L'auteur


bretagne-aout-2009 0053

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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


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Musique de la semaine

Arundo Donax

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On était bien on avait peur
        les nuits de cloisons mûres
  quand l'effroi silencieux
rampait vers ce qui manque
à débusquer
le ciel
un deux trois liberté coincés entre les dents


Dehors
le jour
ni bien ni mal
 

les passants que tordait
la torche sans répit de ces mains qui prétendent
et toi
écartant les lèvres d’un cercle
son puits vers l’infini
la fleur ou la fêlure
toute chose qui meurt
de n’être plus nommée
ou d’être trop cueillie


Tu ne sais plus pleurer
    ces chagrins de paille où l’enfant se berce
        étonné de ses larmes et presque joyeux
    du pauvre caillou qui a défait le cercle
        
Tu ne sais plus pleurer
        en aimant la beauté de tes gouttes
tandis que le vent couche
            sur tes joues qu’un rien tremble
    un au-delà du sel

Tu ne sais plus pleurer
tes pas ne sont plus libres
de leur pauvreté


Marcher
membrane à rompre


Parfois on croit avoir ouvert l'espace devant soi
et c'est le chemin qui vous traverse le ventre

Marcher
l'espoir planté en terre
la crainte et la confiance à l’autre une serrées



                                                            Tu t’étais mise en route                 
vers le simple appareil de l’aube et de la mer
dans le miroitement un chant d'effort sans muscle
le pas d'autres déserts

Quelqu'un a pris un jour ce chemin  d'eau vivante
et les vagues charnues ont caressé ses pas
          mais marchait-il vraiment
ou n'était-il déjà
        qu'une ombre ?

Je me souviens
        une lagune
        sur mes joues l'or bruni
de pourritures éparses
    un nuage très bref
à l'entendre
la peur couvait le froid dans la dune

En allongeant mon rêve j'aurais pu toucher
l' écaille primitive
déchirer la membrane
emprunter l'infini

L'ombre et l'envers de l'ombre
le monde et son buvard

Le profond la surface
lieux épuisés

En vrai il fut trop tard



        Il y eut une autre fois
    

        Lumière de septembre
        aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède

        le sentiment diffus qu'on ne peut couronner
        un seul versant des choses


             Comment poursuivre un rêve sans distraire ses images ?
        Glisser dans ses sursauts
        les garder indulgents?
        
        Ai-je entendu de peau
        l'imprécise douleur
        d’une plante en bord de mer
        quand l’épine qui la tire au jour
        s’évase sous le pas
        et lui offre la fleur des brûlis souterrains

        Visage épine solaire
        reins bourdonnant du sable aux hiers bleus de l'ombre
        il n'y avait rien à comprendre
        mais tout à éprouver
        jamais je n’oublierai le froid contre mon dos


Eclaircie preuve d'ombre
mais toujours ces membranes.
Le doute. Bien engagé.
Silence de lame.
Naissance à l'étouffée.


                Nul doute que
                      mon jardin peut être noir
                      d'une seule poignée de terre



Marcher
car personne ne doit infliger à la route
l’ignorance du pas qui pouvait cheminer



Ma campagne creusée d'ombres claires
        ma campagne en avant de paroles
      tes pierres croient en paix leur lente vie de pierre
             
           Ma campagne ma vraie
        entends-tu galoper
   la défriche si proche au triste cimenté
            les aubes de cordeau
      le possible muret
dont la fraicheur m'est source

 Mes doigts en aiment la nielle

Protestation humide
serpentine ou véreuse
figure inachevée

      Ma campagne aux rudes patiences
  qui poussent à l’endroit avec assez de ciel

        Du sol
        bientôt chevé
        une protestation


La pierre
pour traverser la pierre

                Muscles bandés
                    vers l'horizon
avec rien
la pierre attend une réponse

         Elle a perdu sa mort




Qu’attende la pierre, quelle attende!
il s’est passé quelque chose!

La nuit a poussé un cri
Peut - être un nœud qui s’est défait?

Pourquoi avoir dénoué la faim dans nos sommeils
d’un vent très simple
enrubanné aux arbres ?

Je crois que ce sont eux qui ont déchiré le ciel
de leurs aubiers en flammes
et nous
bouche incendiée

Demain nous mangerons une lumière neuve
sans savoir ce qui s’est vraiment passé




Qu’attende sa mort perdue la pierre !


Par le sang des saisons qui roulent sous la peau
par la douceur de l’eau plus douce que la rivière ancestrale
par les gorges venteuses et la douleur du ventre

Je  cherche
   l'oiseau du cri poussé

Mon bateau désossé mon bateau bois de danse
        combien de fois combien la pluie interrogée
ou la bête mangrove aux gueules bousculées ?

La nuit en pavillon de lisse immensité
    coulait d’un bord à l’autre
        le cœur de toute chose était là

    point puissant et massif
point d’un noir indicible prêt à prendre son envol
vers  l’une ou l’autre issue
   fracasser un espoir sur la blancheur des gouffres
ou sombrer les parois d’une gaîté sauvage

Mon bateau désossé mon bateau bois carbet
    combien de fois combien
avons-nous traversé la forêt de nos peurs
        aux arbres contractés sur les plaies jetées là ?

Enfin
    après la dernière goutte du dernier fleuve
    après le dernier grain d'ombre du tout dernier soleil
        j’ai tenu dans mes mains l’inconcevable

Etait-ce l'empreinte de la fin ou le début de la parole
je ne sais plus

Posé sur une branche il rondissait son dos
    cela faisait un bruit de feuilles crachinées
les échos s'en allaient en quête d'origine
        rubans de transparence
petit battement des tempes serrées entre mes paumes
soie des plumes tendues sur la perte à venir

Il vivait
s’est réchauffé m’a regardé
puis a ouvert ses ailes en déchirant mes muscles
et ma gorge et ma voix

la peur
devenue joie



Petit battement du temps
une mésange bleue s’est posé ce matin au bord de ma fenêtre
    restée longtemps
        longtemps
    on dirait qu’elle dort dans tous ses mouvements

Ailes froissées
le cœur si vif sous le plumage
           les yeux
étranges et importants


Mais derrière la mésange
le ciel vitre brisée
sur des soleils étranges
me tend les fruits carrés
de l’hypothénue frange


Est-ce ainsi que naissent les étoiles?
Il suffit de trancher la glace devant soi
et planter un éclat dans le coeur
pour jaillir l'impossible lumière !

Est-ce la fin d'un monde ou son commencement
ces arbres sont ils morts
est-ce le ciel qui ment?

Le seuil. La fin. Un monde ou son commencement.
Dans la rondeur d’un ventre. L’agneau. Membranes heureuses.


    Quelques villages séchant entre deux lampes
    et les étoiles vertes
    qui fleurissent en cette saison
    puis la nuit de la pleine Lande
    tellement gelée la terre en ce pays
    tellement durcie la terre sous les couloirs du vent
    que le bas côté se tasse comme un chien battu.
.

    Nous roulons loin des heures de fermeture
    greffés à notre solitude
    au bruit léger du vent glacé contre les vitres.

    Et me voici dans ma cuisine
    sous la lumière des paumes
    l’eau des moments très simples
    l’autre pan de ce soir qui presque ne bouge plus.

    Peut-être sacrilège de rassembler ce qui n'était
    que pour toucher et s’en fuir ?

  
    Etre le seuil
    la pente douce
    où le pas du temps se pose.


                                                    Affronter le vertige qui retient tout agneau
                                                    de devenir un  loup


Et même si le ciel
                       s'arrachait avec toi
Viens

   N'aie crainte de la peur qui flambe dans nos yeux
                    ni de ton coeur qui bat
                déjà
                au fond du mien

            Toi l'intrus radical
        offre-nous la blancheur de tes cheveux sans âge
            offre-nous tes révoltes
                    danseur enraciné aux limbes ton beau pied
                                un buste dénudé tétons bels et butés


            J'imagine déjà dans la liqueur bleutée qui coule de tes mains
la vie bulles serrées déshabillant sa geste
        
 Roi des voûtes des aubes
            à nos sources meurtries

            Viens déplier l'enfer


Glisser plus bas que la fin de la chute
                franchir l’écorce
 
            Emportant en mon âme
                une idée de la blancheur future
                   glisser à l’ultime fontaine
                               près des corbeaux de feu

Si dans mes paumes nues où s’accrochaient mes ailes
    pouvait pousser enfin un tas de feuilles sèches
        m’incendier sans retour la transparence épaisse
au beau regard de loupe

Si dans mes paumes nues
pouvait pousser un feu qui chasse le silence

Glisser

L’ange se sentait en terre sans manières
Il insistait souvent
Je veux savoir tes pentes
tenter la communion
comprendre ce monde auquel On nous destine
 
  Une suite de courbes
                emplies de tant d’erreurs
qu’on pourrait en faire des bouquets

Quand le soir vient mendier la lumière
            les villages renversent
un feu sous les maisons

Dans le silence sur le côté des routes
                                ne reste alors que de l'étrange à raconter

  La pente raide après un virage en angle aigu
        des vignes au-dessus desquelles vole un couple de buses
    posant au même endroit
            midi
              un carrefour en forme d'étoile très vieille
  la côte qui monte douce entre les chais
      puis la descente
    brutale

    Sur la bute
            un  fléau où je laisse toujours
        avec la pointe au ventre
                            quelques instants balancer ma voiture

    Le temps d’imaginer que je vais tomber droit
       et déchirer le vent qui souffle là         
        mais ce soir
    un chevreuil.

    Il allait lentement
    traversant la chaussée comme un roi qui ne craint ni le noir ni la route

    Il faisait une nuit
    Dieu…
         comme la nuit peut éclairer la nuit


    Il faisait nuit sans lune et pourtant
            je l’ai vu
                entrer avec lenteur dans les longs rangs de vignes
    le poitrail en avant
    bombé
    éblouissant
    une fête blanche sous sa robe dorée
    je rêvais de vendanges et de ce sucre en feu qui fait un creux
    l'automne
    après le grain mordu


    J'ai quitté la rencontre avec le sentiment d’être devenue pauvre
    d’être restée au bord
    coupant si loin dehors
    d’une histoire formidable
    où je n’étais conviée


M’avait-elle invitée ?

Elle me tournait le dos
     cela me ferait froid de ne jamais savoir
        la blancheur de son ventre
  ses yeux au coeur du coeur
   la nuit qu'elle étirait
        l'immense nuit
               son ombre
   au plumage nouée grande voile où le sombre
        éblouissant
                        naîtrait

 Elle marchait souvent au-dessus de ma tête
     d'un pas simple glissant sur le bois des greniers
 avant l'envol muet dans les grands ifs bleutés
qui ceinturaient le parc

Et je rêvais alors que nos rêves étaient comme des dames blanches
   attendant que le soir dans une pièce enclose
        leur ouvre les croix et
            les emporte creusant des vents jamais osés

 J'aimais ses battements
      sans bruit d'elle mais lourds
     sans regret des regards trop brillants dans la chambre
        sans espoir de butin plus grand que cet instant


        La suivre enfin
        pour que mon coeur cogne plus fort dans mes poignets

        Mais il y avait des murs
        partout des murs
        et partout des fenêtres
        et partout des oiseaux à leurs proies embrassés
        et des cadrans partout qui réclamaient leur dû
        et là
        sous mes cheveux
        une issue refermée par les serres du jour

                                J’étais bien. J’avais peur.


 Ai-je jamais vraiment eu peur ?

     J’ai bu la vie
                elle m’a bue
                    d’une gorgée à l’autre
            sa blancheur m’œuvre encore
                d’un souvenir de lait

           Mais où dorment les mots
                de l’intervalle obscur
            sais-tu ?
                qui noue
            une gorgée à l’autre ?



Sombre déjà
et nos gorges muettes

Le ciel s'ouvrit
pendant la fleur

Du loin où nous étions
nous entendions des cris s'effondrant sur la mer

L'excès avait changé de peau
             
Au faîte du plus vieil eucalyptus
une chouette saluait
clandestine

l'herbe fraîche mouillée
un supplice


                J’aime les campagnes simples
                                ces chemins qui trébuchent
                hésitent puis se perdent avec modestie
            les coques défendues des châtaigners l’automne
                                le parfum émouvant de la terre remuée

                            Arbres  bras
                         repliés
                            comblés
        sur une issue bleutée aussi floue que l’oiseau    
                        qui déroule en son vol
                                   la chaleur du mystère offerte à nos regards
                                   

            Ce soir la campagne est triste
            pleine de lâchetés
                comme si elle s’était trompée de lumière
            comme si elle ne voulait pas savoir
                                le nom des amours brûlées
                          à l'ombre des grands chênes l'été.


Parfois j’ai un automne au fond de mes pensées
le regard allongé du côté de l’été
je mâchonne le temps...



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