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Musique de la semaine

Arundo Donax

12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 15:34



 En Afrique un proverbe dit: Lorsqu'un vieillard meurt c'est une bibliothèque qui disparait.






T
ravail diffus dans les tissus du temps.
Le livre obscur et lent de Heidegger
où quelques clairières soudaines consolaient d'une marche ardue
entre ronces et pièges de la langue.



Il y a peu, observant notre petit Maxou tentant en vain - mais cela viendra, il n'a que dix mois - de rentrer dans l'espace qui lui était dévolu une pièce de puzzle en bois, je me disais ( ou éprouvais-je? ) qu'il était précisément en train d'apprendre à penser.

Me revinrent alors en vrac ces définitions qui jalonnent tout cours de philosophie bien construit sans jamais vraiment élucider ce que signifie le mot " Penser ".
Et ce livre qui ne pose la question que pour ne jamais donner de réponse m'a enfin découvert ses somptueuses hésitations, essais erreurs et autres répétitions.


Maxime se disait non, à chaque tentative ratée.
Il tentait de faire rentrer la pièce par le dos du cadre, par le côté, il la faisait glisser dessus, rencontrant d'autres espaces évidés qui naturellement n'étaient pas les bons pour résoudre son problème.  Puis il finit par lancer à plusieurs reprises la pièce de bois sur son support en grognant et bavant.

Début de la révolte? Début de la pensée?
Je ne pouvais m'empêcher d'admirer cette intelligence en germe, vierge de tout savoir et qui le construisait seule, neuve vraiment de tout ce qui nous empêche souvent avec l'âge de dépasser la simple opinion ou même le préjugé et d'avoir le courage de notre pensée.

Il finit, non par se critiquer, mais par critiquer le jouet et  laisser en plan ce fragment de Vie qu'est  " ranger une pièce de puzzle à sa place " pour rejoindre ce qui était en cet instant la vraie Vie ... son biberon.
Ouvert de tout son être, Maxou est dans l'intemporel.  Il explore sans lassitude ce lieu merveilleux des découvertes inouïes que les conditionnement ultérieurs peuvent, s'ils sont opérés sans amour,  réduire comme peau de chagrin. Ô rester jusqu'au bout émerveillé de rien! N'être rien devant le jouet qui résiste et le miel du lait.  Être toujours sur l'extrême pointe de l'étonnement. Tout près du coeur. Peut-être est-ce cela...penser ?

Pour revenir à Heidegger, deux beaux passages de ce livre fascinant qui réunit les cours du philosophe entre 1951 et 1952 à l'université de Fribourg.

" Un apprenti menuisier par exemple ne s'exerce pas seulement dans cet apprentissage à manier avec habileté des outils. Il ne se familiarise pas non plus seulement avec les formes usuelles des choses qu'il a à construire. Il s'efforce, quand il est un vrai menuisier, de s'accorder aux diverses façons du bois, aux formes y dormant, au bois lui-même tel qu'il pénètre la demeure des hommes et, dans la plénitude cachée de son être, s'y dresse. Ce rapport au bois est même ce qui fait tout le " métier " qui sans lui resterait enlisé dans le vide de son activité. Ce à quoi l'on s'occuperait alors n'étant plus déterminé que par le seul profit. Tout travail de la main, tout agir de l'homme est exposé toujours à ce danger. La poésie en est aussi peu exempte que la pensée." ( page 88)

" Enseigner est en effet bien plus difficile qu'apprendre. (...) Celui qui enseigne est beaucoup moins sûr de son affaire que ceux qui apprennent de la leur. C'est pourquoi dans la relation de celui qui enseigne à ceux qui apprennent, quand c'est une relation vraie, l'autorité du multiscient ni son influence autoritaire n'entrent jamais en jeu. C'est pourquoi cela demeure une grande chose d'être un Enseigneur, et c'est tout autre chose que d'être un professeur célèbre. Si aujourd'hui - où rien n'est mesuré que sur ce qui est bas et d'après ce qui est bas, par exemple le profit - personne ne désire plus devenir Enseigneur, sans doute cette aversion est-elle liée à ce qui donne le plus à penser? Nous tentons ici d'apprendre la pensée. Penser est peut-être simplement du même ordre que travailler un coffre." ( page 89)


La sculpture qui ouvre l'article a été photographiée au musée d'art contemporain de Madrid, lors de notre dernier séjour là-bas.
ll s'agit de la " Bibliothèque des livres sans mots "
de Manolo Valdes

Les livres sur tranches sont des pièces de bois
travaillées et rangées dans ce désordre
qui caractérise les bibliothèques aimées.



 
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publié par Viviane Lamarlère - dans Mes Philosophes
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