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Musique de la semaine

Arundo Donax

7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 17:36



patio_de_los_arrayanes_alhambra_granada.jpg


Un peintre de génie ne se contente pas de coucher la couleur sur sa toile.

Il peut même y inscrire le silence.

Celui des hommes
celui du vent qui ne ride plus l'eau
celui des armes enfin posées
qui laissent derrière elles des patios écorchés.

Le Palais de l'Alhambra de Grenade se trouve à la croisée des chemins de plusieurs cultures.
Edifié à la demande des derniers souverains Nasrides en Espagne, il témoigne de la puissance créative des peuples, même et surtout lorsqu'ils sont soumis à un ordre intraitable.
Les ouvriers et architectes de ce palais furent en effet espagnols, juifs, syriaques. Et l'Alhambra est en vérité un hommage de pierre à des figures de style architectural typiquement chrétiennes comme les cloîtres, juives comme les figures animalières, musulmanes enfin à travers la dentelle des phrases du Coran sculptées sur le moindre mur.




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Qui visite un jour ce lieu a envie d'y revenir et peut-être y mourir.


Le peintre espagnol Joaquin Sorolla ( dont vous pouvez visiter à travers ce lien une mise en ligne relativement exhaustive de son oeuvre) en a saisi ici l'âme mélancolique.

L'eau dormante et brunie du bassin,
le dénuement des murs que le temps ronge avec douceur,
l'absence de fleurs et d'âme qui vive ( hors quelques poissons rouges accessibles à un regard aiguisé),
le cadrage de biais tout dirigé vers la porte close comme le serait une tombe
sont à l'envers des mises en scènes habituelles de l'endroit, plus fastueuses, plus fleuries, plus habitées.

Mais que de chaleur andalouse engrangée dans cette belle déclinaison d'ocres.
L'or des fastes passés, la lumière des étés bruissants du parfum des myrtes qui réchauffe les dalles autour du bassin,  la profondeur du miroir de l'eau... Tout y est suggéré d'une touche légère et profonde à la fois.

Le peintre n'oublie pas par ailleurs dans sa description la lèpre des guerres napoléoniennes qui laissèrent ce somptueux édifice en fort piteux état: voyez les taches sur les murs, vestiges d'actes soudards et incivils qui dérobèrent les magnifiques azulejos.

Pourtant, à travers cette palette limitée aux camaieux d'ocres et l'austérité de l'objet peint, tout ici respire  la volupté.

L'ocre est pour un peintre la nuance par excellence. La plus subtile, la plus large et riche, la plus sensuelle. Sans doute nous ramène-t-elle à la Terre nourricière, à la vie. A la mort bien sûr si proche de nous ouvrir ses bras.

J'ai décidé d'offrir à Michel - alors qu'une autre toile était en projet - une copie de cette oeuvre pour laquelle il a eu un véritable coup de foudre et à côté de laquelle j'étais passée sans la voir ( heureusement qu'il l'avait entrevue, éclipsée qu'elle était au milieu d'oeuvres plus brillantes et plus lumineuses).

J'y ai été émue par tout ce qui précède et aussi le travail humble de la note colorée, ce progrès technicien que ne manquera pas de me faire parcourir la copie du tableau, le bonheur surtout d'offrir à mon Aimé une toile qui l'a enchanté au premier regard et qui sera très belle dans notre simple maison.

Loin de nous ramener à ce qui décline, s'écroule, se décrépit sous le talon du Temps, donc quelque part, à nous-même, ce tableau ne nous renvoie-t-il pas au génie humain, si rare,  à saisir l'invisible, l'éternité, le silence... ?



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De Granados, el Pelele, composé  en hommage à un autre peintre espagnol, Goya, interprété ici par la grande Alicia de Larrocha





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publié par Viviane Lamarlère - dans Peintres et sculpteurs
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