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Musique de la semaine

Arundo Donax

2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 22:03

 



En ces temps-là, une comète qui porterait sous peu le nom de celui qui avait en tête d'en définir la périodicité, Halley, frôlerait à nouveau le ciel terrestre de sa plume.
La belle tapisserie de Bayeux nous faisait part déjà de ce passage dès 1066 au-dessus des têtes intriguées de l'armée de Guillaume le Conquérant:



halley-bayeux.jpg



Temps difficiles pour les peuples que cette fin de siècle là. Les protestants fuient la France où, à la suite de la promulgation de l'Edit de Nantes, leurs écoles sont fermées, leurs temples détruits, leur confession interdite. Le froid s'installe peu à peu, détruisant terres et récoltes, favorisant les épidémies et tuant par millions les populations des villes et des campagnes. Certes les peintres célèbrent un peu partout les jeux joyeux dans la neige et sur la glace mais c'est exercice de style: le froid décime l'Europe entière.
 

averkamp-paysage-de-froid.jpg


Toile de Averkamp. ( clicquer sur la photo pour la voir en grand format )


Beerstraaten_paysage-d-hiver.jpg

Toile de Beerstraaten ( clicquer sur la photo pour la voir en grand format)


De l'autre côté des mers et des océans, la presqu'île de Manhattan a été achetée par les navigateurs hollandais aux Algonquins natifs du lieu pour la somme de... 24 dollars!!!



minuit-rachete-manhattan-aux-indiens.jpg


La traite des noirs continue de vider le continent africain de ses âmes.



traite des noirs bordeaux

En Allemagne, à Magdebourg précisément, en 1681 naît Telemann dans une famille de pasteurs.
L'enfant est exceptionnellement doué. La mort de son père alors qu'il a tout juste quatre ans le met sous la responsabilité éducative de sa mère. Pour celle-ci, et en dépit d'antécédents musiciens dans sa propre famille, le métier d'artiste ne vaut pas de bonnes et solides études générales. De fait,  rien ne résiste au jeune Telemann: latin, grec, géométrie, langues étrangères. A
u fond, autodidacte dans l'âme. Mais aucun des précepteurs qui lui sont choisis ne parvient à intéresser son insatiable curiosité. Sa mère finiti par l'envoyer en pension afin de décourager sa propension à se débarrasser des hommes de savoir ainsi que de sa vocation irrésistible pour la musique.

La pension? La belle affaire ! Il y compose une oeuvre par jour dont de difficiles cantates, opéras, sonates. Finalement, sa famille
accepte qu'il s'oriente vers des études musicales en contrepartie de sérieuses études de droit. Il mène tout de front et parvient même durant ses années d'étudiant à créer un orchestre et prendre la direction musicale de l'église de son université. Surtout, il fait la connaissance de Haendel avec lequel se noue une très solide amitié. Les deux jeunes gens s'encourageront longtemps mutuellement dans leur vocation.

Puis il s'installe à Leipzig où il fonde ce fameux Collegium Musicum dont la direction sera par suite reprise en 1729 par J.S.Bach.
Ce sont les temps de l'union heureuse avec Louise Eberlin ( qui le laissera veuf assez jeune), de l'amitié avec la famille  Bach, des responsabilités multiples et dispersées dans toute l'Allemagne, la Silésie, la Pologne...

Son esprit rigoureux et critique puise à toutes les sources possibles d'inspiration et de style. Travailleur forcené, il tient un compte précis de ses oeuvres, même si la majeure partie d'entre elles reste à l'état de manuscrits: la diffusion à grande échelle n'intéresse encore personne, pas même les génies... et il en est. Au point de préférer graver lui-même ses oeuvres pour impression puis édition.

Telemann est âgé de douze ans quand il compose son premier opéra...
A la fin de sa vie - qui fut longue- le vieux monsieur ne décompte pas moins de 6000 oeuvres! Soit davantage que Bach et Haendel réunis !

Une courte énumération mais parlante.
12 séries de cantates pour chaque dimanche de l'année, soit de quoi écouter l'office en musique douze années durant.
44 Passions. 100 oratorios. 40 opéras. 600 ouvertures à la française. Plusieurs centaines de concertos, de sonates, trios quatuors, on en passe.


On comprendrait presque que sa seconde épouse le quitte en 1736. La musique est la véritable compagne du compositeur et pour lui plaire, il s'installe à Paris afin de continuer plus aisément à subvenir à l'entretien de ses enfants dont il a gardé la charge.


Nicolas-Jean-Baptiste_Raguenet-_place-de-greve.jpg

Toile de Nicolas J-B Raguenet.

Il restera deux ans dans la capitale française puis réduira peu à peu son tempo de composition.
Cet ami intime de Bach, au point de devenir le parrain de Carl Philipp Emmanuel, fut au contraire du Kantor animé d'une terrible bougeote.
Directeur des opéras dans toutes les villes où il passe, il ne cesse de créer des orchestres, fonder des revues musicales, donner mille concerts. Sa santé d'acier et son éternelle bonne humeur à donner de lui-même en font un artiste prisé, recherché et tenu en son temps pour le plus grand compositeur allemand, bien avant Bach.

D'où vient ce désamour pour sa musique?

Sans doute cela tient-il à une apparence de facilité et au fait que nombre de ces oeuvres étaient en quelque sorte son entrainement routinier. Avec ce que ce mot suppose de caractère répétitif.

Compositeur caméléon qui savait se couler dans tous les styles, il savait être français dans ses ouvertures, italiens dans ses concertis, allemand dans ses cantates et oeuvres polyphoniques, slave même dans certaines formules rythmiques et mélodiques et pour tout dire galant jusqu'au bout des doigts au point d'annoncer Mozart et l'époque classique aux portes de laquelle il se tient avec son sens inné de la belle ligne mélodique et de l'accompagnement qui ne pèse jamais mais soutient, honore, embellit.

Il meurt en 1767 au terme d'une vie de voyages et de création ininterrompus, non sans laisser ses mémoires écrites entre deux compositions sous un nom d'emprunt qui n'est autre que l'annagramme de son patronyme: Mélante.
Son oeuvre sera redécouverte quasiment en même temps que celle de Bach par... Mendelssohn.

Mais place à l'écoute.
Difficile de choisir dans cette oeuvre immense et prolixe.


Commençons par le premier mouvement, Allegro, du concerto pour hautbois d'amour en La majeur dans la très belle interprétation de Paul Kuentz
Vous allez découvrir un homme aussi joyeux que l'était Vivaldi...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Concerto_en_la_majeur_pour_Hautbois_damour___Allegro.mp3



Mais découvrons le largo du même concerto. Quelle belle intériorité, quelle magnifique ligne de chant qu'entame le violoncelle comme appelant l'écho du hautbois! Est-ce le même homme? Mais oui, humain, si humain donc si vaste!

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Concerto_en_la_majeur_pour_Hautbois_damour___Largo.mp3




A l'instar de son compatriote Haendel, il écrira une musique à jouer sur l'eau, Watermusic ou Wassermusik en allemand. L'oeuvre fut composée en 1723 pour fêter le centenaire de la naissance de l'amirauté de Hambourg. L'ouverture en dépeint la Mer. Puis chacun des mouvements suivants, qui emprunte à la forme Suite de danses,  illustre tour à tour un personnage de la mythologie marine.


En voici trois extraits.
Le premier s'intitule Arlequinade ou les plaisanteries de Triton.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_06_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Harlequinade_plaisanteries_de_Triton.mp3


Le second est dédié au Réveil de Thétis, fille du Ciel et de la Terre et épouse de l'Océan.
C'est avec une bourrée aux accents bien terrestres et solides qu'est campé le personnage, sans doute en référence à sa solide présence apaisante et bénéfique dans de nombreuses légendes.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_03_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Bourree_Le_re769veil_de_Thetis.mp3

Le troisième que j'ai choisi de vous faire découvrir nous emmène en Espagne et plus précisément aux Canaries. C'est une Danse de marins qui rend ici hommage aux matelots.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_10_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Canarie_les_joyeux_matelots.mp3


Telemann avait composé de très nombreuses Passions. La plus célèbre d'entre elles est sans doute la Brokes-Passion, du nom de celui qui en écrivit le livret poétique dans lequel Bach puisa abondamment pour sa propre Passion selon Saint-Jean.
Je vous propose d'en écouter le 106 ème verset chanté par " Trois âmes fidèles " et intitulé "Ô Donnerwort" ( Ô monde de tonnerre ) d'une grande puissance dramatique. Après une introduction rapide à la française qui évoque les éclats d'un orage, les trois voix solistes féminines dialoguent dans un climat plus que tourmenté... Belle page toute en rebondissements inattendus et qui se referme dans un climat de très humble piété.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/12_Brockes-Passion_-_106_Terzett_Drei_Gla776ubige_Seelen__O_Donnerwort_O_Schrecklich_Schreien.mp3


Pieter-Claez-Nature-morte.jpg

Toile de Pieter Claesz


Et pour conclure ce trop court voyage, un extrait de sa Musique de table.
Cette musique, dans sa relative facilité, pouvait être interprétée aussi bien par des amateurs que des professionnels et constituait une somme à la fois artistique et pédagogique équivalente aux concertos brandebourgeois de Bach.
Un mouvement joyeux, l'air de la suite en ré Majeur TWV 55. La prééminence de la ligne mélodique sont déjà de ces temps classiques où les rondeurs sans écueils du style galant l'emporteraient définitivement sur les creux, bosses et ombres de la perle baroque.
Bonne écoute!

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/TelemannMusique_de_Table_Part_II__Overture_Suite_In_D_Major_TWV_55_D1__II_Air__Tempo_Giusto.mp3&







 

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commentaires

juliette 06/03/2012 11:09


Cette comète, Tolstoiï l'évoque aussi dans Guerre et Paix


 


Et ce n'était que de la glace ....

Russalka 07/03/2012 20:08



 


Oui, comme quoi, la glace peut être de feu... Merci Juliette!



Valentine :0056: 05/03/2012 17:55


Je n'aime pas beaucoup ce qui suit... La "Wasser musik" me paraît trop superficielle, et je n'aime pas ce style gradiloquent et agité dans sa "Passion" ;
cela manque d'intériorité et rappelle comme tu dis les musiciens français.


Par ailleurs "Ô Donnerwort" ne veut pas dire "monde du tonnerre" (ce serait en allemand "Donner WELT") mais "MOT de tonnerre" (Wort en allemand est
l'équivalent de word en anglais). Il y a une cantate de Bach qui commence ainsi : "Ô Ewigkeit, du Donnerwort !" Et en fait voici comment cela se traduit : "Ô éternité, mot foudroyant"
! ("du" veut dire "toi" et cela ne se traduit pas ici en français).

Russalka 06/03/2012 10:22



 


Ah, merci de la précision, pourtant j'ai consulté un dictionnaire en ligne, comme quoi ce n'est pas fiable ( je ne
suis pas germaniste pour deux sous...).
Je modifierai sur le blog ce soir! Bisous...



Valentine :0056: 05/03/2012 17:42


Enfin, me voilà... Et en même temps, voici que les fenêtres des commentaires font des leurs, et peinent véritablement à s'ouvrir.
Enfin, il y a un peu de soleil aujourd'hui et ce concerto pour hautbois d'amour est pour moi un véritable petit soleil !


En même temps, tu me fais découvrir un compositeur que je ne connais pratiquement pas... Comme d'ailleurs beaucoup de cette époque de la longue série de tes
très intéressantes études. Le "hautbois d'amour" est un instrument merveilleux, trop oublié aujourd'hui, et bien en accord avec les "violes d'amour" ou les musettes de cour !  Cela réveille
bien sûr en moi toutes sortes de souvenirs positifs et qui finalement font du bien aqu coeur. j'écoute ce concerto et rouvrirai peut-être une fenêtre de commentaire pour les écoutes
suivantes.

Russalka 06/03/2012 10:25



 


Il n'y a pas que les fenêtres des commentaires, il y a la lenteur à l'affichage, les NL qui ne parviennent plus que d
e manière aléatoire etc etc mais je ne dis plus rien car on ne me répond jamais sur le forum...
Le hautbois d'amour a une sonorité délicieuse et je suis vraiment contente que ce morceau ait un peu adouci ta journée... Je te réponds ce soir en privé ;o))



Valentine :0056: 04/03/2012 21:32


Beau travail ! Mais je ne me sens pas capable d'affronter Telemann encore ce soir... Par contre les illustrations que tu nous offres sont superbes.

Russalka 06/03/2012 10:52



 


Merci Martine ,  ces toiles sont des merveilles, tout simplement!



marlou 04/03/2012 08:35


Cet article est un véritable bijou qui enrichit ceux qui aiment la musique !


Merci Viviane, bonne semaine

Russalka 06/03/2012 10:51



 


Merci Marlou, il m'a fallu du temps pour l'écrire car ma maison est devenue une auberge ;o)) pour la famille et les
amis...



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