L'auteur


bretagne-aout-2009 0053

Sceau1.gif
Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


anti_b

Musique de la semaine

Arundo Donax

17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 12:44




Si nous aimons Michel et moi les vieilles pierres, ce n'est pas  seulement pour leur passé glorieux ou sombre inscrit dans les livres  et qui nous dit, hélas si souvent, le servage d'humains pas leurs frères maîtres bâtisseurs,
mais pour l'évidence que la pierre EST un livre. Vivant. Vibrant.

Ce jour-là, nous nous rendrons au château de Suscinio.
Bordé de bosquets, plongeants ses reflets dans l'océan et tout  résonnant de la vie marécageuse qui l'entoure, cette demeure du XIIIème siècle nous en impose d'emblée par la blondeur de sa pierre qui nous rappelle celle de notre Aquitaine.




A la fin du Moyen-Age, la vocation de ce château est d'être une des  résidences de chasse préférées des ducs de Bretagne. Le père d'Anne de Bretagne, François II, y séjourna souvent.  Vous me voyez ici, quoique vous tournant le dos, découvrant les belles meurtrières sculptées de cerfs qui ornent la porte d'entrée et ces fenêtres posées en différents niveaux : sans doute un escalier à vis tourne-t-il derrière la muraille ensoleillée?



Cela fait plus de 30 ans que la département rénove cet édifice.

Au premier étage du grand logis  nous découvrons affairés à leur ouvrage des dizaines d'artistes et artisans  nettoyant, aménageant, magnifiant le pavement de l'ancienne chapelle, entièrement transféré là après avoir été rendu au jour.   30 000 carreaux, datés de 1330-1350. Nous y sommes restés un long moment tant leur profusion inventive était étonnante. Mosaïque: dédicace de pierres aux muses de la poésie, de l'histoire, de la musique.
.




L'une des ouvertures nous laisse entrevoir le dégradé délicieux de la végétation alentour. Plonger dans cette palette toute en transparence et densité, où les nuances se fondent, s'opposent, alternent de grain et d'eaux. Les arbres du premier plan ouvrent déjà l'hiver de leur ramure blanchie . Au loin, entre parme et violet,  Terre et Ciel se cherchent une frontière.






L'intérieur de la lourde bâtisse nous dit l'inestimable richesse du moindre rayon de soleil qui, à travers le vitrail, viendrait réchauffer l'attente.





Et j'en aime les rebonds crayeux sur la pierre sombre:




Dans la chambre de la Duchesse, une immense cheminée encore chaude des feux éteints...  En vis-à-vis de cet âtre, une ouverture dans le mur donne sur un escalier à vis aujourd'hui condamné: le Duc rendait visite à sa Belle par des chemins  secrets:






La pierre incandescente nous donne des envie de fraîcheur. Retour au feu végétal. Des forêts giboyeuses d'antan ne reste plus grand chose, hélas.
Quelques arbustes, quelques marais dont nous soupçonnons que l'été les vide de leurs cris et envols soudains d'oiseaux débusqués.
Une vue aérienne vous donnera idée de la taille et de l'emplacement de l'édifice entre mer et eaux dormantes. Et de l'organisation presque sans  âme de l'espace alentour .
Il y a à cela une raison : les marais de Suscinio sont envahis pas une vilaine plante tropicale vendue aux jardiniers amateurs,  la Jussie.
Elle tue lentement mais sûrement tout l'écosystème et seul l'arrachage, nettoyage méthodique permettra de rendre à ces lieux leur diversité passée.







Mais le plus mystérieux, ce sont ces petits chemins d'eau. Leur légèreté semble nous dire  " Viens  ! Mais prend garde que je ne t'emprisonne " . Et de fait nous n'oserons avancer.

Les pièges les plus simples et définitifs ne sont-ils  ceux qui vous caressent le visage ?








Partager cet article

Repost0

Mes radios

France Culture le player en direct

Et dis,si on...

Ma page Facebook