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Musique de la semaine

Arundo Donax

23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 08:43


Mystère de l'eau. On pourrait croire que sa surface changeante ne dit que l'absence de traces. Pourtant, à se promener sur ces rides qui, en d'autres temps plus obstinés, désagrégèrent la pierre et noyèrent les forêts, on touche de la pensée de profondes racines.


L
La petite mer, dont vous voyez ci-dessus une photo satellite, est un écrin  pour - selon les amoureux du lieu - trente ou quarante ou soixante ou trois cent soixante cinq îles et îlots.
Mais aussi un bijou bleu dans la chair bretonne.
Cette après midi-là, nous allons en faire le tour, désinvoltes de ce temps gris qui nous annonce un grain. Il aura lieu. Et sur la trentaine de touristes embarqués,  nous ne serons très rapidement que trois à rester sur le pont, affrontant un vent très frais et une pluie fine et pénétrante.
Michel que la pluie ne dérange pas,  ma voisine de banc  perdue dans ses pensées, et votre servante, davantage par orgueil et solidarité pour les deux autres que par goût pour l'humidité.


Nous laissons derrière nous la côte aux couleurs si douces  et  découvrons cet extraordinaire archipel intérieur. Aucune de ces îles de caractère ne ressemble aux autres. Et pourtant on perçoit, dans cet émiettement varié, comme une unité, un ancien secret venu au jour avec lenteur.
On raconte que les fées chassées de la forêt de Brocéliande versèrent tant de larmes que cela créa cette mer intérieure, dans laquelle elles jetèrent leurs couronnes de fleurs dont les plus grandes s'aventurèrent jusque sur l'océan. Belle-Île en Mer... pour ne citer qu'elle.

Plus proche de l'histoire, cette mer - qui est plutôt un estuaire ou un delta - est le résultat du lent travail des trois rivières qui s'y déversent, des vagues furieuses et du vent, des mouvements de terrain pour finir. Et ces plages de détente sont le sommet de très vieilles collines grâciées par l'océan.


A quelques rares exceptions, je n'ai gardé souvenir des noms que portent ces îles. Certaines sont propriété d'artistes ou industriels ( Yves Rocher) , d'autres assurèrent refuge à des confréries religieuses, d'autres minuscules sont encore  vierges et indomptables.  Celle dont la photo précède nous a plu pour le calme qui s'en dégage, les petits bosquets tranquilles, la réserve de surprises que l'on devine dans cette profondeur. 
Le bruit du moteur ne parvient pas à couvrir la tranquille majesté de ces îles toutes simples.


Soudain, surgi de nulle part, un immense arc-en-ciel . Et nous ne sommes plus certains de nos paroles. Traverserons-nous cette arche  vers ... un au-delà de la vie où tout commencerait?
Au loin, le goulet où  l'océan s'engouffre, de courants qui ne fabulent pas leur envie d'écraser, de mordre cette terre pourtant si accueillante.


Et la magie opère. De grise l'eau est devenue turquoise, allant puiser sa lumière dans un ciel  en victoire,  lavé de ses pensées.


La petite île Er Lanic attire notre regard. Réserve naturelle ornithologique, toute nimbée d'embruns, elle nous laisse découvrir ses  cercles de menhirs originellement disposés en huit mais dont la mer ne permet que le dévoilement d'une moitié .
Ses pierres blanches scintillent au soleil,
apparaissent, disparaissent, se laissant picorer par des oiseaux de mer. 
Et j'imagine d'antiques processions remontant la colline pour honorer le signe de l'infini, une cathédrale engloutie de ferveur sous les vagues.


Le tour du golfe ( en vérité de la moitié du golfe) dure deux heures. Nous occuperons les quatre heures suivantes à parcourir en bicyclette l'île aux Moines. Sur la photo satellite, c'est la plus grande des îles, en vague forme de croix ( ou de lézard comme on voudra... ). Environ neuf kilomètres de longueur pour quatre de large.
Promenade paisible sur faux-plat, maisons de pêcheurs basses, silence d'un lieu dont les voitures ignorent l'existence et où chacun circule à pied ou vélo, jardinets exotiques, murets nourris de sel sur lesquels poussent des plantes étranges et des fleurs délicates.



C'est lui que nous cherchons. Pour ne pas l'effrayer nous allons nous asseoir à quelques pas de lui, lancer quelques miettes de notre déjeuner aux oiseaux peu farouches qui se posent tout près. Puis caresser sa cuirasse que nulle barbarie ne semble vouloir atteindre.


Mais en quelques minutes, le temps tourne à l'orage.
C'est lui que nous cherchions
et qui, se levant nous donne le signal.
Nous reprenons nos montures . Il s'éloigne, tranquille.
Vieil animal de pierre, il sait les abondances qui vont tomber du ciel.


Sur le retour, le ciel, l'eau, la lumière semblent tout mélangés. Et j'imagine un monde en sa naissance, encore intouché de la bêtise humaine et de ses violences, ou chaque étoile perdue dans le lointain n'affecte rien des décisions, où chaque nuage vit sa vie loin des espaces rhétoriques.

Le ciel ici est partout, jusque sous notre peau




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