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Musique de la semaine

Arundo Donax

23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:09

 


Vous qui aimez encore sentir dans tout votre être la perle tiède couler sur votre joue, le flou des yeux et le cœur gros gros gros … imaginez un monde où les larmes ne seraient plus.
Impossible ! dites-vous ?
Que non quenotte
Qu’on me pende si je radote


Dans  le pays des Sèques, la révolte grondait.

Les dieux reprochaient sans cesse aux chefs des différents villages et à leurs peuples de se laisser aller à des bêtises qu’un enfançon n’aurait même pas été capable d'imaginer :  manger d’un seul soir les récoltes d’une année, dépouiller les forêts de tous leurs papillons pour en décorer les cases, forcer le cours de l’eau jusqu’à ce qu’elle crie de douleur.
Un beau matin, las d’entendre leurs dieux les gronder, les hommes de cette contrée-là avaient hurlé en direction de leurs demeures :

- Fuyez, Icônes, fuyez, nos Inventés-de-toutes-pièces !
Nous nous suffirons désormais à nous-mêmes. Nous sommes fatigués que vous nous preniez toujours pour des enfants.

Et les dieux s’en furent
désolés et pleurant,
mais emportant avec eux les outres pleines de larmes
dont ils abreuvaient le cœur des hommes pour les temps de chagrin,
de peur, de joie aussi.

Quenille quenouille
Qu’on me pende si je gâtouille

Le temps passa, en festoiements et banquets tels que bientôt,
la terre épuisée posa ses genoux en elle-même,
les arbres désespérés de courir derrière leurs fruits se couchèrent en travers des chemins,
les rios asséchés et flétris cessèrent de blaguer comme font les vieillards jusqu'à la fin.

- Oh Dieux ! Nos Inventés-de-toutes-pièces ! Revenez et rendez-nous ce qui coule des yeux que nous puissions emplir les rivières et les puits ! hurlèrent les hommes.

Mais les Dieux bien malins et vexés restèrent cachés là où l’on n’a pas encore trouvé mot pour dire où. Il leur fallait la leçon, à ces Sèques
celle qu’on ne sait que parce qu’on se l’est enseigné tout seul.


Alors le Grand conseil des Sages se rendit chez Bucheron.

- Ô, toi qui connaît les secrets de la forêt, dis nous comment font les arbres pour pleurer leur sève.
Bucheron avait toujours désapprouvé la conduite égoïste de ses frères, et avec une moue de dégoût leur tendit une collection de machettes et de poignards.
- Coupez-vous ! Ainsi pleure l’arbre. Ainsi saigne-t-il ses larmes.

Les Sèques se tailladèrent le cuir en tous sens, sur les bras, les cuisses et même le visage pour les plus effrontés, mais si le sang coula, aucune larme ne suivit.

- Votre cœur est devenu trop dur, dit Bûcheron, allez voir de ma part Vigneron.

Que sais que songe
Qu’on me pende si mensonge


Le Grand conseil des Sages se rendit chez Vigneron

- Vigneron ! Toi qui connais le secret du cep et de ses fruits, dis-nous comment fait la dive bouteille pour alanguir sa larme sur le goulot.


Vigneron avait toujours  désapprouvé les gaspillages de ses frères, et avec une moue de dédain leur montra le grand chai vide en cette saison.

- Mettez-vous en grappe et mûrissez! Ainsi fait la vigne avant de laisser couler son jus.

Hélas, le cœur des  Sèques était si endurci qu’ils ne pouvaient déjà plus se supporter les uns les autres et de grappe il n’y eut point. Les mains qu'ils tendaient les uns vers les autres pour s'unir semblaient retenues par quelque main maligne et invisible.

- Votre cœur est trop de pierre leur dit Vigneron, allez voir de ma part Joaillier, qui sait…


Les Sèques se rendirent à l'orée du pays,
où Joailler qui est aussi sorcier et connait le secret de la vie éternelle taillait les pierres sacrées.

- Joaillier ! Toi qui connait le secret des eaux minérales, rends-nous nos larmes emportées par les dieux!

Joaillier avait toujours eu honte de la sottise et de l'orgueil de ses frères, aussi en faisant la grimace leur tailla-t-il des larmes de diamant à poser sur leurs joues les jours de peine et de joies. Et chacun de croire son souci résolu. Car s’ils ne pleuraient pas, du moins pourraient-ils faire semblant et chacun sait qu'entre faire et faire semblant, il y avait peu de différence parfois. Peut-être ainsi parviendraient-ils à faire jaillir l'eau vraie de leurs yeux?

Hélas, la peau des hommes était devenue aussi sèche que leur cœur
et les fausses larmes
ne tenaient pas même le temps de penser
à un vrai chagrin.

- Vous êtes devenus secs jusque dans vos âmes, leur dit Joailler, je ne vois qu’une solution, allez au Vent ! Bon vent!
Et il leur claqua au nez la porte de sa boutique.

Que rien querelle
Qu'on me pende si je chancelle

Aussitôt dit aussitôt fait
Le Grand conseil des Sages réunit tous les peuples
et ils se rendirent chez le Vent


Et le vent du désert qu’était devenu cette contrée se mit à souffler
souffler comme les trompes marines autrefois
apportant dans ses plis
tout ce qui séparant
rapproche
les souvenirs si différents des marchés du vieux temps
leurs odeurs mélangées et âcres
la couleur douce des roses de porcelaine
l'ombre fraîche des choses dites à voix basse dans la profondeur des cases
le goût des chants d’oiseaux dans le mordre mango
quand pluie petite vient taper langue

Et de tout cela et sans doute aussi
des grains du sable du désert
alors même que leurs dieux étaient assoupis
les hommes se mirent à pleurer

Depuis, ils savent
qu’en dépit de sa transparence
le vent, enfants, est d’importance
Qu’il pleuve ou vent
Qu’on me mange si je mens.



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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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