Poésie, symbolique du monde, les quatre éléments, contes, écoute, accompagnement, musique
Par Viviane Lamarlère
Ailleurs au même instant
ils coulent dans la nuit dans un trou de la nuit dans un trou du grillage
le vent se tait sur la plage
il a senti ces feuilles qui s’arrachent à leur arbre natal
les yeux écarquillés vers la fumée là-bas
est-ce le soleil qui cuit
est-ce déjà la ville est-ce un autre pays
ou le bateau fantôme qui les emportera ?
Les yeux écarquillés ils trébuchent en cadence
ils saignent en cadence
le ventre s’habitue à ramper à se taire
ils partent
vers un eldorado de grisaille et de pluie
Ailleurs au même instant
dans les salons futiles
des femmes bien vêtues trinquent à leurs amours
des hommes font la cour avec un ventre rond
le regard enfoncé dans le vallons des seins et l’oreille engoncée à quelque téléphone
soirée de charité une fois dans l'année
ah que ça fait du bien on n'aura pas besoin de somnifères ce soir
le photographe est là pour fixer les consciences
ça paraitra demain
Ailleurs au même instant
des pauvres anonymes réunissent leur foi en un tout autre monde
achètent un camion raclent tous les tiroirs pour envoyer là-bas
des livres des crayons des graines et de l'espoir
ils font ça chaque mois si loin des caméras
Ailleurs au même instant
dressés sur leurs ergots pendant que d’autres rampent avec pour tout bagage une adresse là-bas
pendant que d'autres boivent bouffent et bandent à la fois
les grands chefs se consultent
blancs noirs jaunes ou ocres
qu’importe
pendant que certains rêvent à en crever dans l’eau
pendant que certains vivent à en crever d’ennui
pendant que quelques uns continuent d'espérer
eux se livrent les clés qui ouvriront la porte
des paradis fiscaux
on y va sans cargo
sans devoir traverser les barbelés confus de laisser dans un trou passer
le rêve en fuite
© RSSLK
Chic salon © - Hébergé par Overblog