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Musique de la semaine

Arundo Donax

15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 10:11





Vase de cristal aux clématites
d'Edourd Manet



Danseuses Bleues de Edgar Degas


mdegas 3


          Il aimait à dire : « Je voudrais être illustre et inconnu. »

La postérité le lui aura accordé…

Edgar Degas est un peintre, graveur, sculpteur et photographe français d'origine créole né le 19 juillet 1834 à Paris.

On l’a souvent rattaché au mouvement impressionniste. Or s’il a ardemment soutenu l’association regroupant les peintres de ce mouvement, au nom de la simple liberté de peindre la lumière, les paysages, les chairs dans toutes leurs vibrations, il lui semblait d'une immense prétention que de chercher à reproduire la nature.

D'ailleurs ne disait-il pas que
« L'air que l'on respire dans les tableaux de maîtres n'est pas l'air véritable » ? Il fut donc le  peintre de la lumière artificielle, des studios et des becs de gaz, «  De ce que l’on ne voit plus que dans sa mémoire »
Autre forme d’impression si on cherche bien…

Les critiques d’alors ne s’y étaient pas trompés, qui tout en reprochant à ce peintre sa « modernité », en particulier dans son art très singulier de «  mal cadrer » les scènes,  ne reconnaissaient pas en lui les traits principaux et à leurs yeux, scandaleux, des autres artistes du mouvement. Cela lui valut d’être relativement épargné et de pouvoir vivre sans difficulté de son art.

Célibataire endurci, sa vie est d’un conformisme assez étonnant de la part d’un artiste. Quoiqu’il fréquente maints cabarets et cénacles de Montmartre, il reste le fils de bonne famille délicat et réservé, à la réputation de mordant et d’ironie démentie par l’estime de tous ses contemporains qui savaient pouvoir compter sur son amitié discrète. Valéry le trouvait étincelant de cruauté et de gaité dans sa manière d'abîmer les « artistes qui arrivent », la bonne société dans laquelle il avait grandi.
Son atelier était un mélange de musée, où s'offraient les oeuvres des maîtres de son temps, et de capharnaüm sympathique et sans confort, où l'on pouvait être accueilli selon les dispositions de l'artiste à bras ouverts ou comme un inconnu...

Copiste passionné,  il fréquente très jeune avec assiduité le cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale. Tout est bon qui tombe sous sa mine de plomb : Albrecht Dürer, Véronèse, Goya, Rembrandt. Mais ce sont ses séjours familiaux en Italie, de 1856 à 1860,  son amitié pour Gustave Moreau  et bien sûr l’admiration sans failles pour Ingres et Delacroix qui parachèveront l’éducation de sa main.

On raconte que rencontrant Ingres dans son atelier, il entendit le vieux maître lui dire : « Faites des lignes, beaucoup de lignes, et vous deviendrez un bon artiste. ». A noter que jamais ses autoportraits ne l’on représenté peignant mais avec un porte mine à la main : Degas était avant tout un dessinateur qui aimait à  cerner les silhouettes féminines de traits sensuels et sombres.

A Delacroix il empruntera l’art de la couleur et le sens de la mise en scène.
Il poussera le besoin de se trouver les maîtres que l’Ecole des Beaux-arts ne lui avaient pas offert en suivant les traces de Delacroix à Tanger. Ce voyage  va libérer sa palette vers, dira-t-il «  Une orgie de couleurs. » Et le fait est que sur la fin de sa vie , il abusera parfois de teintes puissantes.

Bien sûr on le connaît essentiellement pour ses peintures de chevaux, il aimait les courses, et surtout les danseuses dont il suivait passionnément le travail avant-scénique.
Il ne cessera toute sa vie de faire évoluer sa peinture, travaillant par séries, avec une rare maîtrise des gros-plans, de la contre-plongée, du contre-jour, du flouté vaporeux comme un souffle en contrepoint du trait coupant et de la dureté des perspectives ou des muscles en travail.

 La lumière est un personnage à part entière chez lui, qui va donner vie aux planchers des classes de danse ou de la scène de l'Opéra, se refléter en loupe, depuis la rampe tenue,  sur le visage de la ballerine. Surtout, ses cadrages très novateurs, les coupes qu’il ose dans le sujet, dans les corps, dans les visages, donnent le sentiment de scènes saisies par surprise, dont le mouvement à l'ordonnance brisée continue de vivre dans notre regard pénétrant comme par effraction dans une salle de répétition.

A vrai dire les danseuses intéressaient peu Degas à qui on ne connait aucune vie amoureuse. Mais la douceur ou la violence des nuances, l'âpreté de la gestuelle ou sa grâce, la tension des muscles et les déséquilibres toujours récupérés de justesse, nourrissaient son regard d'amoureux du mouvement et de la lumière.

Surtout il fut un remarquable portraitiste, tentant non de photographier les traits mais de fouiller la vie psychique de ses modèles. Dans les scènes de genre, portraits de famille ou de groupes, on remarquera toujours la divergence des regards ( particulièrement notable dans le tableau des danseuses bleues, où l'évitement est de rigueur ) cette absence aux autres.

Le dérisoire des relations humaines, l'absence de cohésion entre les êtres est un leit-motiv dans l'oeuvre de ce peintre qui après avoir été passionné par la vie urbaine et la verticalité de ses lignes, reviendra de son voyage au Maroc et sa découverte de l'horizontalité avec un jugement plus nuancé et contemplera les désastres naissants dans les grandes villes avec un immense scepticisme. La violence des coloris de la fin de sa vie témoigne sans doute de ce qu'il pressentait de ce monde à l'urbanisation forcée.

Hélas très vite sa vue décline, et après avoir vécu de sa peinture,  touché à l’huile, au pastel mêlé de crayon, à la détrempe ou la gouache, cherché sans cesse l’innovation technique au service de l’expression et du sentiment, inventant de nouveaux vocabulaires à la peinture il se consacre exclusivement à la sculpture.

Il mourra aveugle le  27 septembre 1917, âgé de 83 ans.

J'ai aimé rapprocher/ opposer le Vase de cristal aux clématites d'Edouard Manet avec les danseuses de Degas. Le premier, très représentatif de ce qu'était l'impressionnisme,  m'a touchée infiniment par ce que je perçois de l'épaisseur du verre que je suppose soufflé tant le pied en est irrégulier, la délicatesse de ces bleus, la sensualité des fleurs, ces touches de blanc qui viennent éclairer l'émeraude, le cobalt ou le rose anglais avec tant de discrétion, cette technique surtout que de rares artistes essaient de perpétuer.

Le second pour ces femmes fleurs dont la corolle du tutu se développe sur un fond où l'on retrouve les nuances d'ocre et de vert de la nature morte, le côté paradoxalement moins léché, très moderne, le trait abrupt qui entoure les danseuses, mais comme dans celui de Manet ces touches claires (d'or?) qui se trouvent au centre de la toile et autour desquelles tourne la couleur...


Le Lac des cygnes de Tchaïkovsky, Acte II scène 1

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Degas sur Picturalissime




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publié par Viviane Lamarlère - dans Peintres et sculpteurs
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