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Quand mon entendre monte
aux patiences du ciel,
fruitées, blanches, qui luttent
je sens
de vert en vert emportant la campagne
en fleur le temps glisser
sur les tables d’hiver.
Toutes proches résonnent
des voix baignées dans l’eau de tombe
un dernier geste de la main
l’herbe écrasée du jour qui mord
Toutes proches penchées
vers l'absente leurs nuques
Je dis
que je n’ai plus de preuve que quelque chose vit
La faim d'un plein désert
content de soirs
et blond
se déplie nue au coeur de toutes mes fatigues
Toile de Jean-Michel Folon
]]>fr2008-05-17T13:09:00Z
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fr2008-05-17T11:19:42Z
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Requiem de Rutter
]]>fr2008-05-14T22:26:00Z
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Cet auteur dont je vous ai déjà parlé,
à propos des Vies secrètes du Hans Trapp
ou de La solitude du Kristkindel
cet auteur que je rêve d'accueillir un jour dans notre douce région vient d'éditer un livre dont j'ai reçu hier en avant
première deux photos, accompagnées comme toujours d'un petit mot délicieux, délicat, drôle et vivant et tendre, à l'image de ce que j'imagine être ce conteur dessinateur peu banal.
Regardez ce lion et son dompteur étonnés, aux yeux brillants à l'identique, vers quel pays l'auteur va-t-il encore nous emmener? Voilà ce que je rêve de savoir, très vite, pour mieux vous en
parler.
Je n'ai jamais vu des cheveux d'or peints avec cette patte certaine, qui fait du poil qui nous pousse sur la tête un joyau solaire.
Et puis, rien que le fait de nous montrer simplement le buste des deux personnages me donne envie de connaître ce qui se passe de l'autre côté du mur sur lequel ils semblent appuyés et
regarder ailleurs... au fond de mes propres rêves.
Ce rêve serait-il d'une chute dans l'éther? Tous les enfants - même les plus grands - sont longtemps
poursuivis par ce rêve d'être un planeur vivant, ce rêve de chute au bout de laquelle se trouve toute rédemption. Oui, ces deux seules images me parlent de nuits transfigurées, de natation
dans l'air pur, d'un mélange de joies et de petites trouilles, d'émerveillement au rendez-vous...
Et puis le titre n'est pas sans m'évoquer un autre grand rêveur, un autre promeneur du ciel et des étoiles. Aussi,
et avant que de me munir de mon bâton de pélerine et trouver un lieu sur ma région où accueillir en vrai et faire connaître cet auteur au-delà de ses terres d'Alsace, je voudrais avec
une pensée toute amicale lui offrir ce poème de Rimbaud:
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur
]]>fr2008-05-14T21:18:21Z
http://www.vlamarlere.com/article-10805223.html
Je suis venu pour vous faire peur
effacer de
mon eau lourde du bleu du ciel
l'encre noire de vos
arbres
Voyez mon chien de vent qui jappe son troupeau
il mordra vos clochers
jusqu'à l'os des prières essorera vos routes de l'essaim bruissant
troublé comme une loupe
Une rumeur de pluie a gonflé mes pensées
Il ne faut pas que les oiseaux se taisent
ça fait grandir la nuit
Dites aux oiseaux de chanter!
]]>fr2008-05-12T10:03:27Z
http://www.vlamarlere.com/article-18528304.html
Chaque hiver ou presque il neige chez nous abondamment.
La neige tient quelques jours et me fait oublier,
quand je regarde notre pré qui s'enfuit vers Bordeaux,
l'absence de style de notre maison.
En sud Gironde les maisons sont sans caractère.
Alors on se console avec la beauté de la nature
ou on essaie de rendre chaleureux l'intérieur...
quoique tout chez nous soit de bric et de broc.
Ci-dessous, notre pré en neige
Ici une partie du salon.
que la cheminée divise en deux
Au fond un petit coin télé où je ne vais jamais
( Je ne sais pas trouver les chaînes de la télévision...
c'est idiot mais c'est véridique)
La pièce est assez grande pour y loger une table
si nous sommes plus de dix personnes
ou si c'est ... la première fois
et des tas de souvenirs africains.
Le coin bibliothèque qui donne sur l'arrière du jardin.
Vous reconnaîtrez sur la cheminée mon oie de palmier
et puis des souvenirs d'Afrique
même si j'aime bien faire le ménage.
ici devant le canapé
Entre les deux salons
j'organise parfois une table comme sur cette photo
Mais la plupart du temps, nous dînons entre amis à la cuisine
très lumineuse quoiqu'âgée de vingt ans donc un peu... élimée
et où trône mon portable
Pour rester dans ces nuances abricotées,
l'an dernier Mathilde et moi avons refait de fond en comble sa chambre.
Les murs en avaient été voulus bleu roi par Bruno, voici le résultat final
avec des appositions de fleurs sur les murs
un style très japonais...
Juste derrière la chambre de Mathilde
notre coin repas de l'été
un peu fouillis mais bien agréable
La chambre d'amis, toute simple,
très calme
En attendant voici l'entrée de la maison
ce midi, arbres qui poussent n'importe comment.
]]>fr2008-05-11T17:30:16Z
http://www.vlamarlere.com/article-19140489.html
fr2008-05-09T22:22:08Z
http://www.vlamarlere.com/article-18912940.html
Quand le jour pèse sur tes épaules
d'où tiens-tu cette peur?
Est-ce la lumière que tu sais
moitié vraie dans ton dos
ou
ces pierres
devant
pour trébucher?
Eclipse
le regard à l'envers
comme on se déterre
Prière à la Lune de Russalka
opéra de Dvorak
]]>fr2008-05-09T01:22:25Z
http://www.vlamarlere.com/article-18443688.html
Plante d'Épier était triste. Personne ne l'aimait.
Pourtant, elle appréciait son monde
l'herbe d'or le soir
qu'à peine froissaient les pas d'un vieil arbre et de son tout petit
la pluie qui certains jours s'y brisait en vert pur
les sentiers fauves de broussailles, échines bandées,
grognements de cailloux bruns et graves
remontant leur source,
enroulant à la roche un rio de rancunes et de feuilles.
Oui, mais voilà. Plante d'Épier aimait surprendre les secrets des uns et des autres
puis les disperser dans tout le pays.
Ses compagnons d'autres espèces avaient beau parler comme Fumée se dissipe,
elle entendait toujours
et ses Rats-Contars couraient
quelques bouquets malodorants accrochés à leurs moustaches.
Le regard plein d'écorce des vieux arbres ne lui donnait aucune mauvaise conscience...
Une nuit où elle s'était endormie de fatigue, un arbre aux racines plus souples que les autres rassembla toute son énergie et l' envoya promener par les airs.
Adieu belles collines aux fruits rouges comme la mer
Adieu l'arbre nuage aux racines de grèle
Bienvenue au désert.
Plante d'Épier fut encore plus triste. Son atterrissage l'avait transformée en plante de Pierres. Il lui fallait s'enfuir au plus vite de ce lieu en apparence plein d'immobile, si
différent de sa terre natale, dont les paysages bougaient avec une telle brutalité qu'on ne savait jamais leur en
vouloir.
Il lui suffirait d'épier et de parler, jusqu'à ce que ces pierres muettes mais pas sourdes se lassent.
Le résultat ne se fit pas attendre... Pour se débarrasser de cette plante qui parvenait en dépit du peu d'eau à
s'infiltrer jusque sous leurs ombres pour écouter qui sait quoi, une nuit, aidés du vent qui joue tam-tam en ce pays là, pierres et grains de sable se redressèrent tous en une immense dune et
hop... glisse plante, glisse et t'en va vers la ...
Ils n'avaient pas terminé cette pensée
que la plante d'Épier se retrouvait de l'autre côté de leur terre.
Plante d'Épier se sentit fort joyeuse. Cet endroit était éclairé de mille lunes et de mille soleils qui dansaient dans la brise.
- Bonjour! Qui es tu? C'est la première fois que nous te voyons ici... lui demanda une charmante corrolle d'or.
- On me nomme la plante d'Épier, dit elle en rengorgeant sa voute. Je cherche un endroit où écouter ce que raconte le monde.
- Oh la la, oh la la, misère de misère!!! dirent en choeur les lions de plume.
Le plus joli d'entre eux s'approcha.
- Bonjour, toi! Je suis Fleur-Lion, la fée de ma tribu. Si tu veux écouter ce que te dit le monde, tu dois l'enfermer derrière des clôtures pour qu'il ne se sauve.
Je n'ai pas dis " Oui, c'est bien d'agir ainsi !", j'ai dit ce qu'il convient de faire, mais nul n'est tenu de me croire. Voyons... voyons... Tu pourrais rejoindre ces
mauvaises herbes qui bordent les ouches, mais il te faudrait tendre l'oreille car le monde passe vite... Non. Suis-moi! Tu vas te planter là, au milieu des Épis-Haies sauvages , tu seras en bonne compagnie, serrée et
vigilante à tout ce qui se dit.
Ainsi fit la plante, laissant pousser ses feuilles roses, se mêlant aux parfums et racines qui lui firent la fête.
Passèrent les mois, bourgeons, fleurs et branches porteuses de fruits ou d'ombre.
La plante d'Épier s'offrait aux becs d'oiseaux, aux baisers des papillons, aux Rats-Contards spontanés qui couraient sous le feuillage. Les Épis-haies se transformèrent lentement en
Haies-Pillées au grand désespoir de la plante d'Épier. Car
lorsque en une nuit vint la saison froide,
les nids ne chantaient plus guère,
plus aucun bec ne venait la chatouiller,
les Rats-Contards aux moustaches gelées se terraient en compagnie des taupes,
les fruits de ses compagnes pendaient racornis sur leurs tiges ou pourrissaient au sol.
Elle appela alors son amie à la corolle d'or.
- Cette Épis-Haie sauvage est devenue pour moi un Gai-Pied bien triste, Amie... Je ressens une envie d'ailleurs. Toi qui est de bon conseil, que dois-je faire?
- J'ai toujours su que tu ne te plairais pas longtemps chez nous, lui répondit la Fée des Fleur-Lions en ravalant ses larmes. D'ailleurs tes propres fruits sont si étranges... Alors que tes
compagnes se replient sur elles-mêmes, tu sors tes enfants en éventail!
Peut-être appartiens-tu à l'espèce qui porte des griffes, peut-être es-tu une nouvelle sorte de rosier aux racines carrées? Je crois qu'il faut que tu t'en ailles, ta chair est juteuse à
souhait pour d'autres paysages, mais avant que je ne te détache de tout ce lierre et ces lauriers, promets-moi ceci:
Marcheuse, tu t'en iras sans mordre
aux erres que la pluie scelle dans les chemins
tu porteras ton nom qui est Plante des Pieds sans oublier jamais que ton maigre savoir est pour être
perdu
le sans-preuve sera ton bâton pour marcher
Tu garderas silence sur tes
entendus
cela dût-il t'en coûter
ta peine te dira qu'il suffit d’un peu d’ombre pour faire pencher
vers le Vrai ou la Faux
de cette peine-là, tu tisseras des joies vers l'horizon tendues
Viendra le dernier jour
alors tu comprendras
que ce point que tes pas cherchaient à traverser
tressait lui aussi dans ses aurores le chemin de ton retour
Plante des Pieds était très mélangée: triste du chagrin qu'elle percevait chez son amie, fière de son nom tout neuf et
pas très certaine d'avoir tout compris de ce discours. Mais elle s'en fut sans se retourner, en gardant bien au chaud mémoire des paroles de Fleur-Lion
Ses errances depuis la ramènent toujours à son point de départet l'horizon pour elle reste éternel
questionnement
qu'une pierre énorme
quoique pas toujours visible
empêche de franchir.
Beaucoup d'autres questions, d'ailleurs.
L'arc-en-ciel, par exemple... on raconte que... mais ceci est une autre histoire!
Toiles de Pierre Marcel
]]>fr2008-05-03T23:09:03Z
http://www.vlamarlere.com/article-18443551.html
Elle voyait pousser les pierres et leur attribuait des vertus protectrices, curatives, prédictives,
purificatrices.
Pour n’en citer qu’une, l’émeraude
:
" L'émeraude pousse tôt le
matin, au lever du soleil, lorsque ce dernier devient puissant et amorce sa trajectoire dans le ciel. A cette heure, l'herbe est particulièrement verte et fraîche sur la terre, car l'air est
encore frais et le soleil déjà chaud. Alors, les plantes aspirent si fortement la fraîcheur en elles comme un agneau le lait, en sorte que la chaleur du jour suffit à peine pour réchauffer et
nourrir cette fraîcheur, pour qu'elle soit fécondatrice et puisse porter des fruits. C'est pourquoi l'émeraude est un remède efficace contre toutes les infirmités et maladies humaines, car
elle est née du soleil et que sa matière jaillit de la fraîcheur de l'air. Celui qui a des douleurs au coeur, dans l'estomac ou un point de côté doit porter une émeraude pour réchauffer son
corps, et il s'en portera mieux. Mais si ses souffrances empirent tellement qu'il ne puissent plus s'en défendre, alors il faut qu'il prenne immédiatement l'émeraude dans la bouche, pour
l'humidifier avec sa salive. La salive réchauffée par cette pierre doit être alternativement avalée et recrachée, et ce faisant, la personne doit contracter et dilater son corps. Les accès
subits de la maladie vont certainement faiblir... "
C’est peine que l’on ne redécouvre
que depuis peu de temps cette femme d’exception qui a marqué de son empreinte toute l’Europe médiévale.
Hildegarde Von Bingen est née en
1098 à Bermersheim dans une famille aristocrate rhénane. Son père avait promis d’offrir son dixième enfant à l’Eglise, ce sera elle. Elle entre donc à l’âge de huit ans au couvent des
bénédictines de Disibodenberg sur le Rhin, dans le diocèse de Mayence, prononce ses vœux perpétuels et reçoit le voile monastique des mains de l'évêque Otto de Bamberg vers l'âge de
quatorze ans.
C’est à l’age de 38 ans qu’elle
devient Abbesse de ce monastère avant de fonder en 1147 le monastère de Rupertsberg qui donnera son nom à un manuscrit fameux de ses œuvres.
Elle s’y consacrera à la Vie le
restant de son existence, et avec quel génie, quelle curiosité pour les connaissances de son temps, quelle intelligence des autres, quelle aptitude intacte à la rébellion, quelle conscience
surtout de ce qu’elle nommait Viriditas, concept de vitalité spirituelle et corporelle, que nous retrouverons plus tard chez Spinoza et sa philosophie de la joie.
Elle nous laisse une œuvre immense,
une très riche correspondance, l’élaboration d’une langue et d’un alphabet nouveaux, deux ouvrages médicaux - les seuls au XIIe siècle - des traités de botanique et de géologie, des chants et
drames liturgiques et surtout ces visions qui ont traversé intactes le temps, dont de superbes enluminures peuvent approcher l'essence .
Et si avant de l’écouter nous
explorions les multiples facettes de ce génie féminin qui a synthétisé culture Saxonne et latine, science et religion, poétique et médecine et qui fut à elle seule une encyclopédie sans
précédent?
Le médecin
d’abord.
Elle fut sans doute l’un des plus
important de son temps. Ses ouvrages pressentent les idées à venir sur la physiologie humaine. Férue de pharmacologie et douée d’une grande connaissance des simples qu’elle observait sans se
lasser, elle utilisait tout ce que la nature pouvait offrir de traitements aux maladies curables alors et cette sapience en fit l’une des toutes premières
phytothérapeutes.
Tout en tenant la virginité pour
le plus haut niveau de la spiritualité, elle fut la première femme de l'histoire à parler sans fard du plaisir du couple et en particulier de l’orgasme féminin qu’elle décrit avec précision et
poésie.
Quand elle fait l’amour avec un homme, la chaleur dans le cerveau de la
femme, qui procure la sensation de plaisir, se transmet aux sens et
déclenche
chez l’homme l’expulsion de la semence. Quand la semence s’est logée à
l’endroit prévu, c’est la chaleur intense du cerveau qui la retient. Les
organes
de la femme alors se contractent. Les organes sexuels, qui sont ouverts
pendant
les menstruations, sont maintenant fermés, tel un poing serré.
(Audrey Ekdahl. Hildegardis Curæ et Causæ (1173), Medieval Inst., Michigan, 1992.)
Nous sommes bien loin ici des élucubrations de la psychanalyse sur la fonction symbolique de l'orgasme... et si près de ce
qui a permis à l'humanité de se conserver: le plaisir partagé.
Penseur, et ceci bien avant que
Léonard de Vinci ne lui donne cette forme que gardera la postérité,
cette figure de l’homme s’inscrivant à la fois dans un cercle et un quadrilatère accompagnait au quotidien ses réflexions
d’intellectuelle toute préoccupée de sagesse, mais aussi ses visions mystiques qui passionnèrent le Moyen-Âge et furent éditées jusqu’en 1513 à Paris.
Le manuscrit le plus beau parmi les
dix qui nous sont parvenus du Scivias ( du latin sci vias Dei " Sache les voies de Dieu ") est celui de Rupertsberg.
Il décrit en plus de 600 pages 26
expériences visionnaires illustrées de 35 enluminures et se clot sur 14 chansons et une partie de la musique du drame liturgique Ordo Virtutum, quatre-vingt-deux mélodies qui mettent en scène
les tiraillements de l'âme entre le démon et les vertus.
Les enluminures qui accompagnaient
la description de ses visions- et à la facture desquelles elle participait pleinement - sont de toute beauté, comme cet œuf cosmique à l’étoile rouge dont la forme est très évocatrice du sexe
féminin:
ou cette ronde de la vie,
qui, si elles ont enchanté les alchimistes, suggèrent aujourd'hui à des spécialistes en neurologie que ses visions étaient liées … à des migraines… Laissons-les à leurs expériences propres et
laissons-nous charmer.
Je ne doute pas et même espère que des amateurs éclairés sauront apporter une lecture nourrissante aux deux images qui
précèdent.
On reconnaît dans le style des
chants de Hildegarde celui du trobar clos ( hermétique ) dont je vous avais parlé précédemment à propos de Macabru. Ces textes ainsi que les traités divers mais également la langue
neuve qu’elle créa à partir d'un alphabet de son invention:
constituaient la base de l’enseignement qu’elle dispensait à ses religieuses, et ils sont donc tout ce qui nous
reste d’un programme éducatif pensé comme tel au Moyen-Âge.
Femme d’engagement, elle se bat pour
que les filles reçoivent une éducation identique aux garçons, et comme la plupart des Abbesses de son temps administre de vastes domaines terriens tout en assurant la direction de ses sœurs
et leur éducation.
On connaît moins ce qui fut le drame
de son existence : sa séparation d’avec sa meilleure amie, une jeune religieuse, Richardis, qui l’assistait dans les divers travaux du couvent et la rédaction de ses livres. Au fil des
années, elles deviennent inséparables au point que souvent les miniatures les représentent ensemble.
En 1151, l’archevêque de Brême,
frère de Richardis, prend ombrage de cette amitié et décide de confier à sa sœur le monastère de Saxe afin de l’éloigner d’Hildegarde. Celle-ci cherche par tous les moyens à empêcher
Richardis de quitter son monastère, allant même jusqu’à écrire au pape, qui refuse de contrecarrer la décision de l’archevêché local.
Richardis meurt l’année suivante.
L’archevêque, responsable d’avoir séparé les deux amies, écrit alors à Hildegarde :
" Je t’informe que notre sœur,
la mienne mais plus encore la tienne, mienne par la chair ; tienne par l’âme, est entrée dans la voie de toute chair [...] que tu lui gardes ton amour autant qu’elle t’a aimée, et s’il te
semble qu’elle ait commis faute en quelque chose, de ne pas la lui imputer, mais à moi, tenant compte de ses larmes qu’elle a versées après avoir quitté ton cloître, comme beaucoup de témoins
peuvent l’attester. Et si la mort ne l’en avait empêchée, dès qu’elle en aurait obtenu la permission, elle serait venue à toi ".
A la mort de son amie, Hildegarde,
qui avait tant donné à l’Eglise ne pourra se garder de dire très haut sa rancœur envers l’institution à laquelle elle avait consacré son existence, envers les hommes de Dieu et ce
Dieu-même.
Puis elle se laissera absorber
jusqu’à sa mort par ses visions mystiques, loin des violences de ce monde, juste entourée du cercle des proches moines et moniales, de musique et d'extase.
Son oeuvre de compositrice ne vous
laissera pas indifférents. Elle apaise et étonne de sa grande sensualité et originalité.
Toute de méditation et de mélismes,
sa musique vocale se situe bien dans le lignage du plain-chant, laissant une voix féminine développer ses vocalises accompagnées d’un seul instrument et emporter aussi bien l'interprète que son
auditoire très haut, très loin.
Je vous offre pour commencer une
Séquence, ici intermède instrumental entre deux airs chantés. Elle est composé en mode dit Eolien et on doit à la vérité de dire que les modes grecs anciens tels que nous les ont
légués les moines relèvent de copies successives et fausses et n'ont rien à voir avec la musique grecque antique, qui était pentatonique: les gammes des Pères de l'Eglise étaient déjà
heptatoniques. Ce mode dit Eolien correspond à notre gamme de La mineur descendante.
Cette gamme s'écrit
ainsi:
LA-SI-DO-RÉ-MI-FA-SOL-LA , et c'est
elle qui a donné naissance à notre gamme mineure occidentale avec sa septième augmentée:
LA-SI-DO-RÉ-MI-FA-SOL#-LA.
Ce mode éolien était très en vigueur
en Europe du Nord jusqu'au XIIIème siècle, mais on remarquera à l'écoute attentive l'élision fréquente du FA, ce qui rapproche donc l'usage qu'en fait l'érudite Hildegarde des gammes
utilisées de fait en Grèce Antique ou dans les Balkans.
Cette première pièce est remarquable
par ses variations ténues sur une ligne en apparence monodique et la douceur de son orchestration dont les timbres se marient à merveille. Sur ce rythme binaire obsessionnel vont se caler
dans le dernier tiers de l'oeuvre des séquences ternaires à la flute qui vont à chaque fois davantage nous enrouler dans le ruban sonore. Pour ma part je ressens très profondément l'ancrage
Celtique de cette musique.
Séquence
Puis un des chants de l'extase déroulé par une superbe voix de soprano, toute d'élan et de ferveur. On y entend l'âme chanter autant que le corps.
O Virgen
mediatrix
Discographie de Hidegarde von Bingen
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