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Musique de la semaine

Arundo Donax

28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 06:56

 

Première partie

Bien des professions vivent et même se sélectionnent sur le raffinement du sens tactile. Apprécier le velouté d'une soie, le fini d'un vernis, cela s'apprend.

Les musiciens le savent qui apprivoisent de longues heures leur instrument dans un processus d'analyse de leurs sensations digitales et du résultat sur la sonorité produite.  Le tact de l'ébéniste ou du pianiste a en effet pour finalité que le produit achevé soit, en lui-même, le plus proche possible de la perfection formelle, de l'équilibre, de la beauté mais aussi qu'il puisse offrir à celui qui reçoit l'oeuvre en partage du plaisir ou du bonheur. Il y a déjà dans cette inquiétude esthétique une attention à autrui, une exigence de soi pour autrui qui se dessine.

De toutes autres conséquences le tact du médecin ou du chirurgien. Il leur faut du bout des doigts entrer dans l'espace puis atteindre, voire explorer l'enveloppe corporelle de  l'autre. Comment toucher ce corps qui n'est pas le leur mais est demandeur de soins et d'attentions sans lui faire violence? Il peut être tentant de s'abriter derrière la fonction ou la blouse professionnelle pour entrer comme par effraction dans l'espace de cet autre confiant et désarmé.

Le code déontologique garantit ce respect dû à la personne. Le fait de devoir à sa demande examiner un patient n'autorise pas le médecin à le toucher sans précaution, sans annonce prudente et mesurée de ce qu'il entreprend.
Le tact est aussi ce qui permet au petit d'homme de se sentir des limites rassurantes: les caresses prodiguées durant la petite enfance sont irremplaçables pour édifier un être humain. L'aider à définir son propre corps et donc ne pas transgresser l'espace de celui des autres.
Tu me touches et me prouves que j'existe mais, dans la manière dont tu me touches, tu me dis si j'ai ou non une valeur, si j'occupe ou non une place dans la communauté des hommes. Combien de pathologies mentales ou sociales édifiées sur des violences subies par le corps par suites de touchers, voire d'attouchements dénués de tact.

Ce dernier s'apparente à une palette de nuances inventées au bout de nos doigts, un art impalpable d'aborder de corps de l'autre sans intention de l'envahir ou le blesser.

Tout un monde donc dans lequel le contact physique, si riche de questions et d'ambiguités, va perdre de sa violence potentielle pour prendre une dimension symbolique créatrice de civilité.


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publié par Viviane Lamarlère - dans Mes Philosophes
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