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Lundi 5 novembre 2007


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De nacre était la Lune et de Lune les nacres
dans les cheveux de mon aïeule

Elle attisait le feu avec cette économie de gestes que j’aimais de plus en plus chez elle.


-Mère, dis-moi pourquoi le cercle est si important pour notre peuple ?

- Nous construisons en cercle, nous réunissons en cercle, combattons en cercle... le cercle, vois-tu enfant, c’est le signe du temps.

-Raconte-moi le temps !

-Le temps...
Assieds toi là, enfant.
Le temps...

C’est cette goutte que tu vois perler
Au ventre de l’araignée
D’abord un petit point qui se file et s’étire, puis se fait roue dans la nuit. Il roule et puis  revient, jamais le même, jamais autre.

 Ce n’est pas un pays, mais il est habité.
 Sache bien le remplir

Ce n’est pas une montagne, mais il donne le vertige.
Sache ne pas avoir peur de ton tout dernier saut

Ce n’est pas une main, mais il touche le néant et se tend vers la seule chose qui t’appartienne en propre: ta mort.

Ce n’est pas un nuage, mais son ventre est gonflé de ce qui adviendra.
Sache aimer ce qui n’est pas venu.

Ce n’est pas un grand corps
Mais son cœur bat tam-tam et il chante la Vie.

-Mère, je voudrais tant parfois revenir en arrière…
Ou bien trouver l’oubli.

-Tu voudrais voir le fruit avant la fleur ? On ne fait pas violence à l’oubli. Il se dresse parfois comme une victoire. Mais il respire seul.

-Mère, chaque instant me tire de la solitude pour m’y précipiter.

Accepte enfant, accepte ce qui vient,
Emerveillement ou protestation.
Ne reste pas un point,
Etire ton être, étire-le en toutes dimensions.
 
par Viviane Lamarlère publié dans : Contes de la rivière aux Loups
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Samedi 11 août 2007


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Fille de Chicoutimi, Mère, dis moi... pourquoi les femmes qui boitent ont-elles dans notre famille une telle importance?

- Parce qu’elles sont en relation avec ce que personne ne doit voir, enfant, veux-tu que je te raconte ?

-Oui, et je te promets que j’écouterai en silence...
- Rien n'est moins sûr, tu vas lentement enfant à apprendre le silence mais... sans doute ta curiosité est-elle insatiable?
 
Il y a longtemps, près de notre belle rivière vivait une tribu. La fille aînée du chef était très curieuse, de tout de rien, des petites choses comme des grandes et déjà douée pour soigner avec les herbes sauvages.


Elle était très belle surtout et on ne lui connaissait aucun amour. Elle n’aimait que le jeu, les pierres et le feu.

Elle ne savait pas, la beauté aux yeux doux,
qu’il faut rester au chaud quand se raidit le vent
se faire des colliers avec les fruits du houx
et attendre modeste le retour du beau temps.

Elle a vu un matin...
Les feuilles étaient si rouges
la bise toute joie
enfilait ses grands doigts
dans ses beaux cheveux noirs, on dirait quand elle bouge
que coule sur ses seins
la pierre des volcans...
elle a vu un errant
assis au pied d’un arbre et voulut le connaître.

Non, il ne faut jamais aller plus loin qu’on peut
les pieds sont nos seuls maîtres
mais chez elle les yeux
gouvernaient son vouloir. Il est parti, le gueux,
sans but, sans même dire s’il voulait qu’elle le suive.

Elle en a traversé des eaux mortes ou vives
et c’est dans sa tanière
qu’elle l’a vu reprendre
sa fourrure d’ours blanc.  Elle aurait pu s’éprendre
de cet homme qu’hier
elle trouvait magique
mais aimer une bête…

Alors elle a boudé, lui en a fait de même
attendant un "je t’aime"
qui l’aurait transformée
en ourse  à ses côtés

Puis elle s’est endormie au chaud dans ses grands bras.
et c’est lui un matin qui lui a dit «Tu vas
et ne reviens jamais, il ne faut pas aller
plus loin que les pieds disent.
Tu vas de pierres grises
et d'herbes et de sueur t'habiller chaque hiver
jamais tu ne sauras le baiser d'un guerrier.

On ne surprend pas
impunément
l’homme qui se fait bête le temps que l’hiver passe.

On ne voit pas les secrets de la vie sans lui rendre son dû.
La  belle en a perdu
l’usage d’une jambe...

Mais il y a justice en ton pays Cheyenne, enfant,
Les boiteuses sont chamanes et femmes médecine
souvent
Ceci compense cela...

La boiteuse s’en va
Au pays du non dire
et quand elle se réveille ses yeux sont aussi plats
et vastes que ces terres inconnues du commun
on peut marcher dessus
et
comprendre le sens du vivre et du mourir



par Viviane Lamarlère publié dans : Contes de la rivière aux Loups
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