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Musique de la semaine

Arundo Donax

7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 18:36

 



les-heures-de-Bartolozzi.jpg
   La danse des heures de Bartolozzi

 

 


Les nuances douces du tableau qui précède évoquent une danse aux ritournelles enjouées et délicates, qui semblerait tourner pour l'éternité mais dont chaque pas serait comme une nouveauté.
Ainsi est, dans son esprit profond,  le Concerto dans le goût italien de Jean-Sébastien Bach. Chantant, dansant, inspiré, laissant dans l'âme le souvenir vif de mélodies et rythmes emplis de charme.

Publiée en 1735, c'est une oeuvre de la période de Leipzig. Année jubilante, créative, inventive.

Cette année là, Linné publie son herbier:
L'époque est à la rationalisation. Et à la compilation des connaissances. Bach n'échappe pas à cet esprit, qui va mêler habilement dans son concerto l'art polyphonique allemand au brio de l'école italienne dont il est friand depuis sa découverte des concerti de Vivaldi.




herbier-linne.jpg

 

Cette année-là naît son fils, Jean-Chrétien.

Et bien que Bach soit resté assez fermé à ce qui se passait hors les frontières de l'Allemagne, on ne peut omettre afin de situer le climat de créativité familiale, artistique, scientifique et littéraire de parler du Marivaux de la maturité dont la pièce " La mère confidente " est créée cette année-là par les comédiens Italiens. Ici l'intégrale de cette oeuvre délicieuse.


Latomeb-de-maitre-andre-de-Gilot-copie-1.jpg

 

                                     Tombe de maître André du peintre Claude Gillot


L'oeuvre est conçue pour un clavicembalo à deux claviers et Bach est très clair là-dessus: il l'indique expressément sur la première page de son recueil... Pas question d'orgue ou de clavier au sens générique. Un clavecin à deux claviers sinon rien!

Cette précision est exceptionnelle ( on ne la retouvera chez Bach que quelques années plus tard, dans l'édition des variations Goldberg) mais elle annonce les précautions des artistes qui le suivront, spécialement dans le détail des nuances dont jusqu'alors les compositeurs comptaient sur le savoir-faire des interprètes et leur honnêteté musicale pour jouer la plus adaptée au contexte. L'indication de ces nuances suffit d'ailleurs à elle-seule à nous confirmer le choix d'un clavecin à deux claviers. Les nuances forte ( correspondant aux tutti de l'orchestre) jouées sur un ou deux registres du clavier inférieur, les nuances piano ( correspondant aux lignes mélodiques des soli )   jouées sur le clavier supérieur.


Pourquoi d'ailleurs le terme Concerto pour une oeuvre qui est prévue pour un clavecin soliste que n'entoure aucun orchestre? Tout simplement parce que  Bach réussit ici le tour de force de faire chanter son instrument comme un soliste et/ou comme l'orchestre qui l'accompagnerait.

Il va pour cela user de procédés fort proches du concerto grosso italien. Trois mouvements, deux mouvements rapides entourant un mouvement lent. L'usage des deux claviers avec leurs couleurs spécifiques indiquent à l'auditeur les moments orchestraux et ceux qui sont dévolus à la partie " soliste ". Sans doute tenons-nous ici l'oeuvre dans laquelle Bach réussit le mieux la synthèse entre la limpidité mélodique " à l'italienne " et la solidité de la construction polyphonique " à l'allemande ".

Mais assez annoncé!




Antonello-da-Messina--Annunziata--circa-1470.jpg


Annonciation d'Antonello de Messine



 

Le premier mouvement, en Fa majeur et à deux temps, est construit autour d'un thème enlevé  censé être joué par l'orchestre et qui dure une trentaine de mesure. A noter que ce thème réapparaîtra à la fin du mouvement dans son intégralité. Entre temps, il va parcourir dans différentes tonalités la totalité du premier mouvement, séparant ou accompagnant les parties " solo ". Les parties orchestrales relèvent d'une écriture verticale ( succession d'accords ) et les parties solo d'une écriture horizontale ( mélodie accompagnée)

Je vous en propose deux versions. La première pour clavecin sous les doigts puissants, joyeux, intelligents, d'une précision sans défaillance de Scott Ross. ( Pour ceux qui ne peuvent lire les dewplayers, en cliquant sur le nom de l'interprète, lien direct en MP3)

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/01_Italian_Concerto_in_F_Major_BWV_971__I_Allegro.mp3&

 
La seconde pour piano dans la lecture majestueuse et enjouée, d'une élégance formidable,  d'Alfred Brendel.


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/01_Italian_Concerto_in_F_BWV_971__1_Allegro.mp3&


 

Le second mouvement en Ré mineur et à 3 temps est, à mon sens, l'un des plus beaux mouvements lents jamais écrits pour un soliste. Une mélodie très nostalgique s'y déroule de manière inéluctable sur une basse italienne en pizzicati qui donne à l'ensemble du mouvement, écrit en deux parties bien distinctes,  son caractère à la fois discret et dramatique.
A l'intérieur de chaque mesure, du début jusqu'à la fin, la note la plus grave jouée par la main gauche est accentuée et répétée deux fois. On sait que dans la stylistique de Bach, la répétition des notes avait à voir avec l'énonciation de la loi divine. En est-il de même ici? il règne un tel climat de méditation presque proche de la prière qu'on peut se poser la question d'une méditation religieuse.

Toujours les deux mêmes interprètes:

 

Scott Ross au clavecin, que personnellement je trouve un petit peu rapide sur ce mouvement.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/02_Italian_Concerto_in_F_Major_BWV_971__II_Andante.mp3&


Alfred Brendel au piano, à peine encore au-dessus du tempo idéal mais un peu trop maniéré par moments dans son jeu des nuances, un peu trop " rubato"... Mais quelle belle sonorité! Et quelle émotion dans chaque note...

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/02_Italian_Concerto_in_F_BWV_971__2_Andante.mp3&


Le dernier mouvement en Fa majeur et à deux temps est tout simplement éblouissant. Il est écrit sur le même plan que le premier mouvement: un thème posé d'emblée, qui alterne tout du long passages orchestraux et passages solistes, puis est redit à la fin. Mais contrairement au premier mouvement dont les tutti sont construits sur des successions d'accords, ce troisième mouvement s'élabore autour de la gamme ascendante de Fa majeur joyeusement lancée dès la première mesure. Cette gaieté ne prend fin qu'avec la dernière note. Les passages aux motifs moult fois répétés, presque bégayants,  sonnent comme une de ces danses populaires dont les motifs sont rejoués et rejoués sans cesse afin de laisser danseurs et musiciens plonger dans le bonheur de ces phrases ou pas qui grisent un peu l'âme...

Toujours avec Scott Ross au clavecin. L'artiste sait ici merveilleusement faire ressortir ces ritournelles ( dont je parlais au tout début de l'article ) aux couleurs si diverses à chaque fois:

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/03_Italian_Concerto_in_F_Major_BWV_971__III_Presto.mp3&

Puis Alfred Brendel qui choisit ici le tempo idéal pour ce mouvement, tout en légèreté et finesse. Et un remarquable jeu de la main gauche que l'on n'entend pas toujours avec autant de clarté.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/03_Italian_Concerto_in_F_BWV_971__3_Presto_1.mp3&


herbier linné


Et ici la version qui décoiffe de Jacques Loussier ( vidéo)




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commentaires

Binh An 22/01/2011 21:57



Viviane, Si tu n'as pas vu PIANOMANIA, il faut aller le voir. C'est un film délicieux. Tu vas surement l'aimer !


Bon dimanche,


Binh An



Russalka 24/01/2011 10:09



Ah, j'en ai beaucoup entendu parler, avec passion et enthousiasme,  et il est prévu pour les semaines qui viennent, quand Michel
sera un peu plus disponible car ses études le prennent beaucoup... Mille merci Binh An de ce rappel nécessaire.



clementine 12/01/2011 22:57



Le tableau est sublime. Tu décris très bien la scène en la resituant dans l'histoire.
Bonne soirée clem



Russalka 14/01/2011 09:23



Merci Clem, j'espère que la musique t'a plu ;o)))



Martine 09/01/2011 10:41



Bonjour Viviane,


Cela faisait un moment que je n'étais pas venu écouter et me régaler de tes explications passionnantes. Chacun de tes articles est très fourni, très intéressant à tout point de vue. Il mérite
toute notre attention. Aussi, je viens lorsque j'ai du temps devant moi. Pas question d'un passge en coup de vent.


Ce matin j'ai écouté chaque morceau avec plaisir .


Le premier mouvement en Fa majeur au clavecin par Scott Ross est très joyeux et dansant. J'ai apprécié le rythme enlevé et vif.


Le même au piano par Alfred Brendel est plus calme, plus posé je trouve. Les notes, derrière le précédent semblent plus assourdies. sans doute que l'écho hantait encore mon oreille.


 


Le second mouvement en Ré mineur par Scott Ross: Quel changement d'ambiance: Une mélancolie s'écoule, colorée par le son particulier du clavecin. Une relative lenteur renforce cette impression.
Tu le trouves trop rapide. Je ne conteste pas car je ne possède pas assez d'acquis dans ce domaine, ni de comparaisons.


Avec Alfred Brendel, le jeu au piano est encore plus lent, plus sourd. C'est plus dramatique. La tristesse est là, pesante....


 


Le dernier mouvement en Fa majeur avec Scott Ross: Alors là, retour vers la lumièère, la joie. Les notes s'élèvent, rapides, brillantes. Elles résonnent dans la poitrine. Je ne sais pas jouer
mais j'ai les doigts qui me démangent, qui pianotent  le vide. Il me prend une envie de danser comme unegamine, sourire aux lèvres. C'est magnifique!


Avec alfred Brendel, le piano là aussi s'emballe , la main court avec vivacité et brio. C'est une joie plus posée je trouve. Le piano fait plus sérieux. Je le vois en frac de grand soir. Alors
que le clavecin a une image plus légère, éclairé de chandelles, entouré de perruques poudrées et jabots dentelles...


Tu m'excuseras Viviane de ne pas parler musique comme il faudrait. Ce sont juste des ressentis; l'instinct qui parle car ma culture musicale n'est pas assez profonde pour bien m'expliquer avec
les mots qui conviennent.. Je me sens plus à l'aise en peinture.


En tout cas, je te remercie pour ce moment très agréable passé chez toi.


Je te souhaite un bon dimanche


Martine



Russalka 09/01/2011 11:13



Ne t'excuse pas, Martine, tu en parles justement comme il faudrait toujours en parler: avec émotion, ressenti profond et images qui
témoignent. Tu as fort bien senti l'allégresse du clavecin et le caractère déjà plus " concertiste en frac " du piano. Doublement merci donc, de ton commentaire qui écoute jusqu'au bout! ( moi
non plus je n'ai pas toujours le temps de passer, le jardin me happe d eplus en ^plus...)



Valentine :0056: 08/01/2011 23:32



Ah ! Le Concerto Italien, cette merveille de gaieté, de brillance, de jubilation ! Et tu nous l'expliques si bien, avec tout ce qui l'entoure, et tout ce qui
le construit... (D'ailleurs je me suis toujours demandé en effet, pourquoi on l'appelait "concerto" : avec quoi rivalise le clavecin ? A une époque où précisément on était encore tout près de
l'étymologie du mot ? Et d'un mot "italien" !!)


J'aime particulièrement l'interprétation de Scott Ross, encore que la version piano soit tout à fait acceptable ; et dans le second mouvement, il me semble
que la difficulté vient du fait que le clavecin est un instrument à cordes pincées (et non résonantes comme les cordes d'un luth par exemple), si bien que cette mélodie faite pour être chantée et
surtout tenue est un peu mise à mal, ce qui explique peut-être la légère accélération, destinée à donner de l'enchaînement aux notes... Là j'avoue que le piano fait mieux (d'ailleurs à ce qu'il
me semble il va presque aussi vite), et finalement j'ai l'impression que c'est une mélodie qui serait encore mieux servie à l'orgue...


Mais pour la version "qui décoiffe", il peut se la garder !! Berkk !



Russalka 09/01/2011 11:09



Oui, le clavecin joue ici un concerto dans le style italien avec des parties qui imitent l'orchestre dans sa puissance, et des aprties
qui au contraire font chanter avec ténuité le soliste.
Tu as raison pour le tempo. La technologie du clavecin explique cette rapidité relative, mais le piano aurait pu faire un peu plus lent...
j'adore Loussier, mais il faut y entrer en douceur, peut-être là était-ce trop... rapide ;o)) Bisous et merci!



aimela 08/01/2011 12:31



3 artistes peintres que je ne connaissais  pas , merci Viviane Bises



Russalka 09/01/2011 11:07



Contente que tu les aies découverts ici alors! Bisous et merci Aimela!



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