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Musique de la semaine

Arundo Donax

10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 09:35


Pour toi, si courageuse.
Parce qu'il ne faut pas
jamais
cacher
la vérité
aux enfants.

Il a fallu une heure pour que tu traverses le grand hall qui sépare l'entrée de l'hopital du dépositoire où reposait ta maman.
Une heure durant laquelle, toi qui a l'âge de ma fille, je t'ai vu reculer, t'affaisser, tes jambes couler sous ton corps et tes yeux fuir par avance ce que tu allais voir.
Une heure à te porter à bout de bras en me demandant "Est-ce que je fais bien? Ai-je le droit d'imposer cela?"

On ne t'avait pas dit.

Cela faisait quinze jours qu'elle avait été hospitalisée pour un cancer foudroyant. On ne t'avait pas dit qu'elle était perdue et que la seule chimio reçue était palliative.

Elle revenait de vacances, le ventre grossissant de jour en jour. Elle avait d'abord cru à une grossesse.
Cancer de l'ovaire.

On ne t'avait pas dit que tu pouvais aller la voir, tant qu'elle était consciente. On ne t'a avertie que la veille, alors que tu rentrais du collège d'un:
" Assieds toi, ta maman demain sera peut-etre morte".

On voulait tant te protéger de cette saleté qu'est la mort. On te prenait pour une petite fille alors que tu es déjà grande et forte.
Ton papa ne s'occupait plus de toi depuis longtemps, enfant du divorce et de l'absence.

Alors, nous avons décidé, en équipe, qu'il fallait que tu voies ta maman une dernière fois. Car on sait les ravages que crée sur un enfant le fait de ne pas "vérifier" que : "Oui, c'est vrai, c'est fini... vraiment fini."

Nous avons pris le temps pour longer ce couloir qui menait aux "frigos" comme ils disent.
L'après-midi, avec son compagnon, nous l'avions faite belle, maquillée en redessinant un sourire sur cette bouche déjà amincie. Coiffé ses magnifiques cheveux blonds, et disposée de telle façon qu'en entrant tu ne voies pas un corps allongé mais le sommet de son crâne, cette blondeur et juste cette blondeur. Que l'immobile ne te saute pas à la figure.

Il t'a fallu du temps.
J 'ai caressé son visage, ses bras, lui ai parlé, pour que tu sentes qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur.
T'ai proposé de poser ta main sur la mienne afin de faire un peu écran entre ta vie et cette présence . Jusqu'à ce que tu sois enfin prête au contact direct.

Tu as effleuré ses cheveux, puis posé ta main sur la mienne le temps de t'habituer à cette froideur étrange qui remontait à travers ma peau, puis glissé sur son visage, puis pleuré, pleuré, hurlé.
Tu lui as dit au-revoir. Et ensuite, nous avons pu en parler en paix.
J'ai admiré ton courage, tu sais.

Admiré.


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