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Musique de la semaine

Arundo Donax

10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:42

 
            

                 Haendel ou la soif de conquêtes.

 

 

 

 

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                                                          Toile de Van Wittel

Comme on s'en est venu il arrive que l'on s'en aille.
L'ambition personnelle n'est pas toujours la motivation profonde. Pourtant on peut penser de Haendel qu'il était habité par un tel besoin de reconnaissance que toute proposition mirobolante bousculait en lui ce point commun de la nature humaine: le tempérament casanier, désireux de sécurité et de confort.
C'est donc sans regret qu'il quitte en 1710 la Venise où tant d'amitiés fécondes se nouèrent pour la brumeuse Hanovre où l'attend un poste de maître de chapelle de l'électeur Georges Louis.

A-t-il prescience de ce que sera demain? A peine arrivé il quitte son poste puis ne cesse ses va-et-vient entre Londres et Hanovre. La capitale anglaise dont lui ont dit le plus grand bien ses rencontres vénitiennes
a la réputation d'être la plus riche et la plus peuplée du monde. Et puis Georges Louis n'est-il pas l'héritier putatif de la couronne d'Angleterre?


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Renaud et Armide, toile de Francesco Hayez

Londres est en manque de grand musicien depuis Purcell. Haendel arrive à point nommé! Son opéra Rinaldo y est triomphalement accueilli par un public secoué: il n'a jamais rien entendu d'aussi puissant, émouvant, conquérant...
Pour faire bref... L'oeuvre raconte le rapprochement amoureux que deux êtres que séparent une guerre de conquête de Jérusalem, le talent puis la jalousie d'une sorcière. Tous les ingrédients d'un opéra qui se termine bien pour une fois par les épousailles des deux tourtereaux.  Je vous en offre en sus du Lachia chi'o pianga que vous connaissez déjà, deux extraits très prenants et qui donnent idée de l'élégance et de la bellissime fureur des orchestrations de l'époque.


Ouverture

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/08_Rinaldo.mp3

 

Furie Terribili extrait de l'acte 1

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/1-15_Rinaldo___Act_1_-_Aria__Furie_terribili.mp3




haendel-hanovre.jpg
 

 

On peut imaginer que le froid qui accueillit Haendel à Londres était assez semblable à celui représenté sur ces magnifiques toiles de Abraham Hondius.




abraham-Hondius-tamise-gelee.jpg



tamise-gelee.jpg

Après une année de transition durant laquelle il retourne vers son poste allemand, Haendel décide de s'installer en Angleterre. Sa reine d'adoption, Anne 1ère, quoique très atteinte et déformée par la goutte qui l'emportera, reste sensible aux hommages. Haendel qui est un général en pleine conquête compose pour elle des hymnes très solennels (et parfois un peu scolaires) dans lesquels la souveraine est comparée à l'éternelle lumière divine. Rien moins que cela... La reine adore, naturellement! Quelle femme n'aimerait pas être ainsi courtisée? Je vous propose d'écouter un de ces Odes :


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/13_Eternal_Source_of_Light_Divine_Birthday_Ode_for_Queen_Ann.mp3





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En 1713 les relations tumultueuses entre la France, l'Espagne et l'Angleterre se referment -sans gloire pour chacun des protagonistes- sur le traité de paix d' Utrecht.

Ce sera l'occasion pour notre fécond et très opportuniste compositeur d'avancer une nouvelle carte: un Te Deum qui reprend si fidèlement certaines intonations de celui de Purcell que les diacres de Saint-Paul décident de ranger aux placards de l'histoire et de la cathédrale le Te Deum inspirateur et le remplacer par la mouture qu'en a fait Haendel.
Notre homme est habile. Il sait l'attachement des anglais pour leur grand compositeur. Et il a du talent et de la plasticité à revendre...Quoique pas dans tous les domaines...  On le voit beaucoup dans les soirées mondaines tissant un réseau d'appuis et perfectionnant cette langue anglaise qu'il parlera toujours avec un détestable accent.

Voici un duo extrait de ce Te Deum, We praise the, Ô God, qui donne idée de la passion de Haendel pour les voix, qu'elles soient solistes ou regroupées en grand choeur:



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/2-08__Utrecht__Te_Deum__Jubilate_HWV_278__279__We_praise_thee_O_God.mp3



Les reines aussi ont une fin et rejoignent un jour la lumineuse éternité à laquelle on les comparait. 

A la mort de sa bienfaitrice, en 1714, c'est Georges Louis de Hanovre qui prend la tête du pays sous le titre de Georges 1er. 
Il n'est guère rancunier et prolonge ses faveurs à Haendel sur cette terre anglaise comme il les lui avait accordées en Allemagne. Mieux encore, le duc de Chandos propose au compositeur de s'installer chez lui, ce que Haendel fera sans hésiter.

Se succèdent alors jusque 1728, en hommage à son souverain quelque peu délaissé en d'autres lieux et à son nouveau bienfaiteur, des oeuvres qui font désormais partie de notre patrimoine musical quasi inconscient comme la célébrissime Water Music qui sera créée sur des bateaux voguant sur la Tamise, les concertis pour orgue, les suites pour clavecin et bien sûr de très nombreux  opéras qu'il aura d'autant plus de coeur à composer que Londres lui offre sur un plateau la direction artistique et musicale du théâtre Haymarket.

On découvre alors que le compositeur se double d'un recruteur de talents sans pitié. Il y est aidé pour la partie gestionnaire par un aventurier suisse.

Tout ceci agace considérablement la bonne société anglaise: quoi! Un compositeur d'origine allemande soutenu par un roi allemand et aidé par un financier suisse? C'en est trop et l'on fiche dans les pattes de Haendel, au nom de la libre concurrence ( déjà)  une obligation de tournoi contre des compositeurs italiens.

Entre bagarres musico-politiques, crêpages de chignon des divas La Faustina et La Cuzzoni qui en viennent parfois aux mains sur scène, Haendel a fort à faire... Il écrit cependant des oeuvres magnifiques, comme stimulé par l'ambiance belliqueuse de ce Londres aussi passionné que des italiens.




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Quelques extraits de cette période féconde.


Water Music, Prélude par Jordi Savall et sa joyeuse équipe:

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/01_Water_Music_-_Suite_1_In_F_HWV_348_-_Prelude_1.mp3


Water Music, Hornpipe

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/12_Water_Music_Suite_No_1_in_F_HWV_348__XII_Alla_Hornpipe.mp3



L'Harmonieux forgeron par Trevor Pinnock. Tout le talent d'improvisateur et le sens de la mélodie de Haendel se déploient ici avec virtuosité et sensibilité.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/01_Air_and_Variations__The_Harmonious_Blacksmith__Harpsichord_Suite_No_5_in_E_HWV_430__The_Harmonious_Blacksmith_.mp3&



La très célèbre Sarabande par Olivier Beaumont

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/19_Harpsichord_Suite_No_7_in_G_Minor_HWV_432__IV_Sarabande.mp3


Le Concerto pour orgue n° 1 HWV 289, Andante par Matthews Halls. La jubilation d'écrire y est présente comme jamais...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/23_Concerto_pour_orgue_No_1_en_sol_mineur_HWV_289__Andante.mp3


Ouverture de l'opéra Radamisto. Ma parole, aurait-il très souvent écouté celle du Didon et Enée de son aîné Purcell?


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/1-01_Radamisto_HWV_12__Overture.mp3


Radamisto, duo Acte II scène 11, Se teco vive il cor


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/01_Radamisto_HWV_12a.mp3



En 1728, les concurrents italiens de Haendel, écrasés par sa supériorité créatrice et sa vitesse de production se sont repliés chez leurs lords et mécènes respectifs. Mais à force de ne se préoccuper que de damer le pion à ses rivaux et ménager les stars de la scène, Haendel a laissé les caisses de son théâtre se vider. Afin de continuer de donner vie à son oeuvre lyrique, il va y risquer sa pension très élevée ... A suivre!






 

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commentaires

Merlin 22/11/2011 22:09


Je suis si content de voir qu'Aimela commence à apprécier cette musique à laquelle a priori elle était un peu réfractaire : ça prouve que l'objectif est en
partie atteint. Mais je peux comprendre car moi-même j'ai été longtemps privé de musique et je n'ai jamais eu le moindre disque à moi, ni dans mon enfance, ni dans mon adolescence. Les premiers
disques que j'ai pu écouter "chez moi" étaient ceux que ma femme possédait. Bon, après, j'adore la musique mais je crois depuis toujours et surtout celle produite par la voix humaine soprano
(pour les femmes) et celle des magnifiques voix de ténors pour les hommes : ce sont ses modèles vocaux qui sont intégrés dans nos oreilles et seules la vivration et la musicalité jouent leurs
rôles mélangés et complexes au niveau de l'émotion générée et au niveau de la réception intellectualisée. Quelle belle brochette que celle de ces choix musicaux que tu nous proposes ! Quand
Haendel sera fini, il faudrait pouvoir les regrouper.Un vrai régal !


Merci à toi Viviane !

Russalka 23/11/2011 17:24



 


Comme toi je suis sensible aux voix et même lorsque j'écoute un instrument quel qu'il soit, c'est sa voix que je
recherche avant toute chose. Cette subtilité d'harmoniques qui lui permet de se rapprocher le plus de la voix humaine. Et les très grands artistes savent faire chanter même uninstrument à cordes
percutés comme le piano ou pincées comme le clavecin ou la guitare... Et comme toi super contente de constater qu'avec le temps, même les auditeurs/lecteurs les plus rétifs se laissent conquérir
;o)) Tu as une très bonne idée, je collecterai tous les airs de cette série Haendel sur une seule page , ce sera le n° 6 ;o)) Demain je n'aurai pas d'ordi, ce sera journée jardin, Michel me
l'emprunte pour une session à la fac....Bises et merci!!



juliette 21/11/2011 10:57


Très riche et intéressant comme toujours.


J'aime assez Haendel, mais pour être franche je préfère la musique contenporaine


 


Amitiés

Russalka 22/11/2011 18:46



 


Ah, tu vois, moi JE DETESTE LA MUSIQUE CONTEMPORAINE!!!  mais cela n'empeche pas de converser ;o)) Mille merci
Juliette...



Joubert 19/11/2011 21:17


J'aime votre article, Viviane. Vous voir tracer ainsi, imperturbable, votre sillon.

Cet Harmonieux forgeron est très vivifiant et élégant. Ma pièce préférée de cette belle page.

Pourquoi ce titre, d'ailleurs ?

Amitiés,

Joubert



Russalka 20/11/2011 09:08



 


C'est super gentil Joubert. En fait ce titre a été apposé à la partition après la mort de Haendel et son origine reste
obscure. on a même été chercher un vrai forgeron qu'aurait côtoyé Haendel, prétextant que le bruit de sa forge avait inspiré le dessin inéluctable de la main gauche, allant même jusqu'à lui
édifier une pierre tombale. Mais personne ne sait réellement le pourquoi de ce titre ... Moi aussi j'adore Pinnock!



transcription audio Nantes 19/11/2011 19:13


Haendel est un compositeur que j'aime beaucoup ; je trouve sa musique envoutante. Merci de cette page documentée, mêlant peinture et musique.

Russalka 20/11/2011 09:06



 


Merci Webmaster ( commentaire de pub indirecte, non ;o))) ?



clémentine 17/11/2011 23:43



C'est un texte très riche en culture.
J'apprends toujours en venant ici.
Bises


clem



Russalka 18/11/2011 09:36



 


Merci Clem, j'essaie de continuer, tranquillement, à nourrir ces pages ;o))



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