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Musique de la semaine

Arundo Donax

17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 08:14


Première partie



Le tact serait-il donc un travail? Nous venons au monde avec des dispositions plus ou moins affirmées à nous y intégrer et notre habileté manuelle peut conditionner toute notre vie. Nos mains nous sont nécessaires chaque jour pour tant d'activités diverses qu'elles justifient amplement le joli hommage que leur rend Focillon dans son ouvrage " L'éloge de la main". Cette main qui incessamment reprend son ouvrage, ré-invente le trajet de l'humanité dans chaque ébauche de sculpture, chaque ébauche de peinture, chaque étape du moindre geste créateur et dont les mouvements exercent " une action continue sur la vie intérieure ".


Les mains cependant, aussi habiles soient-elles dans des domaines de création artistique, artisanale ou dans l'exercice médical,  ne suffisent pas à accueillir dans les vibrations du silence tous les maux qui ne trouvent pas de mots pour se dire. De même que les hommes de l'art, qu'il soit plastique, musical ou médical, entrainent leur pensée à travers leur pulpe digitale, les médecins de l'âme  doivent entrainer leur sens de l'écoute, leur finesse à répondre, décrypter le silence. Savoir se taire, ne point juger ou être directif dans l'entretien, laisser à l'autre la possibilité de regarder son horizon sans le lui dérober sont la base du tact en  écoute thérapeutique. Pour mieux aider, il nous faut nous laisser toucher au préalable par autrui, être intérieurement disponible aux résonances qu'entrainent en nous ses mots et ses silences. Être touché par l'Autre pour l'atteindre sans le blesser.

Ce n'est pas chemin simple car on y est renvoyé séance tenante -souvent- à sa propre histoire par le jeu de miroir qui s'installe. Se pose alors la question de la juste distance. Ne pas tomber dans le piège de la mondanité ou de l'artifice technique.
Le garde-fou résiderait dans la connaissance de soi mais nul ne peut prétendre être infaillible et surtout se connaître parfaitement. Notre psychisme est empli de zones d'ombre qui résistent à l'analyse, de recoins cachés tels des angles morts dont le travail le plus obstiné ne vient pas toujours à bout et interdit donc de " savoir ".

C'est ce qui fait d'ailleurs que la psychanalyse ne peut prétendre au statut de science et conduit chaque analyste, pour peu qu'il soit honnête et conscient de ce qu'il doit à ses patients, à se faire " superviser " régulièrement afin de recadrer son approche selon des critères inspirés par une éthique vivante.

Le tact en écoute demande un profond et humble travail de remise en question personnelle régulière. Car si nous sommes tous dans la vie ordinaire confrontés à de ssituations " déjà vues " elles sont pourtant à chaque fois nouvelles. Nous sentons bien alors de quelle inventivité respectueuse il nous faut témoigner pour ne pas dépasser cette limite fragile où l'autre peut se sentir blessé.

Ce sont les situations vécues qui éduquent notre tact et notre écoute et en fondent une jurisprudence aussi bigarrée que la vie-même.



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