemann. Ceux qui fréquentent Bach reconnaîtront un début de thème qui fait partie de notre patrimoine sonore désormais... La musique n'appartenait qu'à elle-même, alors.


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01_Concerto_in_G_Major_TWV_51_G2_Reconstructed_for_Flute__Andante.mp3&

 

 


Rigaud-Etude_pour_un_portrait_collectif_-coll._pri-copie-1.JPG


D'une sonorité aussi feutrée que les nuances de ce pastel de Rigaud, le hautbois et les instruments de sa famille accèdent eux aussi au devant de la scène.

On retrouve trace d'un cousin de cet instrument dans l'antiquité grecque ( il porte alors le nom d'aulos), romaine ( la tibia, du nom d'une région de Phrygie)  et égyptienne ( le zamr). Aristote laisse des descriptions très détaillées de cet instrument lorsqu'il se présente sous forme d'aulos double. La tibia romaine, répandue à la faveur des conquêtes de l'empire, va donner naissance par suite à l'immense famille des instruments à anche double et perce conique, très en faveur au Moyen-Âge: la chalemie, la chalemire, le chalumeau, la piffera, la musette et toutes les cornemuses imaginables, la bombarde, la douçaine et j'en passe. Une page très intéressante relative à la symbolique des cornemuses.

Le mot hautbois apparait au XVème siècle. Il sert alors à désigner -indépendamment de sa taille ou origine- tout instrument à anche double. Réservé aux fêtes champêtres, à la danse, aux musiques des mousquetaires du Roy, il est admis dans l'orchestre durant la seconde moitié du XVIIème siècle, sans nul doute grâce à Lully qui assurait la promotion enthousiaste de toute nouveauté en matière de musique.

Les facteurs d'instruments ont alors considérablement amélioré la chalémie initiale: La chalémie était faite d'une seule pièce, le hautbois en possède trois. Elle ne possédait pas de clefs, le hautbois en possède trois. Sa perce et sont pavillon étaient larges, ceux du hautbois sont rapetissés. Surtout, ses anches doubles plus longues sont prises directement entre les lèvres au lieu d'être protégées par une pirouette, ce qui assure un contrôle meilleur du son. Pour autant, l'instrument mérite encore quelques améliorations. Elles viendront seulement au milieu du XIXème siècle avec le facteur Frédéric Triebert. Entre temps, les compositeurs de l'Europe entière composent pour lui, aussi bien le hautbois soprano que nous connaissons aujourd'hui que pour l'alto (  hautbois d'amour) ou la haute contre ( hautbois de chasse ou cor anglais)

Pour cette deuxième halte, écoutons encore Telemann et l'Adagio du Concerto en sol Majeur pour hautbois d'amour. On y entend bien ce dialogue entre l'orchestre à cordes qui annonce puis soutient l'ample et très belle déclamation assez tôt ornementée de cet instrument très puissant:

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01_Konzert_Fur_Oboe_DAmore_Und_Streicher_G-Dur__I_Adagio.mp3&

Puis le Troisième mouvement du concerto pour hautbois d'amour en la majeur BWV 1055 de Bach.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/Bach-Concerto_pour_hautbois_damour_cordes__basse_continue_en_la_majeur_dapres_BWV_1055__III_Allegro_ma_non_tanto.mp3&



desportes chasse

Que de sensuelle violence dans cette reddition du grand mâle à la meute, que de flamme dans les couleurs choisies par Alexandre-François Desportes! On comprend à regarder cette toile que les chasseurs aient aimé la puissance rutilante du cor pour apeurer la bête et à quel point ils se sentaient portés par cette sonorité éclatante jusqu'à l'hallali.

A l'instar du cor ou de la trompe qui portaient la chasse et en scandaient les moments forts de manière très codifiée, les cuivres, dont la facture ne permettait pas de jouer des mélodies complexes mais de sonner quelques notes, ont été longtemps cantonnés au soutien harmonique de l'orchestre, essentiellement dans les musiques d'église.  L'époque baroque va accorder une place plus importante à ces instruments d'harmonie, leur permettant d'exprimer à leur manière les sentiments humains dans toute leur étendue.

Et c'est sans doute pour cette raison que cette toile de Louis Gameray, toute de contrastes à l'intérieur d'une palette sobre et qui évoque tant les combats intimes de l'homme contre un univers tourmenté et impla
cable me semble résonner en parfaite affinité avec la puissance évocatrice des cuivres:


Louis-Gameray-naufrage.jpg



Nul autre que Haendel, dont nous reparlerons, n'a mieux servi les pupitres des cuivres à travers ses oeuvres orchestrales. Leurs sonorités héroïques n'étaient-elles pas un reflet de la puissance des grands de ce monde honorés par ses suites  pour orchestre jouées dans des barques voguant au fil de la Tamise ( ce qui devait entre parenthèse poser de sacrés problèmes de justesse ... ) ? L'eau, le feu et les cuivres encore...


Petite illustration avec l'Ouverture de la suite Musique pour les feux d'artifices royaux:


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/23_Music_For_The_Royal_Fireworks_HWV_351_-_Overture_1.mp3&

Nous entendons tout du long de cette dernière pièce une timbale accompagner le thème lors des interventions des cuivres. La percussion prend en effet de plus en plus d'importance dans l'orchestre baroque. Le grand Lully prenait soin de différencier les percussions à sons définis ( qui émettent une note) de celles qui se contentent de " faire du bruit "... Il aimait néanmoins utiliser tout ce qui sous sa patte de génie pouvait suggérer un orage ou un galop. Peu à peu, pour les effets dramatiques qu'elles savent créer, la cymbale, la grosse caisse, le tambour rentrent donc dans l'orchestre.

Je vous propose un extrait de l'Alcyone de Marin Marais qui illustrera parfaitement ceci, dans une orchestration qui n'est sans doute pas si éloignée de l'esprit de l'époque! Il provient du très étonnant disque " La quête de l'Arundo Donax "

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-12_The_Quest_for_Arundo_Donax___Tempeste__from_Alcione.mp3&

 


Un instrument lui aussi associé aux anges et aux cérémonies royales: la trompette. Sa sonorité éclatante la porte à assumer très tôt un rôle de soliste. Ses possibilités dans les nuances plus douces lui permettent d'imiter la voix humaine. Cette trompette dite " naturelle "  ne comportait pas de trous, les sons étaient fabriqués uniquement par la pression des lèvres.  Autant dire que les interprétations sur des trompettes contemporaines ne rendent sans doute pas au mieux les sonorités de l'époque.

C'est cette Sybille de Michel-Ange vêtue de  soleil qui donnera écho à la rondeur virtuose et féminine de l'instrument que nous allons écouter.

575px-Michelangelo_the_libyan.jpg

Pour commencer le premier mouvement du concerto pour trompette de Scheidt qui illustre très bien l'aspect imitatif de la voix humaine:

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/10_Concerto_D-Dur_Fur_Trompete_Zwei_Oboen_Streicher_Und_Basso_Continuo__II_Adagio_-_Aria_Andante_-_Adagio.mp3&


Puis le très connu et incontournable Allegro du concerto pour trompette de Vivaldi, par le non moins incontournable Maurice André...

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-15_Concerto_for_Trumpet_and_Orchestra_Ed_Thilde__I_Allegro.mp3&

Le dernier instrument qui sort de sa gangue à l'époque baroque est l'un des  plus vieux de tous. Quoique très prisée des grands de ce monde ( elle faisait partie de la bonne éducation des jeunes filles et chaque souverain aimait à s'entourer de musiciens la pratiquant, et ce depuis la nuit des temps ) elle fut longtemps limitée dans la musique d'ensemble au rôle si important mais peu gratifiant de basse continue dans un coin reculé de l'orchestre. Je parle de  la harpe. ( Un excellent article sur son histoire en suivant le lien) et un autre avec une belle iconographie)

Et puisque Eole a inspiré la harpe du même nom qui connut grand succès jusqu'au XIXème siècle, j'ai choisi pour finir ce voyage au coeur des sons et des images un peintre flamand du ciel et des vents qui le traversent, Ruysdael. Et comme illustration sonore, l'Andante puis la cadence du Concerto en Si bémol majeur pour harpe de Haendel


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-21_Concerto_En_Si_Bemol_Majeur_Pour_Harpe_Et_Cordes_Op_4_No_6__I_Andante_-_Allegro_Remasterise_En_1999.mp3&



dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/07_Haendel___Cadence_Du_Concerto_en_Si_Bemol_Majeur.mp3&



800px-Salomon_van_Ruisdael_Deventer.jpg







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commentaires

Corinne 20/07/2010 15:22



Connais tu le site de Vanessa Gerkens harpiste féérique...


http://www.harponomie.be/


Bonne fin d'après-midi...



Russalka 22/07/2010 08:51



Non je ne connaissais pas et découvre grâce à toi, c'est gentil de relayer cette belle adresse!Je la remets ici en lien direct pour plus de facilité de navigation.  Mille merci Corinne et bises à ta tribu...



Corinne 20/07/2010 11:33



Merveilleuse idée d'associer les notes de musique aux images, deux arts porteurs d'émotions...


Personnellement, je suis très sensible aux oeuvres de Telemann et d'Haendel ; la flûte de pan et la harpe peignent un climat apaisant. Lorsque j'écoute ce doux ruissellement de sons, il m'inonde
de douceur et de calme !


En consultant quelques articles sur la "musicothérapie - la harpe thérapie", j'ai lu que "ses vibrations sont celles qui se rapprochent le plus de celles du corps humain". Les sonorités de cet
instrument de musique déclenchent des sensations bienfaisantes tel "un massage sonore intégral"; une musique utilisée aussi bien pour l'accompagnement du début de vie (naissance) qu'en fin de vie
(mort).


Merci Viviane...



Russalka 20/07/2010 14:23



Je ne connaissais pas cette recherche en thérapie instrumentale, c'est sympa. J'ai bien vu en effet que notre petit bout de chou se
sentait bien dans la musique de harpe, sans doute plus naturelle que les autres. Merci en tous cas de cette écoute qui rebondit et ouvre à d'autres espaces, Corinne ;o)



Valentine :0056: 19/07/2010 10:34



Réponse à ta réponse : ça va être génial ! Je ne savais pas qu'il y avait déjà des compositrices sous Louis XIV ! Mais pourquoi pas : il y avait bien des
écrivaines...



Russalka 22/07/2010 08:48



Une réponse qui manifestement n'était pas passée. je t'avais répondu mais cela s'est perdu dans le transfert sur la toile... dommage
;o)


j'espère que cette page t'aura plu?



Merlin 18/07/2010 17:44



Eh bé dis donc ! Rien que ça ? Je suis complètement bluffé.


Oui, c'est un vrai festival ! Autre chose que les vieilles charrues ou les Francofolies de La Rochelle (même si je ne déteste pas) mais quand même, ça a de la gueule tout ça.


Ce qui est de briques et de broques n'a rien à voir avec le baroque qui peut être doux ou tonitruant, discret et banal voire populaire ou altier et d'une profonde réflexion musicale.


Alors j'aime cette chevauchée fantastique et je me plais à le dire.


Merci encore pour la cohérence avec les arts plastiques et la poésie car tout cela avance ensemble, les esprits vont de pair.


L'art est une tournure d'esprit précieuse, rare et inoubliable. La musique en est l'accompagnement sonore tandis que les tableaux sont les illustrations épisodiques et la poésie la quintessence
sacrée.



Russalka 19/07/2010 08:48



Tu me fais rougir jusqu'aux oreilles et chercher une petite grotte où me cacher... Ma soeur qui vit à la Rochelle et en a vu passer
des Francofolies me dit que le niveau a baissé au fil des ans quoique la fréquentation exponentielle. Comme je n'aime aps trop la foule, c'est exactement le genre de lieu où j'évite de me trouver
;o))
Sinon, hier j'écoutais l'une après l'autre dans le désordre les musiques choisies pour cet article. Maxou sortant de son bain m'a sauté sur les genoux : " Mamy, tu me remets la musique du
vent?"
Je lui demande laquelle c'est en faisant défiler la page. Il pose son doigt sur la toile de Ruysdael... celle qui est associée à Eole. Tu te rends compte? Qu'il ait associé cette toile parlant du
vent , montrant le vent à une musique qui pour moi le symbolise dans sa légèreté vivante et créative? Trop contente de l'impact et de ce choix conjoint qui visiblement touche même un petit
enfant. J'ai essayé de lui faire écouter toutes les autres, hormis la pièce pour flute et celle pour harpe, les autres lui faisaient peur. Mais c'est un bon début... Oui, le baroque est sans
doute ma période musicale préférée, la plus jubilante la plus étonnante, la plus créative. Quand j'aborderai Rameau nous découvrirons à quel point les danses paysannes sont restées fortement
ancrées dans l'inspiration musicale dite classique. Parfois je me dis que l'on a commis grande faute en effaçant peu à peu de l'enseignement général tout ce qui touchait aux beaux-arts. Comme
cela construit un être humain d'être en contact avec la beauté... Merci de ton beau commentaire...



aimela 18/07/2010 12:24



Toujours très intéressant et on apprend toujours des choses avec toi Je déteste ce  tableau de chasse 
non pour le travail et les couleurs mais pour ce qu'il représente la chasse . Par contre, je me suis laissée bercer par Alcyone de Marin Marais jusqu'au bout. Bises 



Russalka 19/07/2010 08:37



Je t'avouerai que le tableau de chasse, je l'ai mis là faute de mieux car moi, ce sont les couleurs qui me dérangent en plus du
concept ;)... Vraiment contente que tu aies aimé l'Alcyone, Marin Marais est inépuisable comme la plupart des compositeurs de cette époque. Bisous et merci Aimela



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